Une vidéo a été réalisée à l'occasion de l'exposition consacrée à l'abbé Calès au musée de l'ancien Evêché (2002). On peut la voir en ACCES LIBRE sur la plateforme de films en VOD des bibliothèques de Grenoble.
"L’abbé CALES, sa vie son œuvre" (30 minutes) un film de 2001 de Roger GARIOD.
http://cinevod.bm-grenoble.fr/video/SN9T2-abb-cals-sa-vie-son-oeuvre
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Pourquoi un article dédié à l'abbé Calès dans ces pages habituellement consacrées au plateau Matheysin, ses habitants, ses "industries" et aux montagnes alentours...

Calès a toute sa place dans ces pages qui se veulent dédiées au paysage, à la montagne et à toutes les belles émotions esthétiques ressenties face à une nature aussi merveilleuse !

J'ai souvent entendu parler de l'abbé Calès à la maison. Mes grand-parents (en particulier mon grand-père), ma mère ont côtoyé "l'extravagant peintre de Tencin". Anecdotes, souvenirs, petit à petit le "personnage" m'est devenu sympathique. Cependant je n'avais jamais réalisé toute l'importance de l'oeuvre de l'Abbé Calès.

Le temps a passé et le vingt cinq mars 2002, au musée de l’Ancien Evêché, rue Très-Cloître à Grenoble je me trouve face à face avec quelques soixante tableaux, essentiellement des paysages, quelques natures mortes aussi...

La peur du ridicule m'a déjà fait faire demi-tour devant plusieurs galeries… Mais prenant mon courage à deux mains, espérant me fondre dans le flot, pas toujours plus expérimenté que moi, des visiteurs de musée je rentre, paie mon billet et commence la visite le nez collé à chaque tableau, sans me soucier du livret explicatif que j'avais pris soin d’acheter.

Et puis voilà qu’à force d’allers et retours, en prenant un peu de recul, en comparant les toiles, en les associant par affinités un écheveau se dénoue peu à peu, quelque chose, petit à petit, se met en place :

Village des contreforts de Belledonne, huile sur toile Calès 1902
1) Avec le temps et l’expérience l’artiste s’est éloigné de la facilité d’une restitution fidèle et appliquée pour nous offrir une matérialisation de son émotion visuelle.

Moulin à Tencin, huile sur carton 1912
2) Il n’est plus question d’une reproduction du monde tel qu’il le voit mais plutôt de la représentation du monde tel qu’il le ressent.

Meules de foin en hiver, huile sur carton Calès 1914
3) Sa technique évolue, il est évident que l’artiste veut aller de plus en plus vite, il semble qu’il a peur d’oublier l’émotion éprouvée avant d’avoir achevé son travail.

Goncelin, l'étang des pauvres, huile sur toile marouflée sur carton Calès 1912
4) Sa quête de la belle lumière, des nuances, l’incite à répéter les mêmes tableaux afin de restituer les plus subtils changements d’éclairage. Saisons après saisons, lumières du matin, teintes violettes des soirées, tout est prétexte à multiplier les expériences au même point.

Les trois arbres au printemps, huile sur carton Calès 1923

Les trois arbres en automne...
5) La rigueur des perspectives, la cohérence de la composition, le choix de la couleur, tout devient facile , évident…

Lac du Bourget, huile sur carton Calès
Voilà toute la quête de l'abbé Calès : Traquer la belle lumière, l'organiser et la transformer en émotion.
CALES, peintre des montagnes...
L'abbé Calès est un peintre paysagiste

Lac de l'Eychauda, abbé Laurent Guétal 1886 (Musée de Grenoble)
Très influencé par l'oeuvre de l'abbé Guetal (qui n'hésitait pas à installer son chevalet à plus de 3000 m d'altitude pour peindre la Bérarde sur une toile gigantesque de 2m de large!), puis par les impressionnistes et les fauves il développe rapidement une technique de peinture au couteau sur carton qui lui permet grâce à une virtuosité incroyable de capter à une vitesse extraordinaire la lumière fugitive de des "Hauts Pays" avant qu'elle ne s'évanouisse...

Le massif de la Meije, huile sur carton Calès 06 octobre1936
L’abbé Calès aimait avant tout la nature et les paysages. Toute sa vie il a peint les montagnes, l'Isère, la vallée du Grésivaudan. Il a peint sans relâche, la lumière du matin, du soir, des années durant, retournant au même endroit saisons après saisons. Il a peint toutes les lumières, celles de l’hiver, crues et froides, celles de l’été dures et fortes, celles d’automne , ses préférées. Il affectionne les bords de l’Isère et ses chantournes, Belledonne , Tencin, et les abords de son église…

Chantourne en automne, huile sur carton Calès 1927

Chantourne au printemps, huile sur carton Calès 1928

Bords de l'Isère un soir d'orage, huile sur carton Calès 1930
Ses tableaux souvent allongés étaient tous travaillés avec une épaisse couche de peinture posée au couteau, technique permettant une grande rapidité, afin de restituer au plus vite l’impression de l’instant, l’émotion fugitive des nuances, l’équilibre subtil d’une seconde d’émerveillement.

Automne au col des Ayes, huile sur carton Calès 1927

Printemps au col des Ayes, huile sur carton Calès 1955
« De près on dirait un informe chaos ; à distance le chaos se divise, s’organise comme les éléments dans la Genèse, la masse colorée se spiritualise, s’allège, vibre et vit. »
Henry Bordeaux
« Les peintres sont les confidents de la lumière et la lumière est l'âme flottante des campagnes, l'âme diverse des vieux pays, ce qu'il y a de plus original, de plus subtil et quasi spirituel dans un climat. Il ne suffit pas de dire qu'elle préside aux travaux et aux floraisons du, terroir... elle colore le sang des races, les mœurs et toute pensée ; on discerne son intonation dans les voix et son incidence dans les esprits. Remercions donc nos peintres, puisqu'ils nous aident à comprendre le sens familier de nos paysages, dans la lumière de chez nous ; ils exercent un ministère d'éducation locale ; ils nous disposent à être résolument autochtones. De la lumière et encore de la lumière, de la lumière à profusion, voilà toute l'œuvre de l'abbé Calés : n'y cherchez pas autre chose... »
Abbé Favre-Gilly

Roseaux sous la neige, huile sur papier marouflé sur carton Calès non datée

Etang aux roseaux rouges, huile sur toile marouflée sur carton Calès 1907
« C'est le même site immuable dans son grand style, mais changeant de lumière, d'éclairage, en un mot d'impression et surtout quand il y a l'intervalle de plusieurs années comme c'est le cas. Mais que voulez-vous, inutile de chercher à convaincre ceux qui ne comprennent pas le plaisir que peut donner la vision d'une chose aimée dans toutes ses transformations. C'est ce qui ma tenu et me tient toujours si amoureux de ce qui m'entoure et que je revois si différent à chaque rencontre, malgré que le grand pavois soit rare, je le cherche toujours... et avec quelle joie!».
Pierre Calès.

Vallée de l'Isère sous la neige Calès

Vallée de l'Isère Calès

Vallée au printemps Huile sur carton Calès1956
« Mais quels invraisemblables changements d'une période à l'autre. L'admirable hiver, le non moins admirable printemps. Les vibrations vertes de l'été, juillet et août tout au plus, puis le commencement, le plein, la fin de l'automne, toujours trop fugaces, comme le printemps, car il faut trop compter avec le changement de temps. »
« C'était le vent du midi, chaud, net, coloré, tout en effluves. Le lendemain, il pleuvait … »
« Somme toute, j'estime qu'au même point on peut travailler pendant une période de dix jours si le temps se maintient dans la note voulue. Après, il faut fuir et retrouver si l'on peut une autre impression qui reconstitue autre chose sur ce même point si l'on veut y revenir. »
Pierre Calès.

Calès vers 1960.

Calès dans son jardin vers 1955.
Dans les dernières années de sa vie il peint son village, la place de Tencin et les rues alentour... sa palette de couleurs s'assombrit. Parfois on aperçoit une maison, un moulin mais jamais aucun homme ou animal. L'oeuvre de l'abbé Calès représente le monde au quatrième jour de la création.


Dans son livre "Le fil de la Vierge" Henry Bordeaux nous décrit la vie de l'abbé Calès sous le nom de l'abbé Merval...Ce livre est une belle preuve d'amitié de la part de l'académicien.

En voici la préface :
A
M., L'ABBE CALES
CURÉ DE TENCIN
mon contemporain d'âge et mon vieil ami
dont j'ai préfacé la première exposition de tableaux
à la galerie Dewambez en octobre 1919
et dont la légende qui accompagne
son œuvre picturale et sa personne ecclésiastique
n'est pas étrangère au dessin et à la couleur
de mon héros, amoureux de la Lumière,
c'est-à-dire de la Vérité,
c'est-à-dire de Dieu,
je dédie ce livre le Fil de la Vierge
qui aurait dû s'appeler aussi
le Jongleur de Saint-Pol-en-Forêt.
H. B.
Le Maupas, ce jour de la Toussaint 1950.
Cependant Calès n'apprécia guère cet ouvrage et déclara : "Dans ce livre, excusez-moi si je me trompe, je me trouve beaucoup plus cul-cul que curé."...
La préface à l'exposition Dewambez de 1919 dont parle Henry Bordeaux est un très beau texte : " Le jongleur de Tencin" .
Voici la reproduction d'une plaquette datée de 1925 éditée à l'occasion d'une exposition des oeuvres de l'abbé Calès à la Galerie des Artistes Français, 35 , Chanssée d'Ixellles. Elle reprend le thème du jongleur de Tencin et Henry Bordeaux , en 10 pages, nous en apprend beaucoup sur l'oeuvre et le personnage de l'abbé Calès.

Paysages__Dauphin__
Plaquette : Paysages du Dauphiné.pdf
L'abbé Calès décède le 15 octobre 1961 à Tencin.
Le jour de sa mort il voulait peindre...
Il dit à son commis Hyacinthe : " Va me chercher mon chevalet, j'entends chanter les merles..."
Quand Hyacinthe est revenu il a entendu un soupir...
Il sera enterré à Clonas-sur-Varèze, près de Vienne, avec ses parents.
" Tu sais ce que je veux absolument : des bouquets du seigneur, des plants de maïs, de l'asparagus et des sanguins aux feuilles rouges..."