L'Obiou est une montagne extraordinaire. Cette citadelle crénelée, sublime dans sa solitude entre Vercors et Oisans, est un mythe pour les randonneurs. Arpenter ses contreforts, s'épuiser sur  ses immenses clapiers, progresser entre un vide tellement "présent" qu'il en devient palpable et sa propre peur... est une expérience indélébile.

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Cependant, attention, sur cette montagne votre excursion deviendra soit un souvenir inoubliable en paradis soit un cauchemar. L'obiou ne pardonne aucune improvisation et la randonnée, ici comme un peu partout en Dévoluy, est affaire sérieuse.
Il règne en ces lieux une atmosphère un peu particulière. Vous y ressentirez certainement une  étrange sensation. Ces montagnes sont "habitées". Le cadre est sublime, le paysage est merveilleux, mais comment expliquer cet étrange malaise qui vous envahit à coup sûr lorsque vous vous engagez dans un couloir, ou que vous pénétrez dans une des multiples cavités de ce massif ?

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L'Obiou est la citadelle du Diable. Zeus l'a choisi comme demeure (la preuve : les orages s'acharnent sauvagement sur ses flancs...). Les fées ont leurs habitudes dans les grottes des alentours...
Cette montagne, tel un aimant, attire mais elle angoisse aussi! La charge émotionnelle que l'on perçoit ici est certainement due à toutes les catastrophes qui ont endeuillées ces lieux.
Combien de randonneurs y ont perdu la vie? Comment expliquer qu'il y ait eu deux catastrophes aériennes à quelques centaines de mètres près et  en si peu de temps ici? Que de malheurs accumulés en ces lieux! L'Obiou serait-il le  Mont Maudit, le pendant négatif du Mont Aiguille?

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La première catastrophe aérienne eut lieu le 29 août 1946 . Un B17 G de l'US AIR FORCE parti de Francfort et se dirigeant vers Casablanca se fracasse 30 m sous la paroi dominant Casse-Rouge aux environs du Malpasset. L'avion, égaré dans le brouillard, a certainement pénétré dans Bachilianne puis le piège s'est refermé dans le cirque de Casse-Rouge. Le choc explosif a totalement désintégré l'avion et ce n'est que le 26 septembre 1946 que Raymond Pupin et Fernand Mollard découvrent les débris de l'appareil en escaladant la crête de Casse-Rouge. Raymond Pupin se souvient, alors, avoir entendu un bruit sourd dans la montagne et avoir vu, à plusieurs reprise, un avion d'observation dans le secteur. Les corps et les débris de l'appareil sont évacués par l'armée américaine. Le silence retombe rapidement après l'accident qui aurait fait quatre victimes d'après Le Guide de l'Obiou de Pierre Barnola et onze morts d'après le Dauphiné : "Mémoires d'ici" n°10 du 01/02/2003. Aucune explication connue des causes de la catastrophe...

Le deuxième accident a beaucoup plus marqué les esprits.

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Le 13 novembre 1950,  un  Skymaster quadrimoteur de la Curtiss-Red Flying de Cartierville (Montréal)  de type Douglas, sous type C-54B-1-DC, immatriculé CF-EDN fabriqué en 1945 et transportant 58 passagers et membres d'équipage heurte du bout son aile la crête ouest de l'Obiou un peu en dessous de son sommet . Le carburant explose et l'avion est pulvérisé sur la face nord et le pierrier. Les débris sont dispersés sur 1000 m dans la face et sur les immenses clapiers de Casse-Fouira.
Les passagers, des pèlerins de retour de Rome, somnolent tranquillement sur leurs sièges... Partis à 14H16 de Ciampino (Italie, ils se sont habitués aux secousses du DC4 qui lutte contre les bourrasques de neige et de vent . L'obscurité et la brume ne facilitent certainement pas le travail du commandant de bord Holmstead et  son second Henderson. L'hôtesse,   circule dans l'allée et offre du thé... L'avion est attendu pour 19h30 à Orly. Un passager note  scrupuleusement sur un cahier d'écolier : "Ile Corse, Sardaigne, les Alpes, passage à Nice puis 7000 pieds d'altitude, vitesse  205 miles..."
7000 pieds soit 2135m, l'Obiou culmine à 2789m tout est dit...

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Voici la composition la liste des membres d'équipage :
Capitaine Orville Alfred Olmstead ( commandant de bord , Montréal )
Robert James Hendersen ( 1er officier, Willowdale, Ontario )
Henry Thomas Warkentin ( Navigateur, Lakeside-Heights)
Arthur Bethwell ( Navigateur, Montréal )
Dennis Norman Nichols ( radio-télégraphiste, Ville Saint Laurent)
Helen Marjory Johnston ( Hôtesse Montréal ) ou (miss Mac Donald?)
Roderick Malcom Mcisaak ( commissaire de bord ; Ville Saint Laurent)

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La catastrophe a eu lieu en pleine tempête. Le dernier contact de l'avion (CF EDN) est noté à 18 H 05 par le contrôle de Lyon. A Pellafol on entend distinctement le passage d'un  avion volant très bas et Mr Paul Achim,le cafetier, aperçoit le DC4 frôlant dangereusement les sommets. Son frère, Louis, perçoit un bruit d'explosion et distingue une lueur dans la montagne. Le silence retombe et la tempête reprend. Dans le pays tout le monde sait déjà qu'une tragédie  épouvantable a eu lieu.
Rapidement les secours s'organisent, des groupes se forment et se dirigent vers l'endroit présumé de l'accident. Des hommes se perdent, d'autres doivent rebrousser chemin tellement le temps est épouvantable... Les volontaires de la Société Dauphinoise de Secours en Montagne, commandés par Félix Germain, la Société de Ski Murois et le 93éme régiment d'artillerie de montagne participent aux recherches. L'épave n'est retrouvée que le lendemain dans Casse-Fouira 400 m sous le sommet. La vision est apocalyptique. Des débris, des corps mutilés, des bagages éventrés, des papiers, des photos, des vêtements...
Le premier jour seulement 17 personnes peuvent être identifiées, 15 ne le seront jamais...

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Les corps sont, dans un premier temps, transférés à la Croix de la Pigne. Le 18 novembre 1950 un office religieux est célébré dans la cathédrale de Grenoble en présence de Monseigneur Maurice Roy et Monseigneur Alexandre Caillot. Le 19 novembre un deuxième office religieux est célébré pour les cinq protestants présents dans l'avion...

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Transférés, tout d'abord  au cimetière Saint Roch à Grenoble les corps sont inhumés le 20 août 1951 en présence de Monseigneur Garant, évêque auxiliaire de Québec au cimetière du Petit Sablon. Finalement les victimes de l'accident sont presque toutes transférées dans le petit cimetière de La salette Fallavaux, à deux pas du sanctuaire marial de La Salette qui fait face à l'Obiou...

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Il semble évident que les causes de cette catastrophe soient accidentelles. Cependant l'enquête a dévoilé de nombreux faits troublants... L'avion aurait transporté une grosse quantité de liasses de Dollars neufs, des mallettes suspectes, des armes. Un corps aurait mystérieusement disparu et aurait été emmené en Italie... Nous étions en pleine guerre froide et des espions auraient, peut-être, tenté ici le premier détournement aérien...
Un livre a été publié autour de ces hypothèses : Entre Dieu et Diable  (Louis-Edmond Hamelin).

 

Si ce sujet vous intéresse je vous propose aussi la lecture de "Crash à l'Obiou" de Vincent Desbrieres (Editions de Belledonne).

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Roman et enquête secret défense...

Enfin pour vous imprégner de l'atmosphère si envoûtante de ce massif je vous suggère la lecture de deux ouvrages très intéressants écrits par de grands amateurs de montagne.

Guide l'Obiou
de Pierre Barnola (Editions GAP)
Monographie quasi exhaustive sur cette montagne mythique.

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Du Mont Aiguille à l'Obiou
alpinisme et randonnée en Trièves et Dévoluy
de Pascal Sombardier (Editions Glénat)

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Dans ce livre vous parcourrez les charances du Ferrand, le sentier de la Baronne, vous irez à la recherche de la grotte du Fleyrard... Ce livre est à mettre entre le mains de tout randonneur adepte de l'esprit de wilderness et désireux de  sortir des sentiers battus...