Le creusement du puits du Villaret a commencé en 1948. Cet ouvrage majeur des mines de La Mure était destiné au transport des personnels (40 personnes par cage) et à la remontée des "stérils" (le rocher).
Le fonçage de ce puits a été compliqué par la présence de nappe d'eau qui ont obligé les ingénieurs à congeler les terrains sur les 60 premiers mètres.
Le chevalement du puits en construction courant 1953…
Le puits dans les brumes automnales de septembre 2002.
Mars 2008 les inscriptions syndicales (CGT) s'estompent peu à peu , elles sont remplacées par les tags habituels qui prolifèrent partout de nos jours…
Profond de 270 m, d'un diamètre de 6,5 m, il est équipé d'un magnifique moteur de 1120 chevaux Voici quelques photographies que j'ai eu la chance de pouvoir faire il y a quelques années…
Le puits fonctionnait encore
Détails de l'incroyable moteur électrique de la machinerie du puits.
L'ancagement : transport des personnels
Une berline semble bien à l'étroit dans la cage!
Enroulement du câble sur son énorme "bobine"…
Mâchoires des freins et amarrage de l'extrémité du câble.
Basculeur de berline
Divers appareillages et tableaux de commande utilisés par le "freinteur". Le freinteur a la lourde responsabilité de commander les montées et les descentes des cages. Vigilance, sérieux, calme et rigueur sont de mise…
J'ai eu la chance de visiter ce puits accompagné par un ancien freinteur à la retraite. Il n'a pas résisté à la tentation de se faire prendre en photo à son ancien poste de travail et en parfait comédien il a fait semblant de se remettre aux commandes…
Le puits des Rioux a été creusé en 1942. Il est le plus
profond des puits des houillères de Matheysine (400 m). Son diamètre de 4 m et
sa cage à trois niveaux le destinait essentiellement au transport des
personnels et du matériel. Un moteur de 380 chevaux assurait le service.
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Le chevalement provisoire établi durant les travaux
de fonçage était en bois. L'allure de cet édifice temporaire avait un petit
côté "far west". Cette photo prise en 1943 (excepté la Peugeot 202 à
gauche) aurait très bien pu être prise au XIX éme siècle en Amérique
!
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Aujourd'hui, c'est avec étonnement que l'on constate
que le chevalement a parfaitement réussi à s'intégrer dans son petit nid de
verdure. Entouré d'arbres, de jardins, de maisons d'habitation, la mine n'a pas
ravagé le paysage…
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Le carreau de la mine à Prunières a toujours surpris
par son "côté pimpant". Ici aucune trace de poussière de charbon,
tout est resté propre et net…
Voici un article du Dauphiné Libéré retrouvé en farfouillant dans un monticule de documents découpés au fil du temps dans la presse... On verra ici que la misère peut engendrer toutes les horreurs !
Le défilé de la Romanche
Une " auberge rouge " en Oisans ?
1860. Au lieu-dit "Le Clapier", du nom d'un village aujourd'hui disparu, la route vers Briançon quitte la vallée largement ouverte du Bourg-d'Oisans pour se frayer avec peine un passage étroit dans le redoutable défilé de la Romanche. Trait de scie entre de gigantesques falaises sombres, encombré d'énormes blocs de rocher, ce ne sont qu'abîmes où d'étroits sentiers tortueux et malaisés serpentent sur des flancs raides et arides. Les voyageurs engagés dans ce passage redoutable retiennent leur souffle et n'ont qu'une hâte, sortir de ce lieu tourmenté. Un répit leur est accordé à l'endroit appelé "La Rivoire" où la route débouche sur un court plateau. Là, une famille de Piémontais nommée Malaculti tient une auberge. Plutôt un antre sombre meublé d'une longue table flanquée de bancs disposés devant une cheminée noire de suie. Deux meurtrières dispensent avec parcimonie une lumière rare. Mais après avoir frôlé les précipices, cette halte est la bienvenue. D'autant plus qu'en amont la route s'enfonce à nouveau dans la gorge de la Romanche par un tunnel dit "aux fenêtres" parce que percé de trois ouvertures débouchant sur un vide impénétrable.
Les Malaculti sont de pauvres gens, incultes et rusés, élevant deux fils, Antonio et Gaspardo, dans la perfidie et l'esprit de lucre. L'hiver est pour eux la saison de la fortune et du bonheur. Car le mauvais temps force l'étranger engagé dans ces lieux inhospitaliers à chercher gîte et couvert sous ce toit inespéré... et fatal. L'accueil chaleureux, obséquieux même, un repas copieux et lourd que maints pichets aident à passer, un ardent feu de cheminée, invitent à l'euphorie tandis qu'au dehors la tempête fait rage. Les convives bavardent, commentent les événements du pays, parfois se livrent à des confidences. Les négociants, maquignons et autres marchands forains qui, imprudemment, laissent entrevoir à leurs hôtes un butin digne de leur avidité, scellent leur perte. Le vieux Malaculti, d'un regard à ses fils, désigne la victime. Le lendemain, reprenant la route et s'engageant dans le sombre tunnel, le malheureux trop bavard est assailli, terrassé, poignardé. Dépouillé, son corps encore pantelant est précipité par une des "fenêtres" dans l'insondable abîme au fond duquel gronde la Romanche. Ainsi ont lieu de nombreuses disparitions attribuées aux dangers de la route. Tout au moins au début. Car de fil en aiguille, par recoupements successifs, la maréchaussée vient à s'intéresser de plus près aux Malaculti... mais sans rien prouver. Alors, on oppose la ruse à la ruse. Deux gendarmes, déguisés en touristes fortunés et volubiles, font étape à l'auberge. Le manège des Malaculti ne leur échappe point et le lendemain, dans le tunnel, déjouant leurs agresseurs, ils les maîtrisent, reviennent à l'auberge avec leurs prisonniers et arrêtent le couple infernal. Peu après, la maréchaussée à cheval emmène tout ce beau monde en prison à Grenoble.
Le procès eut lieu. Il révéla, dans l'horreur et l'effroi général, l'étendue des meurtres commis. On pendit la famille. Des décennies après, lorsque la nouvelle route fut percée, ces lieux funestes furent dynamités et s'écroulèrent dans la Romanche. Il ne reste rien du "tunnel aux fenêtres" ni de l'auberge... rien... qu'une légende ?
C'est un véritable monument, dans la mesure où ce mot signifie l'exaltation du souvenir, que René Reymond a élevé à la mémoire des générations qui se sont succédé sur le territoire de Pîerre-Châtel, sa petite patrie matheysine, où passa en hâte Napoléon le 7 mars 1815, sur le chemin du " Retour ", et d'où était issu Pierre-François Allemand de Montrigaud, ce prêtre résolu, mort pour sa foi en Vivarais sous la Terreur. Une monographie locale peut être sèche énumération des faits ou à travers leur évocation, œuvre de compréhension humaine; l'auteur de Pierre-Châtel hier et aujourd'hui, qui l'explique lui-même dans son Avant-Propos a opté pour la seconde formule; il a tenu, à côté de l'indispensable recours aux sources écrites, à faire une large part aux témoignages oraux, plus précieux que jamais à recueillir chez ceux qui ont beaucoup vécu, en ces temps de mutation générale et d'inconscient oubli du passé. Un écueil que René Reymond a su éviter, est celui de la répétition fastidieuse des événements nationaux, que tant de signataires de monographies, pour encadrer leurs tableaux de la vie locale, utilisent souvent à des fins trop avouées de remplissage. Rien dans son livre qui ne se rapporte, hormis d'indispensables éléments de comparaison, à la vie de tous les jours dans cette commune-type du canton de La Mure, à la fois rurale et minière, microcosme dont le narrateur, dans un style aussi vivant, que châtié, nous restitue principalement pour les deux derniers siècles, l'aspect démographique, religieux et social. Avec une application, une méthode claire, une connaissance parfaite du milieu, qui font de cet ouvrage, élaboré depuis de longues années dans la ferveur que mettaient les Compagnons à modeler leur chef-d'œuvre, une Somme de tout ce qu'il importe de savoir sur Pierre-Châtel, son chef-lieu et ses hameaux (étudiés chacun de façon exhaustive), son lac (qui demeure encore en 1967 propriété privée), et sur tous ceux qui ont peuplé ce terroir, sur les responsables (administrateurs et curés) des intérêts matériels et spirituels de cette communauté matheysine. La Route Napoléon en traverse le chef-lieu dans toute sa longueur; nous sommes loin du temps où la diligence musardait aux arrêts, groupant autour de ses chevaux essoufflés les amateurs de nouvelles; aujourd'hui, un village, pour l'automobiliste pressé, c'est l'obligation, parfois consentie de mauvais gré, de rétrograder ses vitesses, pour repartir en trombe sans avoir rien vu... et la longue ligne droite à travers le marais, jusqu'à La Mure, invite à accé-lérer toujours plus. Certes, déjà Pierre-Châtel, grâce à ses magnifiques horizons et à l'air pur de ses 900 mètres d'altitude, attirait sympathiquement les estivants. Puisse davantage encore ce beau livre bien dans la ligne des historiens matheysins disciples du vénérable chanoine Dussert, inciter touristes, promeneurs et toutes personnes sensibles aux leçons de l'Histoire, la petite comme la grande, à visiter, un tel précieux guide en mains, la commune dont René Reymond est le compétent secrétaire de mairie, et qui lui doit, pour l'hommage ainsi rendu, une indéfectible reconnaissance.
R. AVEZ
Directeur des Services d'Archives de l'Isère
Pourquoi cet ouvrage — ou plutôt cet essai ? Tout simplement pour répondre, ou tenter de répondre, aux mille questions que nous nous sommes bien souvent posées — et que l'on nous a posées — au cours des années. Après la publication de chacun de nos livres, nous recevons de très nombreuses lettres et visites de lecteurs, jeunes et moins jeunes, animés d'une saine et ardente curiosité et qui " désirent en savoir davantage ". C'est extrêmement sympathique. La conversation porte toujours sur les sujets les plus curieux et sur nombre de problèmes à résoudre : faits énigmatiques, insolites... Et c'est un peu ce qui nous a incité à entreprendre ce travail et amené à fouiller le passé dans des directions nouvelles parfois imprévues. Nous avons compulsé et déchiffré des monceaux d'archives, lu des centaines d'ouvrages, interrogé beaucoup de personnes et procédé inlassablement à des investigations systématiquement poursuivies. S'il n'est pas exhaustif, le résultat de cette quête est en revanche très important : plus de 300 chapitres ou notices illustrés de 200 photos. Tous les sujets ont été abordés. Il y en a pour tous les goûts, et nul doute que cette riche moisson n'apporte bien des connaissances nouvelles à la curiosité des lecteurs. Pour notre part, nous nous sommes délecté en recueillant une prodigieuse information. Nous espérons qu'au fil des pages le lecteur y trouvera le même plaisir. Nous lui serions reconnaissant de nous faire part de ses impressions et de proposer de nouvelles questions. Pourquoi pas ! Le jeu est passionnant.
Cet ouvrage qui a nécessité de longues et difficiles recherches en France et à l'étranger en raison de l'extrême rareté et de la dispersion des documents subsistants, retrace la vie des Révérends Pères Capucins à La Mure où ils s'étaient installés au tout début du règne de Louis XIV jusqu'à la Révolution et que connurent cinq générations de Matheysins.Le bien que ces saints religieux firent à La Mure et à sa région fut immense Leur souvenir est resté vivant jusqu'à nos jours dans la mémoire collective des habitants L actuelle place des Capucins et le groupe scolaire du même nom qui occupe 1 emplacement de leur église disparue perpétuent leur souvenir. Jusqu'ici aucun livre n'avait été consacré aux Capucins. Le présent ouvrage comble donc une lacune et fait revivre un siècle et demi de leur histoire liée à celle de La Mure et de la Matheysine. Il relate de nombreux événements restés inédits De plus une soixantaine de reproductions de documents d'époque ou anciens tels que portraits peints ou gravés, tableaux, dessins, plans du couvent et de l'église, vue photographique du couvent prise en 1875 avant sa démolition, photos diverses, etc., illustrent magnifiquement cet ouvrage luxueusement présenté. Cette fresque qui enrichit notre connaissance de l'histoire locale, fera mieux ressortir toute 1 importance de l'audience populaire des Pères Capucins auprès des habitants de la Matheysine qui les avaient pris en affection, en reconnaissance de l'aide et de 1 amour qu'ils apportaient à tous, mais plus particulièrement aux plus humbles et aux plus démunis.
En 1987 paraissait Enigmes, Curiosités, Singularités. L'Insolite et le Fantastique dans les communes des cantons de La Mure, Corps, Valbonnais, Vizille, Clelles Mens et Vif. Ce livre, qui sera bientôt épuisé, a obtenu un brillant succès, à tel point que dès sa parution nous avons reçu une importante correspondance et des visites de lecteurs nous engageant à publier un second volume dans l'esprit du premier... N'envisageant aucunement de publier un second livre, nous n'avions heureusement pas cessé de rassembler, pour notre seul plaisir, de nouveaux documents de valeur, des témoignages de qualité, des photos anciennes. C'est ainsi qu'a vu le jour ce nouvel ouvrage qui ne le cède en rien au premier en importance et en intérêt, puisqu'il renferme plus de notices et de chapitres que le précédent, nourris d'une très riche substance et illustrés de photos anciennes inédites, images fortes ressuscitant les aspects insolites, curieux et singuliers d'un passé révolu. Cette fois-ci, 116 communes sont concernées puisque les cantons du Monestier-de-Clermont, de la Grave et du Bourg-d'Oisans ont été ajoutés sur les instances, O combien sympathiques, d'élus et de personnalités de ces cantons. Ce nouvel ouvrage est en quelque sorte une suite de celui paru en 1987. Tous les deux sont pour ainsi dire indissociables. Ensemble ils renferment environ 700 chapitres ou notices et 450 photos anciennes et constituent une sorte de petite encyclopédie régionale couvrant le quart du département de l'Isère et à laquelle on aura souvent recours. Evoquer quelques centaines de points forts et les illustrer, chaque fois que cela a été possible, de photos exceptionnelles, nous a demandé un travail de recherche très important au terme duquel nous avons eu la satisfaction de recueillir une ample information. Nous espérons que le lecteur sera, comme nous l'avons été nous-même en la découvrant, vivement intéressé par la riche et abondante matière renfermée dans ce recueil.
Les mines de La Mure étaient depuis longtemps les plus importantes des Alpes françaises. Le rapide développement de leur production ne faisait qu'augmenter les difficultés déjà rencontrées dans l'acheminement par la route du charbon extrait du sous-sol Matheysin. Ce sont ces difficultés qui incitèrent à la construction entre 1882 et 1888 du chemin de fer de Saint-Georges-de-Commiers à La Mure (S.G.-L.M.), considéré alors comme "l'un des travaux les plus grandioses que l'imagination humaine ait jamais osé rêver". On conçoit aisément combien exaltante pouvait être cette aventure à l'époque où les techniques de construction étaient encore très rudimentaires. Nous rappellerons d'abord, succinctement, les origines de nos mines d'anthracite qui, isolées dans un bassin montagneux au climat âpre et sévère, formaient un petit monde à part; puis, après les opérations préliminaires à la création du chemin de fer, nous retracerons alors son authentique et admirable histoire.
PREFACE
Grâce à un texte agréable et précis, grâce aussi à une illustration aussi abondante qu'exceptionnelle, un vide a été comblé. A la riche bibliographie consacrée à La Matheysine et à son pays environnant, il manquait une "petite histoire" de la plus remarquable de ses voies d'accès. Il est notoire que, d'où que l'on vienne pour atteindre le bastion matheysin, il faut vaincre une dénivellation importante à travers des sites aux caractéristiques géologiques et morphologiques telles, qu'elles ont toujours posé des problèmes ardus aux ingénieurs chargés de les résoudre. Si les réalisations routières se sont avérées difficiles, combien plus se compliqua la tâche quand il fut question d'un accès au plateau par chemin de fer ; ce sont les péripéties de cette épopée, et croyez-moi le mot n'est pas trop fort, qui nous sont contées avec esprit et enthousiasme par René REYMOND. Il faut, bien sûr, pour savourer pleinement l'aventure que nous fait revivre avec maîtrise René REYMOND, se replacer dans le contexte de l'époque. Il y a maintenant un siècle que le Conseil général de l'Isère décida le principe de cette réalisation, décision qui permit, en particulier, la mise en valeur des riches gisements d'anthracite du bassin de La Mure. Laissez-vous emporter par René REYMOND. Vivez dans le temps un voyage de choix qu'aux beaux jours vous pourrez revivre dans l'espace. Vous devrez au travail d'un Matheysin d'apprécier les véritables dimensions d'un ouvrage exceptionnel qui nous fut légué par de courageux pionniers. Mais revenons aux chapitres qui vont tenir votre attention en éveil. Que vous soyez Matheysin d'origine, ou que seul un hasard heureux vous ait mis cet album entre les mains, vous apprendrez avec intérêt ce que l'on sait de l'origine de l'exploitation de l'anthracite de La Mure, et de la " Laborieuse naissance " d'un projet ambitieux. Des vues étonnantes de la réalisation de la ligne et de ses ouvrages d'art, évoqueront pour vous ces chantiers de la conquête d'une nature hostile, accumulant les difficultés comme pour mesurer la capacité créative des maîtres d'œuvre. Enfin on inaugure. L'évocation de ce 24 juillet 1888, tant par le texte que par l'illustration, a fait nos délices, je ne pense pas que l'on puisse rester insensible à cette fête qui traduit si aimablement la fierté et la joie de toute une population. Suit le chapitre qui étudie l'évolution du matériel roulant; il sera apprécié par tous ceux, et il sont nombreux, qui sont attachés à ces machines qui firent l'admiration de nos pères et, il faut bien dire, la nôtre. Le prolongement de la ligne de La Mure à Corps : une réalisation plus récente qui commence de façon tout à fait originale. Ne voyons-nous pas notre train qui sort de la gare et traverse l'agglomération de La Mure par ses rues les plus commerçantes et les plus animées ? Les patientes recherches de notre ami René REYMOND nous permettent d'admirer d'excellentes vues de ce tronçon, vous goûterez, j'en suis convaincu, les très précieux clichés de la réalisation du Pont de Roizon. Evidemment comme tous ses frères, le petit chemin de fer apporta sa contribution durant les années noires de l'occupation, et nous en connaissons plus d'un qui emprunta les wagons brinquebalants pour aller vers l'espoir et la liberté. Mais je vous laisse le plaisir de découvrir le contenu des autres chapitres. Une préface n'est-elle pas une forme d'entrée en matière ? Mais qu'elle me soit aussi l'occasion de dire à René REYMOND, combien c'est œuvre méritoire de recueillir les événements de notre histoire locale, et combien dans ce domaine il a déjà beaucoup travaillé. Qu'il en soit par mon entremise, cher lecteur, chaleureusement remercié.
J.HAUDOUR
AVANT-PROPOS
Le déchiffrement des hiéroglyphes en 1822 par Jean-François Champollion occupe une place unique parmi les exploits scientifiques du XIXe siècle en révélant l'Egypte ancienne au monde. L'Egyptologie, science éminemment française, venait de naître. Dès son jeune âge Champollion témoigna d'une étonnante précocité pour apprendre, ce qui lui permit de 1804 à 1807, à Grenoble où il avait rejoint son frère qui le prit en charge et suppléa ses parents pour ses études, celles figurant au programme du lycée et celles qui lui étaient personnelles. Il s'intéressa à l'arabe, au chaldéen, au syriaque puis au copte, au persan, au chinois... Cette précocité, cet intérêt qu'il manifestait pour l'Egypte s'accrut lorsqu'il fit la connaissance du préfet Jean-Baptiste Fourier, ancien commissaire près le Divan du Caire qui participa à la campagne d'Egypte avec Bonaparte et provoqua chez Champollion une admiration passionnée pour la terre des pharaons. Le climat intellectuel de Grenoble était alors tout imprégné d'un air égyptien. Lors du passage de Napoléon, à Grenoble en mars 1815 à son retour de l'île d'Elbe, l'Empereur et les frères Champollion firent connaissance. Napoléon s'intéressa vivement aux travaux de Jean-François et invita Jacques-Joseph à se rendre à Paris pour le charger d'élaborer des projets de réforme. Suspectés après Waterloo et traqués par les ultras, les Champollion furent exilés à Figeac (Lot). Dès 1807 Jean-François suivit à Paris les cours du Collège de France et de l'Ecole spéciale des Langues orientales vivantes, il y apprit et se perfectionna en une vingtaine de langues, se familiarisa avec le copte, tenta de déchiffrer la pierre de Rosette. Puis durant quinze ans, tout en publiant ses premiers travaux égyptologiques et en assurant ses fonctions de professeur et de bibliothécaire, il s'acharna à déchiffrer la pierre de Rosette qui lui livra enfin son secret en 1822, date mémorable, et lui ouvrit la voie. Durant une dizaine d'années il consacra tout son temps à ses travaux égyptologiques. Il se rendit en Italie puis partit pour l'Egypte où il pérégrina durant dix-huit mois avec l'expédition Franco-Toscane. Il en rapporta pour le Louvre une riche moisson de dessins, de documents, d'objets, de bas-reliefs, de sarcophages... Epuisé, malade, Jean-François mourut le 4 mars 1832 à l'âge de 41 ans. Son frère, gardien de sa mémoire et de ses travaux, publia en 1835 - 1845 ses Monuments sur L'Egypte et la Nubie. Nés d'une famille originaire du Dauphiné, les frères Champollion ont laissé un souvenir impérissable, en particulier dans le Lot, à Figeac leur pays natal et en Dauphiné, berceau de la science égyptolo-gique : le Valbonnais, Vif et ses " Ombrages " dans la propriété de famille Les Champollion, Grenoble, ville magique pour Jean-François, très attaché à " La Reine des Alpes " et aussi, bien entendu, Paris.
L'ouvrage et son iconographie. A l'occasion du 4e centenaire du siège de La Mure, René REYMOND, historien du Pays Matheysin, offre un nouvel ouvrage de qualité à ses nombreux et fidèles lecteurs. Au terme de longues et minutieuses recherches inlassablement poursuivies, l'auteur a réussi à retrouver de rares et importants documents et surtout — chance exceptionnelle — deux magnifiques plans inédits représentant La Mure et sa région au cours des opérations militaires de 1580 qui opposèrent Charles de Lorraine, duc de Mayenne, au huguenot François de Bonne, futur duc de Lesdiguières, " le vieux renard du Dauphiné ". Jusqu'ici ces plans, l'un fait dans le camp catholique, l'autre dans le camp protestant, avaient échappé aux recherches de tous les historiens de La Mure qui n'en soupçonnaient d'ailleurs pas l'existence. Et c'est ainsi que les lecteurs pourront voir pour la première fois une représentation exacte de la grande citadelle en forme d'étoile, construite sur la colline du Calvaire, citadelle " estimée des meilleures du monde " par un auteur du temps. Sur l'un des deux plans, si bien fait, écrit son auteur anonyme, qu'il semble qu'on voit les lieux-mêmes, on découvre avec surprise et non sans émotion La Mure ceinturée d'épaisses murailles. Toutes les maisons de cette époque y sont représentées. La contemplation de ces merveilleuses images surgies du passé après quatre siècles laisse rêveur. Il faut bien insister sur le fait que ces plans, outre leur aspect purement spectaculaire dans le domaine de l'image qu'ils donnent de La Mure en 1580, sont extrêmement précieux pour éclairer ou préciser certains points de notre histoire locale. Les lecteurs auront aussi la bonne surprise de découvrir dans l'ouvrage deux vues sommaires du château de Morges (Château-Vieux, à St-Jean-d'Hérans) et de la léproserie et sa chapelle, au bord de la Jonche. Il faut y ajouter un très beau dessin donnant un aspect de Susville en 1580, avec ses maisons aux toits d'essandoles et ses deux châteaux, déjà en ruine, de Roche-Paviote et de Breydens. Mais l'ouvrage renferme encore d'autres documents iconographiques de premier ordre : reproductions de rares portraits, de canons, de boulets, sans oublier une photo de l'armure heureusement retrouvée ! que portait Mayenne pendant ce siège mémorable. Avec ce nouveau livre qui fera date dans les annales, l'histoire locale et régionale s'enrichit d'éléments historiques inédits de grande valeur. Extraits de la Préface du Général Jacques HUMBERT L'histoire du Dauphiné comporte trois sièges notables : celui de Livron (décembre 1574 - janvier 1575)... celui de La Mure en 1580, objet de l'ouvrage que nous présente M. René Reymond, de Pierre-Châtel dont il nous a donné récemment l'histoire, celui d'Embrun en août 1692.... De ces trois sièges, celui de La Mure est certainement le plus digne de mémoire en raison de l'importance et de la qualité des forces assaillantes et de la durée de la résistance. Il marque par ailleurs un tournant dans l'histoire des guerres de religion en Dauphiné et dans celle de leur héros, Lesdiguières. Aussi faut-il savoir grand gré à ^f. René Reymond de nous donner un récit circonstancié, mais aussi très vivant, étayé par les témoignages les plus authentiques et rendu parfaitement intelligible par les précieux documents topographiques qu'il a su découvrir au terme de patientes recherches. Lorsque, au printemps 1580, Henri III, exaspéré par le refus de Lesdiguières de consentir à l'application de l'édit de pacification signé à Poitiers l'année précédente, envoya une puissante armée commandée par le duc de Mayenne pour le réduire, quel était le territoire tenu en fait par le chef protestant ? Il embrassait en gros l'ensemble montagneux des Baronnies, du Diois, du Champsaur et du Gapençais que surveillaient de plus ou moins loin les places catholiques de Sisteron, Tallard, Embrun, Grenoble, Romans, Valence et Montélimar. Son noyau, à l'intérieur du polygone Die - Mens - Corps - Charges -Gap - Serre - Nyons, interceptait les communications entre Grenoble et la Haute-Provence. Le centre opérationnel en était Gap, dominé par la forteresse de Puymore, construite par Lesdiguières, qui en avait fait son arsenal et son quartier général. Sur la direction la plus dangereuse, celle de Grenoble, Lesdiguières s'était ménagé un avant-poste : La Mure... A la défense de La Mure, Lesdiguières avait consacré quelque huit cents hommes. Trop avisé pour s'enfermer lui-même dans la place au risque de faire succomber avec lui la cause protestante en Dauphiné, il se tint pendant le siège dans la région de Mens avec des forces mobiles pour " fatiguer " l'adversaire et renforcer au besoin la place. ...... Mais la suprématie de l'artillerie catholique était écrasante : dix-huit pièces dont douze lourdes, contre quelques rares pièces très légères... Lesdiguières n avait pas cru que l'on pût amener devant la place, par d'affreux chemins, tant et de si gros canons : Mayenne s'était assuré la " surprise technique ". La garnison tint plus de quatre semaines. " Elle ne pouvait mieux faire ", dit Lesdiguières qui n'était pas homme à imputer ses échecs aux autres... En réalité, les bandes de Lesdiguières, armées à la légère, peu cohérentes et médiocrement disciplinées, étaient trop désavantagées dans une lutte régulière contre une armée aussi solide et organisée que celle de Mayenne, d'ailleurs fort bien commandée par ce chef jeune et ardent. C'est dans la guérilla, a elles familières, qu'elles avaient toutes leurs chances et il est permis de se demander si Lesdiguières n'aurait pas eu intérêt, au lieu de défendre La Mure, à laisser la lourde colonne de Mayenne s'enfoncer vers Gap dans les défilés des montagnes pour l'y harceler, l'y bloquer et la détruire en détail. Peut-être s'y serait-il résolu s'il avait pu prévoir la puissance de l'artillerie de Mayenne... On le voit, l'ouvrage de M. René Reymond offre à l'historien une riche matière. Mais tous ses lecteurs, même sans préparation spéciale, seront captivés par ce dramatique récit et trouveront, dans l'héroïsme déployé par les défenseurs de La Mure pour la sauvegarde de leur liberté religieuse, le sujet de sérieuses méditations
Autrefois on l'appelait la "Roche Percée". En 1749 sur la carte de Bourcet elle porte le nom de de " Pierre Pertuisade" et "Pierre Pertuisée" dans un parcellaire de 1540. (Informations tirées de "Le Plateau Matheysin - Historique du canton de La Mure" par Pierre Berthier.) La légende veut que ce monolithe naturel soit un apprenti du Diable "Folaton" pétrifié et agenouillé devant Dieu...
" Un soir, donc, j'étais là-haut, près de mon diable. Dans le ciel de cette nuit d'août étouffante, la lune rouge paraissait en feu. Tout à coup, il me sembla que ce grand corps de pierre frémissait. Ses formes diaboliques se dessinèrent plus nettement à mes yeux effarés et je vis le démon se redresser... Qui donc es-tu ? m'écriai-je. Je suis Folaton ! Folaton ? Comment, tu ne connais pas Folaton ? Tu ne sais pas que c'est moi qui fus chargé de construire le mur du parc de Lesdiguières ? Le connétable avait vendu son âme pour obtenir de l'Enfer qu'un mur entourant son parc fut élevé en moins de temps qu'il ne mettrait lui-même à en parcourir le pourtour à cheval. Ignores-tu à ce point ton histoire ? Alors, apprends que ce rusé compère joua si bien le perclus, le poussif qu'il nous dupa honteusement. Nous menions, sans hâte inutile, la construction de deux pans de mur de part et d'autre du trajet lentement suivi par sa bête. L'enceinte presque terminée, nous l'allions prendre comme dans un étau, quand, soudain preste, il sauta hors du parc ! En vain les deux pans du mur se refermèrent-ils, comme une mâchoire, sur la queue du cheval : ils ne purent le retenir. Le malin connétable avait fait bénir sa monture. Ce disant, Folaton reprit sa forme originelle de démon au corps de cristal vert. Il s'assit face à moi sur une gigantesque anémone. Il croisa ses jambes de lézard, fit claquer ses ongles d'émeraude et plongea dans les miens ses petits yeux de feu. Fort bien, lui dis-je, mais si proche de nous que soit Vizille, là, au bord du Lac Mort, comment se fait-il que l'on te voie ici, transformé en pierre ? Ah ! pauvre de moi ! J'ai voulu montrer mon zèle : je me suis agrippé à la queue du cheval pour retenir le connétable. Un archange m'a saisi le bras, j'ai été soulevé de terre et précipité sur ce sommet où j'expie mon forfait. En as-tu pour longtemps ? Deux mille ans encore... Et sur ce, Folaton réintégra son corps de pierre... et s'écroula sur ma tête avec un bruit de tonnerre. Je me réveillai en sursaut sur le lit de gazon où je m'étais endormi par cette orageuse soirée. J'eus à peine le temps de rentrer à grandes enjambées à travers les prairies et les champs d'avoine pour échapper à la colère du ciel, sans doute déchaînée par le bavardage de Folaton.
Dessinateur et peintre, mais aussi écrivain, cinéaste, photographe ou conférencier, Samivel, qui nous a quittés en 1992, refusait de se laisser enfermer dans une autre définition que celle de créateur et a joué indifféremment de plusieurs modes d'expression.Ses aquarelles sont universellement connues dans le monde de la montagne. Délicates, légères et empreintes de sérénité quand Samivel donne à voir des paysages vierges de toute civilisation, ses images deviennent plus mordantes lorsqu'il y met en scène l'homme... et l'on se retrouve alors face à un Samivel polémiste et drôle, mais aussi sceptique (et malheureusement visionnaire) sur le devenir d'une nature dominée par la civilisation.
On reconnaît une montagne dessinée par Samivel au premier coup d'œil. La poésie, l'élégance, l'intelligence, l'humour noir ou cocasse de son trait la rendent à nulle autre comparable. Se demander ce que les hommes viennent chercher en montagne... Trouver ce que la montagne offre lorsqu'on est en elle... Cette quête évoquée par Giono dans la préface est au cœur de l'œuvre de Samivel. Opéra de pics a été publié pour la première fois en 1944 par les éditions Arthaud. Cette édition comportait la préface de Jean Giono et le " Boniment " de l'auteur. Dans une deuxième édition, fin 1945, la préface de Giono avait laissé place au texte de Samivel " La réponse des hauteurs ". En 1980, les éditions Didier-Richard ont réédité cet ouvrage en rassemblant tous les textes des publications précédentes.
" Et j'ose écrire ici, parce qu'il n'y a rien de tel qu'une page imprimée et jetée aux quatre vents pour bien garder un secret, que même les Choses, oui, que même les pierres, même ces grands êtres de terre, de pierre et de glace, qu'on appelle montagnes, sont capables de rendre amour pour amour, car tout n'est qu'un jeu perpétuel d'échos. "
Samivel
A part le combat légendaire d'un certain Béatus contre la redoutable " Vouivre " qui jadis désolait la région, l'affaire Icart-Raccard, laquelle à propos d'un mélèze abattu coupa définitivement le pays en deux clans rivaux, il ne s'est rien passé depuis des siècles dans la Vallée de Saint-Béat. Des générations de montagnards, uniquement occupés de leurs trou peaux, y ont accumulé des milliers d'existences rudes, naïves et libres sans attirer l'attention de l'Histoire. Mais les temps sont révolus. Ce monde perdu, anachronique, est découvert par un puissant groupe financier qui, à coups de chèques et de caterpillars, va bouleverser les décors, et les âmes, et tirer de l'humble vallée la grande station sportive d'Édenberg, l'une des premières d'Europe. C'est la chronique de cette mutation, d'une " civilisation de la vache " aux modes d'activité modernes, qui fournit la trame de ce roman, à travers une foule d'épisodes où le drame et la comédie se mêlent intimement, animé aussi d'une multitude de personnages inoubliables... le facteur Lavanche, le curé Burnier, M. Stenn, le Directeur général du C.I.E., Oltresaxo, le vieux braconnier, Sarah la sicilienne, Amat Penne le Talleyrand de village, la séduisante Hélène Colline... Et les dominant toutes, la puissante figure de Siméon Icart, du " Dernier des Hommes ", du "Fou d'Édenberg ", fou de justice et de liberté, en qui s'incarneront peu à peu des forces vraiment cosmiques, en tenant tête, tout seul, à l'opinion, aux foules déchaînées. Ce livre polyphonique, où la nature, l'homme, l'animal, la pierre elle-même sont traités avec la même attention poétique et la même perspicacité, où l'esprit et la sottise, l'amour et la haine, se heurtent parfois avec la dernière violence, entraîne le lecteur dans les ambiances et les milieux sociaux les plus divers, cabanes de bergers, conseils d'administration, boîtes de nuit, alcôves et solitudes neigeuses. Samivel n'avait publié que des études, des récits et des nouvelles. Voici, tout à coup, un grand roman, un vrai.
Paru pour la première fois en 1940, le chef-d'œuvre de Samivel n'a pas vieilli d'une ligne et demeure l'un des plus grands classiques de la littérature alpine. Le narrateur et ses deux amis - Bob le bricoleur impénitent et François le distrait - forment une cordée ordinaire. Ce ne sont pas des surhommes, seulement trois amis en vacances s'initiant à l'alpinisme. Ils connaîtront de multiples péripéties, souvent cocasses, parfois tragiques, mais toujours racontées avec l'humour, la malice et la poésie qui sont le propre de l'auteur, et dans lesquelles tous les amoureux de la montagne se retrouveront avec plaisir. Les aventures qui se succèdent ici nous restituent la passion authentique de l'alpinisme. Si un livre est capable de faire comprendre et aimer la haute montagne à qui ne la connaît pas, c'est bien celui-là, et on peut parier qu'il a déclenché plus d'une vocation alpine ! Mais ce récit est aussi le reflet d'un monde à jamais disparu, celui du paradis perdu de l'altitude, si cher à Samivel, dans lequel le massif du Mont-Blanc n'est pas encore envahi par les foules et où l'on grimpe en chaussures à clous et amples pantalons de laine. Cet univers même que Samivel a si bien évoqué dans ses aquarelles et dessins et dont L'amateur d'abîmes constitue l'exact pendant littéraire.
Dessinateur et peintre, mais aussi cinéaste, photographe et conférencier, Samivel fut avant tout un merveilleux écrivain. Il n'existe aucun genre qu'il n'ait tenté avec succès, du conte humoristique à l'essai philosophique, de la chanson au roman, de la bande dessinée à l'étude historique. Si ses grandes œuvres, comme les Contes à pic ou L'amateur d'abîmes, enchantent toujours un public fidèle et fervent, son œuvre foisonnante demeurait riche de nombreux textes peu connus, inédits ou publiés en revues. Le présent volume offre le meilleur de ceux consacrés à la montagne, et on ne s'étonnera pas qu'ils soient de coloration et de styles divers. Les contes et nouvelles y vont de la saynète humoristique à l'évocation dramatique d'une tempête en altitude, mais les récits et essais qui composent la suite du volume ne sont pas moins variés.
Samivel y prend position, avant l'heure, contre les téléphériques, défend le parc national de la Vanoise, raconte les heures délicieuses passées à observer chamois et bouquetins ou analyse "l'énigme " de l'alpinisme. La montagne a suscité peu d'écrivains dont la curiosité soit aussi universelle, les connaissances aussi vastes, le style aussi fin et évocateur. Dans sa diversité même, Samivel déploie toute la palette de ses talents, mise ici au service d'une seule cause : l'amitié des montagnes.
En peu d'années et sous la pression des faits, les rapports de la civilisation occidentale et de la Nature vivante ont été remis en question. Mais si les termes "pollution", "environnement", "écologie" sont tombés dans le domaine public — sans que l'on puisse assurer pour autant que leur signification et leurs implications soient réellement comprises du plus grand nombre, — un aspect fondamental du problème a jusqu'ici été à peu prés négligé : l'aspect esthétique. Pour l'auteur de L'Œil émerveillé, la Nature se présente d'abord comme une source inépuisable de satisfactions esthétiques, c'est-à-dire d'euphories souvent intenses grâce auxquelles il est possible d'accéder à un niveau supérieur de conscience. La première qualité du monde est sa troublante beauté. Encore faut-il apprendre ou réapprendre à voir, ce qui s'appelle VOIR, œuvre pie exigeant cette vertu de curiosité et ce don d'émerveillement que tant d'adultes ont perdus en cours de route. Dès lors, notre "admirable planète", dévaluée par manque d'attention, si ce n'est d'amour, se repeuplera de myriades d'objets fascinants, œuvres des hommes aussi bien que de la Nature puisque les unes et les autres font partie de la même réalité.
Ces pages de Samivel sont fondamentalement contestataires, en ce sens qu'elles n'accordent rien aux conventions du jour et même brisent au passage quelques idoles. En ce siècle de {'image, c'est plutôt une vision qu'elles nous proposent. Elles négligent en effet toute référence matérielle et redonnent ses lettres de noblesse à la description purement littéraire, laquelle réclame non seulement l'adhésion du lecteur mais aussi sa collaboration imaginative. Il y a là un dialogue, poursuivi à travers les décors les plus divers de la vaste et féconde Nature, grâce auquel s'élaborent simultanément une "méthode de joie" et une véritable "Esthétique sauvage".
" Et voilà que sont arrivés des troupeaux de gros nuages et ils ont rempli notre vallée comme les brebis remplissent les chemins creux. Notre vallée, et toutes les autres. Et, chaque matin ce sont de nouvelles agnelades de brumes qui coulent le long des pentes de toutes les forêts. Des sources de bêtes célestes répandent troupeaux sur troupeaux sans fin, dans tous les détours de cent vallées de ce grand pays de montagnes… "
Jean Giono. Batailles dans la montagne.
Clic gauche sur photo = agrandissement Le hameau des Gonthéaumes, par timidité certainement, aime à se cacher sous les nuages...
Clic gauche sur photo = agrandissement Vallon du Tourot. Au loin, venant du fond de l'horizon un mascaret de coton s'apprête à nous submerger.
Clic gauche sur photo = agrandissement Toujours le vallon du Tourot (vue prise du sommet de la Grande Eglise.) Au fond émergeant comme des îles on aperçoit à gauche l'Obiou au milieu le petit trait sombre du Vercors se confondant avec l'horizon, et à droite l'Etilier, le Coiro et l'Armet.
Clic gauche sur photo = agrandissement Les sources du Tourot, en face la pointe de Confolens, à sa gauche le Neyrard.
" Tu t'imagines de tout voir, toi, avec tes pauvres yeux ? Tu le vois le vent, toi qui est fort ? Tu es seulement pas capable de regarder un arbre et de voir autre chose qu'un arbre…"
Jean Giono. Colline.
Clic gauche sur photo = agrandissement Le vallon du Tourot, en face la chaîne de l'Armet, dans le soleil le Palletas : L'impression est extraordinaire quand on émerge dans le soleil et que plus bas les nuées roulent en un ressac monstrueux et étrangement silencieux.
Clic gauche sur photo = agrandissement On quitte le vallon du Tourot par le rocher de la grande Eglise, et le sentier maintenant en plein soleil, se dirige vers les Chétives et le col de Romeiou.
Clic gauche sur photo = agrandissement Sous les rochers de Grande Eglise, ligne de crêtes vertigineuses et mer de nuages.
Clic gauche sur photo = agrandissement Vallon de La Selle. Magnifiques et immenses loupes de lave basaltique.
" Jamais je n'ai revu un spectacle aussi beau que celui qui, ce jour-là, s'offrait à nos yeux au sortir de la forêt. Il pouvait être huit heures. Une mer de nuages, lisse et dense, baignait toute la plaine. Elle s'étendait très loin dans le Trièves avec des golfes et un grand fjord du côté de Voreppe. Des îles y pointaient. L'air brasillait de cristaux de neige en mouvement. Le soleil était partout. Le silence devenait insolite dans cette agitation de poussière d'or et l'intensité lumineuse rendait le froid étrange. On se serait cru dans un monde affranchi des lois de la matière. "
Jean Sarenne (Jean Zellweger). Trois curés en montagne
Imaginez une île, assaillie à l'est par une armée de géants portant de grandes cagoules blanches (l'Oisans), coupée du reste du monde par un gouffre vertigineux qui barre la route du sud (les gorges du Drac), emprisonnée à l'ouest par une muraille lisse et sans faille (le Vercors) et dont le seul lien de communication soit une sorte d'escalier qui descend vers la ville et les hommes... (la côte de Laffrey).
Et bien cette île, issue de votre imagination ressemble à la Matheysine.
Entourée par la fureur extravagante du massif de l'Oisans et la vigueur intempestive du relief préalpin du Vercors, la Matheysine dénote dans ce relief chaotique par son bocage ondulant presque mollement au grès des serres et des creys. A mi-chemin entre le soleil quasi méditerranéen des Alpes du sud et l'âpreté des Alpes du nord, à deux pas du chapelet des cols aux noms prestigieux qui séparent les mondes du soleil et de la neige, l'île verdoyante de la Matheysine est née de la confrontation d'une nature étrangement spécifique et d'une population marquée, comme toutes les populations montagnardes, par un climat et une situation géographique peu favorable à priori à l'épanouissement économique et social. La Matheysine, contrairement au Dauphiné dont elle dépend historiquement, s'affirme avant tout comme une identité géographique . Nettement délimité par ses frontières naturelles le plateau a eu la double chance d'enfermer une importante couche d'anthracite et d'être un des passages obligatoires entre Grenoble et les Alpes du sud.
Clic gauche sur photo =agrandissement ... Melting-pot végétal aux Gonthéaumes : Automne, saison des émerveillements lumineux : l’embrasement ne durera pas, le temps des panaches et des oriflammes est éphémère mais il suffit d’être là et de regarder.
Clic gauche sur photo =agrandissement ... Plateau Matheysin, vue prise en direction du nord, lac de Laffrey.
Clic gauche sur photo =agrandissement ... Lac de Petichet.
Clic gauche sur photo =agrandissement ... Hameau des Gonthéaumes, à Petichet, commune de Saint Théoffrey. Au fond sa majesté l'Obiou (tête de bœuf en patois).
Clic gauche sur photo =agrandissement ... Lac de Laffrey. A l'horizon : le massif de la Grande Chartreuse.
Clic gauche sur photo =agrandissement ... A gauche le Grand Serre, à droite le Tabor . Par en dessous le lac de Petichet.
Clic gauche sur photo =agrandissement ... Petit matin d'automne : En promenade dans la colline des Creys.
Explosion des printemps. Torpeur écrasante des étés surchauffés. Mais surtout douceur nostalgique et bonhomie des automnes. La plus magnifiques des saisons qui nous fait, en montagne plus qu’ailleurs encore, ressentir la fragilité de l’instant… Saison des bonheurs subtils et des maturités ou toutes nos joies sont exacerbées par les épreuves pressenties. En effet l’hiver s’annonce déjà par quelques signes furtifs : Un petit rien dans le fond de l’air du soir, un frisson dans les buissons, un soupçon de violet dans la lumière, où une étrange et insidieuse mélancolie.
"Sur les midi, Dame Marmotte s'est arrêtée net dans sa tournée d'affaires. Puis elle a sauté debout sur un rocher, la tête un peu de côté et les sens en alerte. Elle demeurait parfaitement immobile. Juste son bout de nez cueillait au vol les confidences du vent.
Sa mère avait fait de même, et la mère de sa mère également, car sa race avait eu le loisir d'apprendre à redouter les bipèdes stupides et sauvages qui ne peuvent voir un oiseau sans lui jeter une pierre, une marmotte sans fourgonner immédiatement dans son trou et démolir l'harmonie du vestibule. (Après quoi, ils s'en vont bredouilles.)
Dame Marmotte demeura donc sur place, comme pétrifiée, jusqu'au moment où nous tournâmes le coin. Alors, elle lança un coup de sifflet à faire démarrer un express. Signal d'alarme destiné à prévenir la colonie de l'approche d'un grand péril.
Ceci fait, elle donna encore deux ou trois bons coups pour son propre plaisir : elle nous siffla abondamment. Elle nous siffla, exactement comme l'on siffle de mauvais acteurs. Et puis, l'âme satisfaite, bascula de son perchoir et rentra chez elle. Alors, nous vîmes qu'il y avait une pierre de moins sur la moraine, et c'est tout ce que nous en sûmes jamais."
L'Obiou est une montagne extraordinaire. Cette citadelle crénelée, sublime dans sa solitude entre Vercors et Oisans, est un mythe pour les randonneurs. Arpenter ses contreforts, s'épuiser sur ses immenses clapiers, progresser entre un vide tellement "présent" qu'il en devient palpable et sa propre peur... est une expérience indélébile.
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Cependant, attention, sur cette montagne votre excursion deviendra soit un souvenir inoubliable en paradis soit un cauchemar. L'obiou ne pardonne aucune improvisation et la randonnée, ici comme un peu partout en Dévoluy, est affaire sérieuse. Il règne en ces lieux une atmosphère un peu particulière. Vous y ressentirez certainement une étrange sensation. Ces montagnes sont "habitées". Le cadre est sublime, le paysage est merveilleux, mais comment expliquer cet étrange malaise qui vous envahit à coup sûr lorsque vous vous engagez dans un couloir, ou que vous pénétrez dans une des multiples cavités de ce massif ?
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L'Obiou est la citadelle du Diable. Zeus l'a choisi comme demeure (la preuve : les orages s'acharnent sauvagement sur ses flancs...). Les fées ont leurs habitudes dans les grottes des alentours... Cette montagne, tel un aimant, attire mais elle angoisse aussi! La charge émotionnelle que l'on perçoit ici est certainement due à toutes les catastrophes qui ont endeuillées ces lieux. Combien de randonneurs y ont perdu la vie? Comment expliquer qu'il y ait eu deux catastrophes aériennes à quelques centaines de mètres près et en si peu de temps ici? Que de malheurs accumulés en ces lieux! L'Obiou serait-il le Mont Maudit, le pendant négatif du Mont Aiguille?
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La première catastrophe aérienne eut lieu le 29 août 1946 . Un B17 G de l'US AIR FORCE parti de Francfort et se dirigeant vers Casablanca se fracasse 30 m sous la paroi dominant Casse-Rouge aux environs du Malpasset. L'avion, égaré dans le brouillard, a certainement pénétré dans Bachilianne puis le piège s'est refermé dans le cirque de Casse-Rouge. Le choc explosif a totalement désintégré l'avion et ce n'est que le 26 septembre 1946 que Raymond Pupin et Fernand Mollard découvrent les débris de l'appareil en escaladant la crête de Casse-Rouge. Raymond Pupin se souvient, alors, avoir entendu un bruit sourd dans la montagne et avoir vu, à plusieurs reprise, un avion d'observation dans le secteur. Les corps et les débris de l'appareil sont évacués par l'armée américaine. Le silence retombe rapidement après l'accident qui aurait fait quatre victimes d'après Le Guide de l'Obiou de Pierre Barnola et onze morts d'après le Dauphiné : "Mémoires d'ici" n°10 du 01/02/2003. Aucune explication connue des causes de la catastrophe...
Le deuxième accident a beaucoup plus marqué les esprits.
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Le 13 novembre 1950, un Skymaster quadrimoteur de la Curtiss-Red Flying de Cartierville (Montréal) de type Douglas, sous type C-54B-1-DC, immatriculé CF-EDN fabriqué en 1945 et transportant 58 passagers et membres d'équipage heurte du bout son aile la crête ouest de l'Obiou un peu en dessous de son sommet . Le carburant explose et l'avion est pulvérisé sur la face nord et le pierrier. Les débris sont dispersés sur 1000 m dans la face et sur les immenses clapiers de Casse-Fouira. Les passagers, des pèlerins de retour de Rome, somnolent tranquillement sur leurs sièges... Partis à 14H16 de Ciampino (Italie, ils se sont habitués aux secousses du DC4 qui lutte contre les bourrasques de neige et de vent . L'obscurité et la brume ne facilitent certainement pas le travail du commandant de bord Holmstead et son second Henderson. L'hôtesse, circule dans l'allée et offre du thé... L'avion est attendu pour 19h30 à Orly. Un passager note scrupuleusement sur un cahier d'écolier : "Ile Corse, Sardaigne, les Alpes, passage à Nice puis 7000 pieds d'altitude, vitesse 205 miles..." 7000 pieds soit 2135m, l'Obiou culmine à 2789m tout est dit...
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Voici la composition la liste des membres d'équipage : Capitaine Orville Alfred Olmstead ( commandant de bord , Montréal ) Robert James Hendersen ( 1er officier, Willowdale, Ontario ) Henry Thomas Warkentin ( Navigateur, Lakeside-Heights) Arthur Bethwell ( Navigateur, Montréal ) Dennis Norman Nichols ( radio-télégraphiste, Ville Saint Laurent) Helen Marjory Johnston ( Hôtesse Montréal ) ou (miss Mac Donald?) Roderick Malcom Mcisaak ( commissaire de bord ; Ville Saint Laurent)
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La catastrophe a eu lieu en pleine tempête. Le dernier contact de l'avion (CF EDN) est noté à 18 H 05 par le contrôle de Lyon. A Pellafol on entend distinctement le passage d'un avion volant très bas et Mr Paul Achim,le cafetier, aperçoit le DC4 frôlant dangereusement les sommets. Son frère, Louis, perçoit un bruit d'explosion et distingue une lueur dans la montagne. Le silence retombe et la tempête reprend. Dans le pays tout le monde sait déjà qu'une tragédie épouvantable a eu lieu. Rapidement les secours s'organisent, des groupes se forment et se dirigent vers l'endroit présumé de l'accident. Des hommes se perdent, d'autres doivent rebrousser chemin tellement le temps est épouvantable... Les volontaires de la Société Dauphinoise de Secours en Montagne, commandés par Félix Germain, la Société de Ski Murois et le 93éme régiment d'artillerie de montagne participent aux recherches. L'épave n'est retrouvée que le lendemain dans Casse-Fouira 400 m sous le sommet. La vision est apocalyptique. Des débris, des corps mutilés, des bagages éventrés, des papiers, des photos, des vêtements... Le premier jour seulement 17 personnes peuvent être identifiées, 15 ne le seront jamais...
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Les corps sont, dans un premier temps, transférés à la Croix de la Pigne. Le 18 novembre 1950 un office religieux est célébré dans la cathédrale de Grenoble en présence de Monseigneur Maurice Roy et Monseigneur Alexandre Caillot. Le 19 novembre un deuxième office religieux est célébré pour les cinq protestants présents dans l'avion...
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Transférés, tout d'abord au cimetière Saint Roch à Grenoble les corps sont inhumés le 20 août 1951 en présence de Monseigneur Garant, évêque auxiliaire de Québec au cimetière du Petit Sablon. Finalement les victimes de l'accident sont presque toutes transférées dans le petit cimetière de La salette Fallavaux, à deux pas du sanctuaire marial de La Salette qui fait face à l'Obiou...
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Il semble évident que les causes de cette catastrophe soient accidentelles. Cependant l'enquête a dévoilé de nombreux faits troublants... L'avion aurait transporté une grosse quantité de liasses de Dollars neufs, des mallettes suspectes, des armes. Un corps aurait mystérieusement disparu et aurait été emmené en Italie... Nous étions en pleine guerre froide et des espions auraient, peut-être, tenté ici le premier détournement aérien... Un livre a été publié autour de ces hypothèses : Entre Dieu et Diable (Louis-Edmond Hamelin).
Si ce sujet vous intéresse je vous propose aussi la lecture de "Crash à l'Obiou" de Vincent Desbrieres (Editions de Belledonne).
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Roman et enquête secret défense...
Enfin pour vous imprégner de l'atmosphère si envoûtante de ce massif je vous suggère la lecture de deux ouvrages très intéressants écrits par de grands amateurs de montagne.
Guide l'Obiou de Pierre Barnola (Editions GAP) Monographie quasi exhaustive sur cette montagne mythique.
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Du Mont Aiguille à l'Obiou alpinisme et randonnée en Trièves et Dévoluy de Pascal Sombardier (Editions Glénat)
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Dans ce livre vous parcourrez les charances du Ferrand, le sentier de la Baronne, vous irez à la recherche de la grotte du Fleyrard... Ce livre est à mettre entre le mains de tout randonneur adepte de l'esprit de wilderness et désireux de sortir des sentiers battus...
Petit résumé historique de l'exploitation de l'anthracite en Matheysine.
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Le premier texte connu faisant explicitement référence à une exploitation minière du sous-sol Matheysin est daté de 1261. Il s'agit d'une "déclaration fournie le pénultième novembre 1261 par les habitants de La Mure, devant les commissaires députés par le Dauphin pour la recherche de ses droits…" On peut y lire que "les bois noirs, alpes…et toutes sortes de mines…étaient de la directe dudit Dauphin et Comte qui en était majeur seigneur." En 1455 on trouve, enfin, un texte mentionnant clairement qu'il existait une exploitation de charbon aux environs de La Mure. Il s'agit d'un acte du Dauphin Louis II nommant un certain Guillaume de Lacfroid maître-mineur à la réserve des châtellenies de La Mure, Vizille et La Cluze , dans lesquelles pareil privilège avait été accordé à Guillaume Bas… sous réserve qu'il verse la dixième partie des mines exploitées…
Le Dauphin Louis II Clic gauche = agrandissement
En 1640 Le Duc de Lesdiguières , pair de France, lieutenant général du Dauphiné décide d'utiliser le charbon de La Mure pour fabriquer la chaux nécessaire aux fortifications de Grenoble.
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En 1768 on creusa la première galerie horizontale sous les ordres du baron de Venterol, seigneur de La Motte. L'exploitation était effectuée sans aucune méthode et les mineurs n'extrayaient que "le quarantième de la masse de houille", les accidents étaient fréquents et graves, le boisage inexistant, la circulation de l'air, et l'écoulement des eaux complètement négligés… Les habitants disposaient plus ou moins de la libre jouissance du sous-sol de leurs propriétés. "Il a été retrouvé au fond de vieilles caves de La Motte d'Aveillans des galeries fort bien aménagées d'où nos aïeux extrayaient l'anthracite qu'ils brûlaient dans des poêles d'Allemagne". En tout état de cause la production ne dépassa jamais 4 à 5000 tonnes par an avant 1800. De toute façon la quasi totalité du charbon extrait était vendue en Matheysine et aux alentours immédiats. Les difficultés de transport empêchaient toute exportation lointaine. La route Royale de Gap à Grenoble draina la plus grosse part du trafic. Des magasins furent établis à Pierre-Chatel et Saint Théoffrey. Il étaient alimentés à dos de mulets ou par des chars à boeufs…
Tout changea avec l'empire et le statut Napoléonien… La loi du 21 avril 1810 fixa les droits à concessions, organisa et encadra strictement les méthodes d'exploitation.
La première concession fut octroyée le 1er novembre 1805 au Peychagnard à Louis Perrin.
La concession de la Grand'Draye a été accordée le 4 juillet 1806 à Jules Giroud (entrepreneur géomètre à La Mure).
La concession des Bethoux fut attribuée le 18 septembre 1806 à Maître Tremblay (un notaire).
L'association de ces trois concessions fut le fondement de "La Compagnie des mines de La Mure".
De nombreuses autres concessions furent accordées, plus ou moins rentables certaines fermèrent rapidement…
01/11/1805 : Combe Ramis (François Dumollard)
François Dumollard (concessionnaire en 1873- fils du fondateur François Dumolard-le fondateur décédé en 1827) Clic gauche = agrandissement
1805 à 1813 : Putteville 1815 : La Jonche 1834 à 1863 puis de 1903 à 1906 : Les Boisnes 28/08/1835 : :Les Chuzins ( Henri Giroud) 28/08/1835 : Prunieres (Etienne Badier) 1843 à 1863 : Saint Théoffrey 15/06/1894 : Les Marais (Germain-Bonne, Reynier, Dufour, Berthier) 02/05/1900 : Le Majeuil (Société Vaulxoise) 09/081904 : Serre Leycon (Société Baron, Faure, Reynier et cie)
A la mort de Jules Giroud, la direction de l'exploitation fut reprise par son fils Henri Giroud. Bon gestionnaire, il sut s'entourer de personnes compétentes : Etienne Rolland, Henri Bouvier.
Ces trois filles épousèrent Eugène Chaper, le marquis de Valfons et Gabriel de Reneville…
Henri Giroud Clic gauche = agrandissement
Eugène Chaper Clic gauche = agrandissement
Paul Henry de Reneville (fils de Gabriel de Reneville) Clic gauche = agrandissement
Giroud, Chaper, Reneville :
L'histoire des Mines de La Mure se fera essentiellement "jusqu'à la nationalisation "autour de ces trois familles.
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Fleuve généalogiques des mines de La Mure : Dessin d'Abel Chrétien paru dans le "Mineur Matheysin" n° 7 août novembre 1947. Après la guerre la France a un besoin vital d'énergie. La bataille du charbon est lancée. Le 17 mai 1946 la loi de nationalisation est votée par l'Assemblée Nationale. La loi prend effet le 1er juillet 1947 et, de fait, la Compagnie des Mines de La Mure n'existe plus : la totalité de la compagnie est transférée à un E.P.I.C. (Etablissement Public à Caractère Commercial) qui sera appelé "Les Houillères du Bassin du Dauphiné" (H.B.D.). Dans le même temps "Charbonnages de France" est créé pour regrouper les neuf houillères françaises : Nord-Pas de Calais, Lorraine, Aquitaine, Auvergne, Blanzy, Cévennes, Loire, Provence et Dauphiné.
Statuts de la Nationalisation Clic gauche = agrandissement
Le 14 octobre 1946 les administrateurs des Houillères du Bassin du Dauphiné sont désignés à la préfecture de l'Isère, à l'unanimité, Louis Mauberret est nommé Président.
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Il est intéressant de noter que si la "Compagnie des Mines de La Mure" a bien été nationalisée, la société distribuant le charbon "La Mure" et la banque La Prudence sont restées la propriété d'actionnaires privés (famille de Marliave) et forte de son expérience et de son réseau de distribution de produits pétroliers créé dès 1936, elle prit part à la création du groupe ELF-ERAP… La vie des H.B.D. de 1946 à sa fermeture définitive en 1997 fut longue et mouvementée… Accidents, incendies, dégagement instantané de gaz carbonique, grèves et conflits sociaux… Et la nouvelle tombe 1e 10 décembre 1968 M Bettancourt , ministre de l'industrie, annonce la fermeture des mines de La Mure pour 1975… C'est le choc! Comment la mère nourricière du plateau pourrait disparaître, mourir? Toutes les certitudes de sécurité, d'emploi, d'avenir au pays s'envolent…
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Ce résumé succinct de l'histoire des mines de La Mure vous incitera, peut-être à creuser le sujet (ce qui va de soi concernant la mine!). Trois ouvrages (dont sont tirées en grande partie les informations de cet article)vous permettront une approche beaucoup plus exhaustive : La chronique des Mines de La Mure – 2 siècles de charbon (Jean Garnier)
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La Mure en Matheysine – La volonté de vivre (C.N.R.S.)
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Et le Bassin Houiller de La Mure (Clovis-Henri Angelier) documentation issue du site Persée édité par le ministère de la jeunesse, de l'éducation nationale et de la recherche.
Quelle agitation en cette fin
d’été à Saint Théoffrey… Une entreprise spécialisée dans les forages et
sondages éparpille aux quatre coins de la commune d’étranges engins ressemblant
à de petits derricks mobiles…
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Les bruits courent, la rumeur
enfle. On cherche de l’or, du pétrole…
Voila qui mettrait du beurre des
les épinards : le budget communale n’est pas si florissant !
Seulement du rêve à la réalité le
chemin est souvent bien long et toute cette effervescence est peut-être aussi
synonyme de tracas…
Le plus simple est de demander
quelques renseignements au géologue qui encadre les travaux.
La réalité est bien
différente : La Matheysine est riche en anthracite et son exploitation s’est
développée sur des territoires bien connus.
.
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Mais on a oublié de nombreux
sites de prospection et dans le cadre d’un plan de prévention des risques
miniers il a été décidé une importante campagne de sondages sur une vaste
étendue du territoire Matheysin. Et il y a bel et bien suspicion de travaux
miniers à Saint-Théoffrey et particulièrement aux alentours des
Gonthéaumes ! Pour preuve cette
carte, certes peu précise, mais comportant de nombreux détails troublants. Elle
est certainement antérieure à 1907. (Puisque le nom de Petichat a été
transformé en "Petichet" par une décision municipale du 19 février
1907).
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Les plus anciens habitants du
village se souviennent bien d’une entrée de galerie abandonnée au niveau du
chemin qui part de Petichet pour aller à l’église, en dessous et au sud du
« rocher » que l’on voit le long de la D113B entre Petichet et les Gonthéaumes. Il est bien tentant de relier ces souvenirs à la galerie Jacob
tracée sur la carte.
Il ne reste plus aucune trace de
ces travaux : Aucun vestige d'exploitation (razier par ex) ou affaissement de
terrain…
La galerie Villard, elle, est
plus visible : une petite visite dans les taillis et le petit bois jouxtant
"l'arrêt pique-nique" organisé au bord de la nationale à la sortie
sud de Petichet permet facilement de trouver un amoncellement de pierres
sommairement appareillées.
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Il s'agit certainement de
l'entrée de la "galerie Villard" que l'on a murée après l'arrêt de
l'exploitation.
Un peu plus haut dans la pente on
voit assez nettement des affaissements de terrain. Cependant ici aussi, aucune
trace de razzier.
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La troisième galerie répertoriée
sur la carte aux environs des Berlioux est beaucoup plus visible. Son entée,
aujourd'hui totalement effondrée, présentait encore il y a trente ou quarante
ans des boisages disloqués et branlants.
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La saignée d'affaissement est
bien nette. Il est impossible de manquer cette grosse balafre!
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Les travaux miniers sur la
commune de Saint-Théoffrey ne se résument certainement pas à ces trois
galeries. Tous les spécialistes qui se sont intéressés, soit à l'exploitation
houillère en Matheysine ou à l'histoire locale, semblent en accord sur ce
point. Les recherches, fouilles, demandes d'exploitation furent nombreuses et
variées…
Dans le livre de Jean Garnier
"Chronique des mines de La Mure".
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on peut lire :
"Saint-Théoffrey : l'exploitation ne dura que de 1843 à
1863 et ne produisit annuellement que quelques dizaines de tonnes."
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Dans le livre de Pierre Berthier
" Le plateau Matheysin".
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on peut lire :
CONCESSIONS DE SAINT-THEOFFREY
Cette commune a eu quelques
demandes de droit de fouilles pour la recherche soit de l'anthracite, soit du
cuivre, du plomb, du zinc. Voici une publication par affiche, relative à une
demande de concession des mines de cuivre et autres à Saint-Théoffrey.
...Vu la pétition
régulière, en date du 22 février 1853, enregistrée dans nos bureaux sous le n°
112 par laquelle M. E. Causans, gérant de la Société des Mines et Fonderies des
Alpes, dont le siège est à Paris rue de l'Université, 14, demande la concession
des mines de cuivre, de plomb et de zinc, argentifères, situées sur le
territoire de la commune de Saint-Théoffrey.
La concession est limitée :
Au nord-ouest, à l'intersection
et séparation des communes de Notre- Dame-de-Vaulx, Saint-Jean-de-Vaulx et
Saint-Théoffrey, la route de Gap à Grenoble, à son branchement avec le chemin
de Pierre-Châtel et la Fayolle.
Au nord, à l'intersection des
communes de Cholonge et de St-Théoffrey ou elle rencontre les chemins des
Theneaux à Cholonge.
Au sud, par l'intersection des
chemins de Saint-Jean-de-Vaulx aux Gontheaumes et celui des charbonnières de
Pierre-Châtel.
A l'ouest, par le chemin de
Saint-Jean-de-Vaulx aux Gontheaumes.
Ce périmètre enferme une étendue
de 112 hectares 97 ares environ.
Voici encore un extrait du livre
de Clovis-Henri ANGELIER : Le bassin houiller de La Mure
Les petites entreprises.
Les concessions de Puteville, de
Pierre-Châtel, des Boisnes et de Combe-Ramis sont aujourd'hui abandonnées. Si
la dernière connut une longue quoique modeste activité, les trois autres
n'eurent qu'une production très faible, éphémère ou intermittente. La
concession de Puteville (216 ha.), constamment exploitée de 1805 à 1913, ne donna
plus de 5.000 tonnes par an qu'à partir de 1870. En 1910, les ouvriers en
tirèrent 11.000 tonnes. Un chemin de fer la relia même à la voie ferrée de
Saint-Georges-de-Commiers. Les réserves étant épuisées, on l'abandonna en 1913.
A Pierre-Châtel et Saint-Théoffrey (200
ha.), l'exploitation ne dura que de 1843 à 1863, temps pendant lequel elle ne
produisit annuellement que quelques dizaines de tonnes. Un regain de vie donna
12 tonnes en 1912, et la mine fut fermée. L'activité fut aussi
intermittente aux Boisnes (77 ha.). Entre 1834 et 1848, de 5 à 8 ouvriers y
travaillèrent, à la belle saison…
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Enfin le livre de René Reymond
"Mémoire de Saint-Théoffrey liste par le menu toutes les demandes
d'autorisation de recherches de minerais divers effectuées depuis 1847 dans les
limites de la commune.
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DEMANDE EN
CONCESSION D'EXPLOITER
DES MINES DE HOUILLE AU CREY
Le 15 messidor an 12
(4.7.1804) Jacques Froment, de La Motte-d'Aveillans (Les Buttarias) obtint
l'autorisation d'exploiter des mines de houille dans une partie de la montagne
du Crey, dans les communes de Pierre-Châtel et Saint-Théoffrey, sur une étendue
de 8 km2. Après avoir dépensé 30 000 livres en travaux de recherches qui ne lui
permirent de découvrir qu'une veine de charbon de 50 cm d'épaisseur, il
abandonna sa galerie qui, quelque temps plus tard, s'écroula. Il céda ensuite
ses droits à Jacques Pellafol, de Pierre-Châtel (Le Collet). Le nouveau
concessionnaire demanda, le 13 octobre 1825, la réduction de la surface à 2 km2
pour bénéficier d'un allégement d'impôts. L'ingénieur départemental des mines,
Gueymard, espérait alors que, si un gîte exploitable était découvert, il serait
élaboré comme ceux du canton de La Mure "qui sont des chefs-d'œuvre dans
les travaux de ce genre". Malheureusement, cette exploitation ne fut pas
viable.
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RECHERCHES DE CUIVRE, PLOMB,
ZINC, ANTHRACITE
La première demande
d'autorisation accordée pour rechercher du plomb du zinc et du cuivre remonte
au 20.8.1847. Elle fut présentée par MM. Jean Troussier, propriétaire à La
Fayolle, et Pierre Blachet, du Péage de Vizille.
Le 4.11.1849, Jean Troussier,
seul cette fois, présenta une nouvelle demande.
Le 9.3.1851, M. Jean Eyraud, de
Grenoble, obtint une autorisation pour rechercher de l'anthracite.
Le 13.2.1853, M. Pierre Nevoux,
de Grenoble, fut autorisé à rechercher de la pierre à ciment et du charbon. Et
la même année, le 17 avril, M. Eyraud obtint une prolongation de deux ans qui
fut encore renouvelée. Mais considérant que ses fouilles étaient très
imparfaites et sa prospection arrêtée depuis 15 mois, la municipalité conserva
le Sr Nevoux pour que la fouille soit complète et que les autres parties de la
commune soient prospectées.
Le 22.2.1853, la Société des
Mines et des Fonderies des Alpes, ayant son siège à Paris représentée par M. E.
de Causans et Cie demanda une concession pour recherche de mines de cuivre,
plomb, zinc... sur une étendue de 113 ha. Par arrêté préfectoral du 19.7 1855
cette société fut autorisée à faire usage d'un appareil à vapeur de forme
cylindrique, d'une capacité de 3 m3 et d'une puissance de 4 chevaux "pour
servir à l'épuisement et à l'exploitation de la mine de La Fayolle".
Le 24.9.1882, M. J.-B. Piret,
"ingénieur-mineur" fut autorisé à rechercher de l'anthracite, mais
aussi "fer, cuivre et autres minéraux, eaux minérales".
Le 31.8.1901 un permis de fouille
fut concédé à M. Prudon, de Lyon, pour recherche de charbon, et pour le même
objet, en 1906, à M. Séjourné, négociant à Marseille qui demanda le transfert
de l'autorisation obtenue à M. Victor Villard qui obtint une prolongation le
31.3.1912.°
LES MINÉRAUX
Entre les lacs de Petichet et de
Pierre-Châtel - versant du dôme de La Mure - ont été signalés des filons de
sidérite, avec hématite et magnétite, qui affleurent.
Le gîte de La Fayolle est connu
depuis très longtemps pour ses exploitations de fer de zinc et de plomb. Entre
La Fayolle et Cholonge furent extraits des galeries les minerais suivants :
chalcopyrite, pyrite, cuivre gris ; limonite, sidérite ; galène.
Sur la rive nord, presqu'île du
lac de Petichet, nous l'avons dit, fonctionnait en 1860, à tout le moins, un
atelier mécanique de la Société des Alpes traitant ces minerais. Des déblais
forment souvent les rives dans ce secteur du lac.
On peut signaler, aussi, un
étrange puits creusé dans la corne nord du lac de Petichet sensiblement au
dessus du Miradou. Mal protégé par un grillage détérioré il représente un
danger potentiel…
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Pourquoi a-t-on creusé un puits à
cet endroit ? L'eau ne manque pas ! : le lac est proche et il semble bien
improbable de trouver quoi que ce soit d'intéressant dans l'épaisseur de cette
immense moraine…
Quelle a été triste cette journée du samedi 13 mars 2010 ou nous avons appris le décès de Jean Ferrat. Bien entendu nous savions que sa santé s'était beaucoup dégradée, bien sûr nous avions deviné que l'immense chanteur poète allait nous quitter... Mais cependant quel choc! pour la première fois, à la maison, nous avons pleuré à la mort d'un chanteur. Ce n'était pas une "idole", nous n'étions pas ce que l'on appelle "fan"... Mais cet homme nous a certainement accompagné dans nos options de vie par son honnêteté intellectuelle, sa droiture, son engagement politique et sa fidélité... Marqué par l'insoutenable horreur de la guerre (son père est mort en déportation), torturé par l'échec communiste, déstabilisé par un monde qui se déshumanise de plus en plus, il a su rester intègre et lucide face à ses choix.
Toute son oeuvre est le reflet : de son engagement Nuit et Brouillard, Potemkine, Ma France, Je ne chante pas pour passer le temps, Camarade, Le bilan...
de son humanisme Les nomades, C'est beau la vie, Ma môme, Aimer à perdre la raison, Que serais-je sans toi...
de son amour charnel à un pays choisi La Montagne...
Prenez du temps, concentrez votre attention sur les textes... Chants d'amour, cris de révolte, engagement, indignation, tendresse, amitié, poésie... Vous trouverez tout cela dans l'oeuvre de Jean Ferrat
"La Montagne" est notre chanson fétiche : elle calque à la perfection le cheminement de nos vies... Combien de fois, jeune, j'ai pu l'écouter dans ma chambre de bonne sous les toits de Paris! Et toujours avec la même émotion... et la vision de ces hirondelles qui se perchaient en rangs serrés fin septembre sur la portée des fils électriques qui passaient devant la fenêtre aux Gonthéaumes...
LA MONTAGNE Paroles et Musique de Jean FERRAT
Ils quittent un à un le pays Pour s'en aller gagner leur vie Loin de la terre où ils sont nés Depuis longtemps ils en rêvaient De la ville et de ses secrets Du Formica et du ciné Les vieux ça n'était pas original Quand ils s'essuyaient machinal D'un revers de manche les lèvres Mais ils savaient tous à propos Tuer la caille ou le perdreau Et manger la tomme de chèvre
Pourtant que la montagne est belle Comment peut-on s'imaginer En voyant un vol d'hirondelles Que l'automne vient d'arriver
Avec leurs mains dessus leurs têtes Ils avaient monté des murettes Jusqu'au sommet de la colline Qu'importe les jours les années Ils avaient tous l'âme bien née Noueuse comme un pied de vigne Les vignes elles courent dans la forêt Le vin ne sera plus tiré C'était une horrible piquette Mais il faisait des centenaires A ne plus que savoir en faire S'il ne vous tournait pas la tête
Pourtant que la montagne est belle Comment peut-on s'imaginer En voyant un vol d'hirondelles Que l'automne vient d'arriver
Deux chèvres et puis quelques moutons Une année bonne et l'autre non Et sans vacances et sans sorties Les filles veulent aller au bal II n'y a rien de plus normal Que de vouloir vivre sa vie Leur vie ils seront flics ou fonctionnaires De quoi attendre sans s'en faire Que l'heure de la retraite sonne II faut savoir ce que l'on aime Et rentré dans son H.L.M. Manger du poulet aux hormones
Pourtant que la montagne est belle Comment peut-on s'imaginer En voyant un vol d'hirondelles Que l'automne vient d'arriver
Quelle surprise d'en trouver une traduction en patois (Patois de Roizon) par Mr Marcel Taverna dans l'édition du n° 15 de Mémoire d'Obiou paru en Avril 2010.
1er couplet In a in i filon d'oo pai Pré s'en alla gagnir lour via Louin de la terra onte i son na De peil le temps qu'ils n'en revavan De la viala et de sous secrets Doo formica et doo ciné Lou vieux leïre pas originâ j seisseiavon le babigné D'in revers de mantsi de veste Ma i saïon tou galamment Tia le lioura et lou perdrao Et mindzir la tourna de tchioura. Refrain Pretan que la montagna eil brava Couma pouilli s'imagina En veuillant in vol d'hirondellé Que l'anria vint d'arriva. 2e couplet Aweï lei doui mo dessi la téta j l'on monta de mirali Alla cima de la caota Qu'importa lou dzou et lou ans j l'aion tou de caractère Planta couma de cèpe de vigni La vigni ou rampe din le baï Le vin ne sera pri tira Ou leïre devin pré bita Din la salada Ma ou fasi de centenéré A pris savai que nan faré Si ou fasi pas vira la téta. 3e couplet Quattre tchiouré et quoque fai Ina saison bouna et l'aotra nao Et sans vacansi et sans sourtia Lei filié volon alla dansir Ran que de pris nourma Que de voûtai viouré sa via j sarom dzendarmé o fonctionneré In attendant que la retraité sôné La fo savaï ce que faï plaïsaïbien Rintra din sa lapinairi Mindzir de poulatou aux hârmoné. Susville 2008
Oui elle est bien triste la Montagne. Le battage médiatique s'est très vite apaisé, la télévision et la radio ont déjà oublié... Au moins aura-t-on pu ,grâce à la retransmission télévisée de la cérémonie du 16 mars, connaître le frère de Jean Ferrat, percevoir l'immense émotion d'Isabelle Aubret chantant "C'est beau la vie", entendre Francesca Solleville et voir la foule émue reprendre dans un immense frisson "La Montagne". A ces moments là on se sent appartenir à une communauté simple et respectueuse et il est réconfortant de voir qu'il existe encore des hommes attachés aux valeurs essentielles de l'humanisme, solidaires et fidèles en amitié...
Jean Ferrat a formidablement chanté Aragon et ce jour là les vers du poème "J'arrive où je suis étranger " prennent une force extraordinaire et je vous prie de bien vouloir les lire avec attention :
Rien n'est précaire comme vivre Rien comme être n'est passager C'est un peu fondre pour le givre Et pour le vent être léger J'arrive où je suis étranger
Un jour tu passes la frontière D'où viens-tu mais où vas-tu donc Demain qu'importe et qu'importe hier Le coeur change avec le chardon Tout est sans rime ni pardon
Passe ton doigt là sur ta tempe Touche l'enfance de tes yeux Mieux vaut laisser basses les lampes La nuit plus longtemps nous va mieux C'est le grand jour qui se fait vieux
Les arbres sont beaux en automne Mais l'enfant qu'est-il devenu Je me regarde et je m'étonne De ce voyageur inconnu De son visage et ses pieds nus
Peu à peu tu te fais silence Mais pas assez vite pourtant Pour ne sentir ta dissemblance Et sur le toi-même d'antan Tomber la poussière du temps
C'est long vieillir au bout du compte Le sable en fuit entre nos doigts C'est comme une eau froide qui monte C'est comme une honte qui croît Un cuir à crier qu'on corroie
C'est long d'être un homme une chose C'est long de renoncer à tout Et sens-tu les métamorphoses Qui se font au-dedans de nous Lentement plier nos genoux
0 mer amère ô mer profonde Quelle est l'heure de tes marées Combien faut-il d'années-secondes A l'homme pour l'homme abjurer Pourquoi pourquoi ces simagrées
Rien n'est précaire comme vivre Rien comme être n'est passager C'est un peu fondre pour le givre Et pour le vent être léger J'arrive où je suis étranger
J'ai longtemps été un écologiste sans le savoir! C'est qu'il y a bien des années la notion d'écologie était une utopie, et m'était sympathique... Plaisirs simples dans la contemplation des paysages, des randonnées en montagne et des longues marches à pieds...
(Vous avez bien entendu reconnu Glandu: notre maître es-randonnée matheysin -dessin de Gilbert Skorski-)
J'économisais l'eau, éteignais scrupuleusement l'électricité en sortant d'une pièce, réglais le chauffage à 18°... Je produisais une bonne part de mes légumes au potager, ne mangeais que des fruits de saison et évitais de faire des km inutiles avec la voiture etc etc. C'était ringard ! c'était pas à la mode... et ceux qui pratiquaient ces sages principes passaient pour des empêcheurs de consommer en rond.
Aujourd'hui l'écologie "c'est branché" et un véritable matraquage médiatique s'est organisé. Du matin au soir on nous agresse, on nous culpabilise... Des moustachus volants nous remplissent le cerveau d'air à grands coups de ventilateurs.
Des experts de la "cause" montent quotidiennement en chaire pour nous chapitrer... l'écologie devient triste et synonyme d'interdits et de contraintes :
et je ne veux pas, dans ses pages, ajouter ma louche à ce salmigondis qui devient de plus en plus indigeste. Gare à la saturation! Gare au rejet! Toutefois je suis tout de même tenté de faire un geste pour sauver notre planète et l'humanité! (on devient facilement aussi prétentieux que les professionnels de la chose décrits plus hauts!). J'affirme donc qu'il est possible, à titre individuel et chacun à son petit niveau, d'influer notablement sur le cours des choses, que nos petits gestes quotidiens multipliés par l'effet de la durée peuvent avoir finalement un impact notable sur notre avenir à tous.
J'en veux pour preuve cette magnifique nouvelle écrite par Jean Giono : "L'homme qui plantait des arbres".
Jean Giono (lors de l'un de ses nombreux séjours dans le Trièves)
Cliquez sur le lien qui suit pour ouvrir le fichier (format PDF) contenant la nouvelle de Jean Giono : L_homme_qui_plantait_des_arbres
L'histoire de ce texte est surprenante : Il s'agit d'une commande (en 1953) du Reader's Digest qui voulait un article pour alimenter sa rubrique intitulée "L'homme le plus extraordinaire que j'ai jamais rencontré". Jean Giono se met à l'ouvrage et invente de toute pièce un magnifique personnage : Elzéard Bouffier. Elzéard est un facteur Cheval sylvicole dont le grand oeuvre consiste en un reboisement méthodique d'une vaste contrée désertique.
Son action têtue transforme peu à peu l'enfer en paradis...
La revue ne publiera jamais ce récit qui sera renvoyé à l'auteur accompagné d'un courrier le traitant d'imposteur (le personnage n'ayant pas existé)... Le texte est finalement publié dans la revue américaine "Vogue" le 15 mars 1954 (The man who planted hope and grew hapiness). Le succés est foudroyant et la nouvelle est publiée en treize langues (mais pas en français!). Une lady anglaise lectrice (1956) de la revue "Trees an Life" cherche à connaître cet extraordinaire personnage et elle tente de se renseigner auprès de l'administration des Basses-Alpes. Mr Valdeyron, conservateur des Basses-Alpes, intrigué par cet engouement écrit directement à Jean Giono.
Voici la réponse de Jean Giono:
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Navré de vous décevoir, mais Elzéard Bouffier est un personnage inventé...
Malgré tout personne ne voulait croire que cette belle histoire était une invention de l'écrivain. Jean Giono se prend au jeu et alimente les doutes en inventant des décorations à son personnage (interview parue dans le Guardian of Manchester) et en envoyant une photo d'Elzéard Bouffier à un éditeur allemand... Bientôt la renommée d'Elzéard Bouffier dépasse celle de son auteur Jean Giono! Une Québécoise s'est même rendu à Banon pour fleurir sa tombe... Jean Giono, conscient de l'intérêt pédagogique de ce texte abandonne ses droits et en autorise toutes les publications...
Les dessins illustrant le texte précédent sont de Frédérick Back, ils illustrent parfaitement la nouvelle...
En 1987 Frédéric Back sort au Québec un film d'animation dont le synopsis reprend très exactement l'histoire d'Elzéard Bouffier. Ce film est magnifique! le dessin tout en douceur et en poésie et la voix de Philippe Noiret nous transportent dans un univers d'harmonie et de tendresse. Il mérite sans contestation l'Oscar du meilleur film d'animation qu'il a reçu!
Dans la foulée une trousse pédagogique a été conçue par Frédéric Back autour de ce sujet, elle est destinée principalement aux jeunes de 8 à 14 ans, mais quelque soit votre âge vous ne perdrez pas votre temps à la parcourir!
Voici les liens permettant d'accéder au site - Frédéric Back, agir ensemble -:
Je rêve qu'un instituteur, en lisant ces lignes, propose à ses élèves de réfléchir autour des grands thèmes déclinés dans cette étude... et me retourne un petit message pour me rassurer : les enfants sont-ils vraiment réceptifs à ce type de discours "écolo-humaniste"?
Par trois fois déjà, dans ces pages, j'ai tenté de capter votre attention sur une montagne que j'aime particulièrement : l'Obiou. - L'Obiou montagne mythique - Crash sur l'Obiou - Crash sur l'Obiou : 60eme anniversaire - Mémorial de la Salette Fallavaux. Il est temps de clore ce chapitre et je vous propose une petite ascension par la voie normale agrémentée d'un passage par les célèbres chatières. Cet article n'est en aucun cas un "topo guide", de nombreux et très bons ouvrages décrivent de façon précise cette très belle et classique randonnée. Ici, je voudrais simplement vous transmettre un peu du plaisir que j'ai eu à escalader cette magnifique montagne.
Tout et son contraire a été dit sur les difficultés de cette randonnée. Pour certains, la voie normale est facile, accessible à tout bon randonneur. Pour d'autres la même voie est exposée, dangereuse, complexe...
Cette montagne est désirable, attirante mais mérite beaucoup de respect... Il est primordiale, avant de se lancer dans l'aventure que constitue son ascension de se renseigner sur la météo (attention aux glissades par temps de pluie), d'étudier l'itinéraire (ou de se faire accompagner), de vérifier sa forme physique et surtout de ne pas craindre le vertige... Le parcours est exigeant, demande du calme, du sang froid et d'avoir le pied sûr.
La progression n'est jamais très difficile, cependant certains passages sont "délicieusement aériens" et sur de nombreux secteurs du parcours aucune erreur n'est permise... L'itinéraire présente plusieurs difficultés : les gradins du col sont très raides, les chutes de pierres y sont fréquentes. Les dalles, les vires et les corniches ne pardonneront aucun faux pas... Les assurages sont pratiquement inenvisageables. Mais une bonne part du plaisir réside aussi dans ce petit surplus d'adrénaline qui fait paraître le paysage encore plus beau !
La marche d'approche, dans le vallon et au creux du bénitier, permet de se mettre dans l'ambiance. Peu à peu le petit Obiou semble diminuer au profit de son grand frère. Le col (parfois appelée l'épaule) semble à portée de mains. Pourtant, bientôt, le sentier ne fera pas dans le détail. Il tirera son trait tout droit dans les caillasses pour rejoindre un joli système de strates (premier passage délicat) qui ira en se redressant et permettra de rejoindre l'épaule.
Petit à petit le vide se creuse et la crête de la Laisse semble rapetisser pour laisser apparaître le massif des Ecrins noyé dans une mer de nuages.
Peut-être pourrez-vous repérer la Muzelle, la Barre des Ecrins ou l'Olan.
Une petite pause s'impose au col...
Après avoir repris votre souffle tournez donc la tête vers l'objectif du jour :
La grande tête de l'Obiou semble écrasée par l'effet de la perspective. Pour autant elle en impose... Quelle masse!
Voici, indiqués approximativement, les itinéraires classiques d'accès :
En vert la voie normale qui bifurque vers l'ouest par les "dalles" ( passage exposé et assez impressionnant) et en jaune l'itinéraire qui mène vers les chatières.
A l'assaut!
Première astuce du parcours : emprunter une faille étroite qui permet de s'insinuer dans la première barre rocheuse qui ceinture la citadelle :
La sortie débouche sur la grande vire Est, aux pieds d'une nouvelle falaise à suivre vers le Nord.
On rencontre bientôt le campanile.
Il faut alors continuer à longer la falaise vers la droite jusqu'à l'angle de la face nord-ouest, revenir sur ses pas, gravir des gradins et remonter un couloir vers la première chatière.
A suivre et en escaladant ce couloir on arrive aux pieds d'une nouvelle étroiture. Le passage est vraiment très étriqué et il faudra enlever le sac à dos pour progresser (éventuellement rentrer le ventre aussi!). Après quelques mouvements d'escalade et de reptation dans le couloir on sort à deux pas du sommet.
Vous êtes devenu un héros! Vous avez "vaincu" l'Obiou (qui rigole bien de vos exploits!) Il est temps de profiter du moment : regarder, savourer le fantastique panorama qui se dévoile sous vos yeux .
Votre regard pourra, par beau temps, porter du Mont Ventoux au massif du Mont-blanc et au Viso. Les Ecrins se développent en majesté dans un incroyable foisonnement de sommets et de pics... La Muzelle, l'Olan, la Barre des Ecrins... En vous retournant le Pic de Bure.
Et la montagne soeur de l'Obiou : le Grand-Ferrand...
Et puis avec un peu d'imagination vous verrez, comme moi, la méditerranée et les voiles blanches des bateaux qui rentrent dans le port de Marseille... Le sommet une fois atteint la pause casse-croûte est obligatoire ! Evitez les barres chocolatées et tous les trucs modernes pour sportifs, mastiquez longuement un bon murçon matheysin, continuez par un saucisson maison fait avec les cochons de la ferme du Thau . Taillez-vous un gros morceau de Sassenage, de Col Vert ou de tomme des lacs... Accompagnez le tout d'un petit vin des Fayettes (faut quand même être du pays!) ou d'un bon Beaujolais amoureusement transporté jusqu'ici par votre compagnon de promenade... La descente peut se faire par l'ouest (voie normale). Cette option permet de faire une boucle autour du sommet.
On progresse à deux pas du Malpasset ...
Certains passages surplombent de magnifiques clochetons et pas mal de "gaz".
Le regard est irrésistiblement attiré par les immenses étendues de pierres des combes Fuvelle et de la Prison.
Les étranges mouvements de terrains visibles sur les pierriers (on dirait par endroit que les éboulis sont ébullition) sont dus au phénomène des glaciers de pierres : La fonte des neiges accumulées à la mauvaise saison s'infiltre dans les éboulis et en profondeur retrouve une masse de glace qu'elle augmente... Petit à petit les diverses contraintes souterraines créent en surface ces surprenants bouillonnements...
Ces immensités totalement vierges de présence humaine sont peut-être les derniers bastions où peuvent encore s'exprimer en France le Wilderness.( Ce sentiment extraordinaire de sauvage, de liberté, de responsabilité). Le dernier endroit où le silence et la solitude existent encore ... Pour combien de temps ? Les dalles, la cravate. L'ambiance est aérienne, tous ces passages sont un vrai régal pour le randonneur...
Bientôt le col du Petit Obiou et la retenue du Sautet :
Les raides gradins du col reviennent à la une de l'actualité : c'est vraiment une belle échelle de meunier!
Une petite vire sur la droite permet d'accéder à la grotte des Matheysins.
La cavité est exigüe mais elle recèle une belle vasque d'eau et une petite draperie de glace.
La randonnée tire à sa fin et il est possible d'effectuer une diagonale dans le pierrier pour gagner plus rapidement le Pas du Vallon...
Voilà une journée que vous n'oublierez pas de sitôt !
Le guide de randonnées "TRIEVES PAYS DE LA MURE" édité chez DIDIER et RICHARD pourra vous aider à préparer votre balade.
Deux autres livres, déjà présentés auparavant, sont de véritables "bibles" et vous permettrons d'apprendre beaucoup de choses sur cette montagne si attachante.
Le guide de l'Obiou de Pierre Barnola
Du Mont Aiguille à l'Obiou de Pascal Sombardier (GLENAT)
Valbonnais, Valjouffrey, Valsenestre : ces noms chantent une douce mélodie à mes oreilles.
Lorsque les mois noirs (novembre et décembre) me tourmentent trop le moral dans mon humide et sombre Bretagne je me raccroche à leurs douces intonations, et ils ont pour moi le parfum des paradis d’estives…
Je me surprends alors à me comparer à ces bêtes que la transhumance affole de bonheur, qui s’enivrent du bon air et des odeurs subtiles du foin de l’Alpe mais qui s’ennuient ferme dans leurs confortables étables.
Alors pour renouer avec cet Eden il reste la lecture.
Et cette année la bibliothèque s’est enrichie d’un livre exceptionnel : Le refuge de Font-Turbat mémoire alpine du Haut-Valjouffrey.
Trois auteurs, une vallée, des hommes, une montagne et un refuge écrasé par la face nord-ouest d’une montagne extraordinairement belle et désirable : l’Olan. Tout le livre gravite dans ce cercle. Je ne parle dans ces pages que de ce j’aime, mais cette fois ci c’est bien d’un coup de cœur dont il s’agit.
Souvent les livres « sur la montagne » me paraissent un peu secs, techniques, sans âme, ou pire écrits pour valoriser certains égos … Ici au contraire on ressent bien ce lien subtil qui relie un « pays » aux hommes : aux habitants de ces hauts parages évidemment, mais aussi à tous ceux qui s’aventurent là poussés par une impérieuse et respectueuse nécessité d’arpenter ces territoires aux marges des possibilités humaines.
Il n’est pas souhaitable d’en établir la liste, cependant qu’il est réconfortant de lire toutes ces pages où l’on rencontre par exemple :
Celestin Bernard qui en dehors de son métier de guide est éleveur d’escargots, colporteur, carrier participe aussi à des études géographiques et glaciologiques… ( notons en passant que les glaciers régressaient déjà en ce tout début du XX éme siècle !)
Charles Buisson, hardi, téméraire qui écrit dans son carnet de courses : « Comme les simples je sens cet amour pour la beauté de la montagne plus vivace que jamais. Je suis un peu comme les primitifs qui plaçaient leur dieu sur les montagnes…».
Julien Gaillard du Désert en Valjouffrey, solide montagnard qui a participé à de nombreux sauvetages, a monté un homme de 72 kg handicapé par la polio au refuge de Font Turbat tout simplement parce que cet homme voulait revoir l’Olan ! et qui dès le lendemain repartait pour l’ascension du pic Turbat …
Etc etc
Historique des deux refuges de Font-Turbat, récits de sauvetages, histoires insolites, souvenirs des gardiens, drames et accidents, descriptions des plus grandes courses effectuées dans le massif, littérature, poésie, peinture : les chapitres s’enchainent avec fluidité. De nombreuses photographies anciennes ou modernes, reproductions de tableaux ou dessins émaillent les textes.
Et puis une perle, une anecdote incroyable : le premier sauvetage (en 1980) par hélicoptère d’un cycliste qui s’était lancé à l’attaque de l’aiguille de l’Olan armé de sa machine et d’une paire de baskets… Imaginez la tête des sauveteurs récupérant notre Poulidor des neiges et son vélo sur un névé vers la brèche de l’Olan. Une fois cycliste et machine dans l’hélico notre homme exige d’être déposé à la Bérarde : le but de son audacieuse expédition.
Voici la reproduction de la page de présentation des trois auteurs de ce très bel ouvrage :
Marie-Noëlle Bonnerot est entrée au Club Alpin Français de Paris-Chamonix en 1968, elle eut pour parrain Paul Bessière, alors président national. Passionnée par l'escalade et le ski, elle gravit dans les années 1970-1977, les grandes voies rocheuses et mixtes, du massif du Mont-Blanc, du Vercors, de l'Oisans... Poursuivant ses activités de montagne, elle se consacre à la formation : moniteur national de secourisme, cadre diplômée de ski alpinisme et de randonnée en haute montagne. Elle collabore à la revue Le Petit Echo de l’Alpe Matheysine. Secrétaire de l'association « Les Amis du Musée Matheysin » depuis 2009, elle a assumé notamment la charge délicate de l'opération de mise en page de l'ouvrage.
Alpiniste et skieur, Joël Challon a été président du Club Alpin Français de La Mure-Matheysine de 1993 à 2002, rédacteur durant de nombreuses années au Petit Echo de l’Alpe Matheysine, la revue du CAF. Passionné par les voyages sportifs lointains et les hauts sommets qu'il découvre en 1970, il a gravi 123 hauts cols et sommets de 4015 à 6300 mètres, réalisant 55 ascensions différentes, dont lia skis. Président de l'association « Les Amis du Musée Matheysin » depuis 2005, il collabore à la revue patrimoniale Mémoire d'Obiou. Sous la direction de Fabrice Marchiol, il a participé en 2006 à l'aventure éditoriale de l'ouvrage La Mure, petite histoire du nom de nos rues. Depuis 2008, il est élu à la ville de La Mure, en charge des affaires culturelles et du patrimoine.
Jean-Paul Zuanon a promené ses skis ou ses crampons dans les Andes, au Maroc et au Pamir mais il a un petit faible pour les montagnes du sud du Dauphiné. Il s'est installé aujourd'hui face à l'Obiou, une des plus belles montagnes du monde. Directeur pendant 15 ans de la prestigieuse revue du Club alpin français La Montagne et Alpinisme, il a également été le co-fondateur (avec Pierre Barnola) et l'animateur pendant 30 ans du Petit Echo de l’Alpe Matheysine. Auteur de nombreux articles et divers ouvrages sur la montagne, il n'a cependant pas pris la grosse tête : seul, un article sur les ronfleurs dans les refuges semble être passé à la postérité. Signes particuliers : malgré son âge avancé, n'arrive toujours pas à se prendre au sérieux ; croit naïvement que l'on peut encore aller en montagne sans GPS ni téléphone portable et fréquente très peu internet.
Un article du Dauphiné Libéré daté du 22-10-2011 :
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Ce livre est une belle idée de cadeau qui ravira à coup sûr les amoureux de la montagne…
Le temps passe et change les choses. (et les êtres !) . Notre environnement qui nous semble immuable se métamorphose pourtant jour après jour, soit par touches insignifiantes, soit par modifications importantes. Nous enregistrons toutes ces transformations sans y prêter attention. Il est souvent bien difficile de recréer par l'esprit les paysages "d'avant" et il n'y a que la photographie qui puisse nous les rappeler .
Je souhaite montrer ici ces quelques photos des Gonthéaumes datant de 1958/1959.
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Alors voilà qu'il faut se poser la question de savoir si c'était mieux avant …
Les "anciens" éprouveront certainement une certaine nostalgie.. les nouveaux résidents seront sans doute déconcertés par une vague impression de vide et de virginité… Les perspectives étaient simples et pures. Les lignes de forces du paysage étaient évidentes et claires.L'harmonie et l'équilibre du panorama parfaitement respectés…
Je souhaite connaître votre sentiment…
Etes-vous adepte du développement sans contrainte? (au détriment, souvent, de l'entité paysagère). Etes-vous partisan de l'immobilisme absolu? Etes-vous pour une évolution réfléchie et qualitative? Etes-vous sensible à la notion de "pays"? (aire géographique agrégeant esthétique paysagère, architecture, coutumes etc…) Est-il souhaitable d'utiliser dans ce territoire de montagnes les mêmes méthodes urbanistiques que partout ailleurs? Faut-il privilégier l'accueil, le tourisme doux, les activités "industrielles" ou tertiaires (à taille humaine) sur le plateau? Est-il souhaitable de transformer la Matheysine en une banlieue dortoir hébergeant des personnes travaillant à Grenoble? Faut-il conserver des "paysans" et insérer leur activité dans un "plan" de valorisation de nos territoires de montagne?
A ce stade du questionnement je ne peux m'empêcher de retranscrire à nouveau cet extrait du livre "La chasse au bonheur" de Jean Giono :
"Il est évident que nous changeons d'époque. Il faut faire notre bilan. Nous avons un héritage, laissé par la nature et par nos ancêtres. Des paysages ont été des états d'âme et peuvent encore l'être pour nous-mêmes et ceux qui viendront après nous; une histoire est restée inscrite dans les pierres des monuments; le passé ne peut pas être entièrement aboli sans assécher de façon inhumaine tout avenir. Les choses se transforment sous nos yeux avec une extraordinaire vitesse. Et on ne peut pas toujours prétendre que cette transformation soit un progrès. Nos « belles » créations se comptent sur les doigts de la main, nos « destructions » sont innombrables. Telle prairie, telle forêt telle colline sont la proie de bulldozers et autres engins; on aplanit, on rectifie, on utilise; mais on utilise toujours dans le sens matériel, qui est forcément le plus bas. Telle vallée, on la barre, tel fleuve, on le canalise, telle eau, on la turbine. On fait du papier journal avec des cèdres dont les Croisés ont ramené les graines dans leurs poches. Pour rendre les routes « roulantes » on met à bas les alignements d'arbres de Sully. Pour créer des parkings, on démolit des chapelles romanes, des hôtels du XVIIe, de vieilles halles. Les autoroutes flagellent de leur lente ondulation des paysages vierges. Des combinats de raffineries de pétrole s'installent sur des étangs romains. On veut tout faire fonctionner. Le mot «fonctionnel» a fait plus de mal qu'Attila; c'est vraiment après son passage que l'herbe ne repousse plus. On a tellement foi en la science (qui elle-même n'a foi en rien, même pas en elle-même), qu'on rejette avec un dégoût qu'on ne va pas tarder à payer très cher tout ce qui, jusqu'ici, faisait le bonheur des hommes. Cette façon de faire est déterminée par quoi ? Le noble élan vers le progrès ? Non : le besoin de gagner de l'argent…"
Voici quelques différentes variantes relevées au cours des siècles sur la façon d'orthographier "Saint-Théoffrey": Ecclesia sancti Theofredi de Laus (XIe siècle) Parrochia sancti Thoffredo (en 1266) Sancti Theofreydi de Matacena (en 1288) Sanctus Theofredus (en 1339) Saint-Théoffrey (en 1515)
Saint Théoffrey ? Qui est donc ce Saint au nom si étrange ?
D'après L'Abbé Dussert (Essai historique sur La Mure et son mandement), Pierre Berthier (Le Plateau Matheysin) et René Reymond (Mémoire de Saint Théoffrey) il s'agit d'un martyr, deuxième abbé du monastère de Carmery, fondé non loin du Puy en Velay vers 570, sous la règle de St-Benoît…
Voilà qui est dit !
Maintenant pourquoi, au XI me siècle, a-t-on éprouvé le besoin de construire une église en un lieu aussi isolé ? Probablement pour la protéger des pillards et bénéficier d'un emplacement concentrant certaines influences du sous-sol.
Ce sanctuaire a du connaître bien des vicissitudes jusqu'à sa restauration entreprise par le curé Joseph Bard de 1844 à 1852. La nouvelle église des Gonthéaumes lui porta assurément le coup fatal. Abandonné, ruiné par les intempéries, pillé, le bel édifice roman a petit à petit disparu sans que personne ne s'en émeuve vraiment !
Les quelques photos retrouvées nous permettent de bien visualiser la rapidité exponentielle de cette déchéance .
Clic gauche sur photo = agrandissement La plus ancienne photo de l'église romane de Saint Théoffrey (1900) -Abbé Dussert-
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Clic gauche sur photo = agrandissement Photographies datant des années 1950
Clic gauche sur photo = agrandissement Photo fournie par Mr Jules Poncet (à comparer avec la première de l'Abbé Dussert!)
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Clic gauche sur photo = agrandissement Quelques photos plus contemporaines montrant la dégradation de l'édifice...
La tradition fait souvent référence à la présence d'un couvent de Bénédictins, d'un monastère, à Saint Théoffrey. Est-ce une confusion avec le Prieuré de Saint Michel du Connex fondé au XI me siècle par le Seigneur Lantelme (étude de Pilot de Thorey)?
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Ce prieuré lui aussi en ruine peut, si le cœur vous en dit, faire l'objet d'une jolie balade dans les sous-bois du Connex à la recherche des "moines rouges" .
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Pour y aller le plus agréable est d'emprunter la route entre Saint sauveur (Notre dame de Mésage)et Champ sur Drac. Au niveau d'une barrière (normalement relevée!) prendre un chemin bien tracé dans le talus en direction du sud…) . Pour plus de précisions référez-vous à vos précieuses cartes IGN habituelles !
Mémoire d'Obiou est publiée par l'association "Les Amis du Musée Matheysin - Patrimoine des pays de La Mure".
Depuis 1996 la revue s'attache à relier le temps passé au présent en proposant une grande variété d'articles. La force de cette publication tient certainement autant à la multiplicité des sujets abordés qu'à la qualité et au grand nombre des auteurs signataires.
Faire connaître et valoriser le patrimoine local. Sauver de l'oubli ce qui a façonné ce "Pays" si particulier. Initier et divertir, faire passer le savoir...(un peu à la manière des compagnons du tour de France: ces hommes que l'on appelait les "passants", non pas parce qu'ils étaient de passage mais parce qu'ils transmettaient "passaient" leur savoir aux plus jeunes...)
Avant de lister les sommaires des 15 numéros voici à titre d'exemples la reproduction de quelques textes de quatrième de couverture:
Retrouver ses racines, à l'aube du IIIe millénaire, tel est le souhait des Amis du Musée Matheysin... C'est pourquoi ce numéro 4 de Mémoire d'Obiou propose, au gré des passions ou de la fantaisie des auteurs, mais aussi selon leurs recherches et leurs trouvailles, des articles variés, sérieux ou teintés d'humour qui essaient de faire revivre le passé de La Mure et des régions environnantes.
" Nous ne pouvons nous passer du passé. Il a beau ne plus s'imposer à nous comme tradition, il n'en continue pas moins de nous définir et de nous déterminer; il nous domine d'autant plus que nous tendons à l'ignorer, et nous ne pouvons pas ne pas identifier en lui la source de cette part de nous-mêmes qui nous échappe ". Marie-Claude Biais, Marcel Gauchet, Dominique Ottavi, Conditions de {'éducation, p. 90. éd. Stock 2008.
"... Le présentisme [...] est effrayant. La perte des anachronismes. L'instant qui scintille, sans recul pour s'en démarquer, sans l'aune pour le jauger. Si maintenant tout est maintenant, disons adieu aux rébellions de demain, que le jeunisme tuera dans l'œuf... Que peut-on attendre d'enfants du siècle aussi pleinement de leur siècle, libérés des "diktats de la tradition", des "vérités imposées de l'extérieur" ? Une reddition au consensus... " Régis Debray, " Reculer pour mieux sauter" Revue Médium, n° 22, Pense-Bête (8)
Voici une présentation rapide des 15 numéros de Mémoire d'Obiou :
(Pour agrandir les vignettes "Première page" ou "Sommaire" il suffit de faire un clic gauche dessus!)
Aujourd'hui, 10 mai, à la veille de "prendre" une année de plus je pense à ma première rencontre en 1975 ou 1976 avec Emile Masse notre cher berger du Tabor...
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Jeune, alors, je ne connaissais pas grand chose de la montagne mais j'étais déjà irrésistiblement attiré par ces "hauts pays". Pour moi le sommet du Tabor représentait une véritable expédition : il fallait convaincre mes grands-parents, partir à l'aube des Gonthèaumes avec mon vélo, arnaché d'un sac "tyrolien" d'avant guerre et armé d'une paire de chaussures de sécurité (avec une coquille en acier) trois tailles au dessus de ma pointure puis foncer comme un fou pour rentrer sans retard et ne pas inquieter mes chers grands-parents... Ce jour là j'ai bien du les inquieter un peu car ma rencontre avec Emile Masse a été une véritable découverte... Il m'a prété ces jumelles. Il m'a parlé des marmottes comme Samivel en parle dans ses livres... Quelle enchantement ! Merci à vous Emile Masse.
Emile Masse en 1997 à l'age de 75 ans...
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Voici un article relevé dans le DAUPHINE LIBERE parlant d'Emile Masse, vingt ans aprés cette "mémorable" (pour moi) rencontre :
Le plus vieux berger des Alpes est reparti dans sa Provence…
Saint-Honoré. Emile Masse a 75 ans. IL est berger depuis l'âge de 14 ans. L'hiver dans la pleine de la Crau, l'été sur le massif du Tabor entre l'oreille du loup et la station de Saint-Honoré il vit au rythme de ses brebis...
Comme dit le père Masse, Y'a ben des fois, les hélicoptères, ils volent plus bas que nous!". Regard lumineux, sourire sincère. Sur son alpage suspendu entre deux ciels quand la brume inonde le plateau Matheysin, le berger appuyé sur son bâton, contemple la vastitude montagneuse. D'un bout à l'autre de l'horizon le Vercors dresse ses murailles et ses citadelles : le mont Aiguille, le Grand Veymont, les Deux Soeurs, le pic Saint-Michel, le Moucherotte. Plus au sud, l'Obiou, le Dévoluy, le pic de Bure et puis partout ailleurs... la pente de l'alpage sur lequel ses 960 moutons se faufilent en longues ribambelles. Le vieil homme connaît le nom de chaque aspérité du paysage qui se découpe devant lui en lambeaux. Mais son monde s'arrête là, aux lignes de crêtes Au-delà des falaises, l'herbassier de Miramas se demande parfois de quoi les paysages sont faits. Son espace ne retrouve ses repères que beaucoup plus loin, de l'autre côté des Alpes, dans sa Provence natale beaucoup trop sèche l'été pour nourrir ses brebis. L'hiver, Émile Masse est berger dans la Crau. Depuis l'âge de 14 ans, le berger de Saint-Honoré vit au rythme des transhumances. D'emontagnage en descente d'alpages, à la cadence du cycle de la vie de ses agneaux. " La vraie transhumance ", lorsque les sonnailles de ses bêtes et le jappement joyeux de ses chiens venaient rompre à l'aube le silence de la nuit, Émile Masse en garde un souvenir nostalgique. De Miramas jusqu'au col de la Cayolle (Alpes de Haute-Provence), de la plaine déjà jaunie de la Crau jusqu'aux gras sommets du Briançonnais, le pâtre se rappelle ces longues processions bêlantes et chevrotantes d'une dizaine de jours, qui, de village en village, annonçaient gaiement l'arrivée de l'été. "Les sonnailles, c'est l'harmonie de la Provence et de la montagne ! ". Aujourd'hui, c'est en camion que le vieux berger et ses moutons font le voyage jusqu’au pied de l'alpage. Et c'est en camion, sous un ciel à raz les bruyères qu'il est reparti, dimanche au petit matin. L'été venait soudain de capituler, cédant l'alpage à la bise et aux premiers flocons de neige. Voilà 22 ans qu'Émile Masse prend possession, chaque année, dès la fin du printemps, de la cabane du clos de Mouche, au-dessus de Saint-Honoté 1 500. Il monte en juillet et août faire paître ses bêtes au lac de Charlet (1 900 m) avant de redescendre mi-septembre au clos de Mouche. " Là-haut c'est humide. Si je devais rester toute la saison, sûr que j'attraperais la crève" . A 75 ans, ce n'est pas vraiment que "l'Émile" soit d'une nature fragile. Qu'il vente, qu'il pleuve, qu'il neige, le vieux mène chaque jour son troupeau à l'herbe, d'un bout à l'autre de l'alpage, le pied alerte et précis, attentif à la pierre qui roule, à la vire traîtresse. " Je me rappelle, il y a 19 ans être resté bloqué sous 20 cm de neige un 7 et 8 août, sans pouvoir faire paître la moindre bête...... Mais son tracas n'est pas dans le temps qu'il fait. " Ce qui me fait le plus souci, ce sont les chiens errants. Ça vous met la panique dans un troupeau. Ils m'en feraient tuer en pagaille....... Avé l'accent. Quand au mitan de la journée les brebis languissent sous le cagnard ou quand elles " chaument " (ruminent), l'allure du troupeau faiblit. Profitant de ces courtes poses, le père Masse sort son Opinel et fignole un chamois sculpté dans un bout de châtaignier. Précise, la lame pincée entre les doigts calleux projette de minuscules copeaux et affine les lignes galbées de l'animal. Sur les grands rochers plats disséminés du Tabor, le vieil homme a également gravé à l'aide d'un vieux clou et d'une pierre, des trophées d'éterlous. Comme ça, rien que pour lui, abandonnés à la postérité et aux frimas de l'hiver qui, bientôt viendront recouvrir les genévriers et faire taire le sifflement - il est vrai de plus en plus rare - des bartavelles. Derrière le pas tantôt pressé ou tantôt paresseux des bêtes, la journée n'est pas de tout repos. Levé à 6 h 30 après un bol de café puis un second de pain trempé dans du chocolat chaud ("Je m'en mets toujours une bonne ration pour pouvoir en donner à mes chiens "), le vieil homme perpétue jusqu'au coucher du soleil les même gestes depuis son enfance. Traire les chèvres, chauffer la soupe des chiens, cailler le lait, retourner les fromages, faire le tour du troupeau, soigner les bêtes malades, donner le sel (sauf le vendredi par superstition), réparer le sonnant d'une platelle ou d'un redoun (1), cintrer le bois d'un collier coupé dans l'ormeau un jour de vieille lune exclusivement... Dans la solitude de la nuit Emile prend souvent enfin tard le soir, le temps de dîner. "Cela fait des journées bien remplies. Oui, je crois. là même des fois, j'en ai plein le c.. comme on dit! Oeillade malicieuse.
Le berger de Saint-Honoré ne se pose pas la question de savoir s'il échangerait sa vie pour celle des visiteurs qu'il accueille souvent au seuil sa cabane avec une simplicité et une sincérité sans détour. Les choses sont ainsi, à la grâce de Dieu.
Dauphiné Libéré : Rodolphe ZIMMERMAN le 15 Octobre 1997
(1) Platelle et redoun: sonnailles. La platelle est plate et le redoun est la plus grosse. On distingue également le pic, sonnaille allongée et le clavelas.
La balade du Piquet de Nantes à l'extrémité sud du Tabor de Matheysine est bien gratifiante …La vue y est somptueuse .
Ce magnifique belvédère permet d'embrasser en un regard circulaire la majeure partie du plateau Matheysin, le Trièves, la muraille est du Vercors, le pic de Bure, l'Obiou et le bout du nez de son cousin le Grand-Ferrand…
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En se retournant voici le sommet du Tabor à portée de la main, un peu plus loin le Taillefer, le Grand Armet, le Coiro, la Grisonniere…
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Clic gauche = agrandissement de la photo Ici le Piquet de Nantes est situé à l'extrème droite de la photo...
L'été il est préférable d'y grimper par le sentier qui part de la route menant au Poyet, juste après le virage à angle droit situé 500 m en amont de l'embranchement de la Maison Félix. Le sentier chevauche la "Grande Combe" puis la "Combe de la Scia" pour déboucher à la fontaine de Bigasset, il ne reste plus alors qu'à se hisser sur la croupe du Tabor…
Il est possible, aussi, d'y parvenir par le col de Malissol ou par la crête des Barres si on a encore un peu d'énergie à dépenser après l'ascension du Tabor …
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Au sommet on découvre une croix métallique maltraitée par les éléments . C'est peut-être celle qui avait été montée par l'abbé Pierre en 1942…
En effet l'abbé Pierre a séjourné un temps dans la région et, jeune alors ,il aimait randonner en montagne.
Ayons, ici, une petite pensée pour cet homme qui a tendu la main à beaucoup de monde...
L'Abbé Pierre au sommet du Piquet de Nantes le 21 juillet 1942
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1941 : l'Abbé Pierre à la Mure
60 années de sacerdoce, 60 années de luttes au service des autres, d'abord contre l'occupant au service des innocents pourchassés, ensuite contre la misère au service des sans-logis.
A l'occasion de ce jubilé, l'abbé Jean Bonnet et quelques Murois qui l'ont connu ont bien voulu nous faire part du passage de l'abbé Pierre à La Mure où il séjourna du printemps 1941 à juillet 1942.
En effet, récemment démobilisé et souffrant des séquelles d'une pleurésie contractée sur le front, l'abbé Henri Grouès fut affecté par l'évêque de Grenoble à La Mure comme aumônier de l'hôpital et du collège de l'époque (l'actuel lycée). Ce jeune prêtre envoyé en convalescence en Matheysine où il pouvait bénéficier de l'air vivifiant des montagnes se révéla vite comme un battant, plein de vie et dont l'activité débordante allait s'exprimer auprès de la jeunesse locale. Si notre région ne connaît pas encore les rigueurs de l'occupation elle n'en subit pas moins les restrictions de tous ordres et c'est dans un climat d'inquiétude permanente que vit la population et que se trouve confinée la jeunesse en quête d'activité.
Dès son arrivée, l'abbé s'efforce "de redonner aux jeunes une âme, une fierté, une énergie". Entre autres, il crée le premier groupe scouts de La Mure et s'emploie à remplacer le pessimisme ambiant par un enthousiasme débordant où ce visionnaire perçoit déjà le renouveau du pays. C'est vers la montagne qu'il guidera naturellement ses jeunes. Pour eux, il organise des randonnées : de La Salette il les conduira au Gargas, au Chamoux, puis ce sera le Tabor, l'oreille du loup et plus loin le Valgaudemar, le Taillefer, l'Obiou. Dans le même temps il crée le groupe des guides qui placé sous la responsabilité de Melles Simone Froment et Thérèse Hivert perdurera de nombreuses années .
L'été 1941 le jeune aumônier, jamais en cours d'idées nouvelles ira avec ses scouts planter la croix à 2213 m d'altitude au sommet du Piquet de Nantes, massif d'accès relativement facile mais que l'on peut apercevoir depuis le centre de La Mure, C'est le dimanche 21 juillet 1941 que l'équipe installe son camp de base sur le promontoire de la Scia, un camp bien modeste formé de trois toiles de tentes, mais quel enthousiasme !
Le lundi 22 juillet au lever du jour une messe de la liberté est offerte depuis ce promontoire et toute l'équipe se met au travail. Le mardi 22 juillet alors que tombe le jour, l'éclatante joie de la flamme du feu de camp annonce sur la plaine que là-haut la croix est debout.
Un mois plus tard, le 31 août 1941, 250 jeunes montagnards sont réunis au sommet de la montagne pour la bénédiction solennelle de la croix du Piquet de Nantes qui remplacée quelques décennies plus tard par un ouvrage métallique reste le témoin d'une époque. Au mois de juillet 1942 l'abbé Grouès est appelé par son évêque comme vicaire à la cathédrale de Grenoble et l'abbé Pierre devient le fondateur du maquis de Malleval.
Dauphiné Libéré (mercredi 18 novembre 1998) Roland MICHON
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Les Murois se souviennent de l'abbé Pierre.
La disparition de l'abbé Pierre ravivera pour de nombreux Murois, alors collégiens, le souvenir de juin 1940 où la France subit l'occupation des armées allemandes. Dans ce contexte, un jeune prêtre est nommé à La Mure aumônier de l'hôpital et du collège. L'abbé Henri Grouès arrive de Lyon. Malade, il a besoin de repos. Entre autres, il crée le premier groupe scout de La Mure et s'emploie à remplacer le pessimisme ambiant par un enthousiasme débordant où ce visionnaire perçoit déjà le renouveau du pays. Et c'est vers la montagne qu'il guidera les jeunes. Le Tabor et plus particulièrement le Piquet de Nantes. Le dimanche 20 juillet 1941, c'est le départ de l'équipe. En route dès l'aube, la première halte a lieu au Roc Noir. Il est midi, altitude 1 900 mètres. Sur le promontoire de la Scia est installé le camp de base . Le mardi 22 juillet 1941, il faut transporter les poutres depuis La Scia jusqu'au sommet, Quatre heures d'efforts seront nécessaires. Le mercredi 23 juillet, dans l'orage qui se déchaîne, les gars quitteront le camp de la Scia pour rejoindre le sommet et assister à la première messe offerte sur l'Hôtel du Piquet de Nantes-en-Rattier. De retour au camp, pendant que l'orage gronde toujours, on plie les tentes. L'équipe est prête au retour dans la joie du bel ouvrage achevé et dévale les pentes vers la ferme des Bruyères où il retrouveront réconfort. Après une nuit de repos à la ferme, ils rejoindront La Mure. Ce sera le quatrième et dernier jour de l'expédition. Et aujourd'hui encore, demeure tout là-haut sur le montagne, la croix qui témoigne du passage de l'abbe Grouès qui bientôt dans la résistance deviendra l'abbé Pierre. En effet en juillet 1942, l'abbé Grouès fut appelé par son évêque comme vicaire à la cathédrale de Grenoble se terminait un séjour qui aura marqué la vie de la cité et débutera la grande odyssée de l'abbé Pierre engagé pour la libération du pays et sa longue croisade pour les démunis.
Dauphiné Libéré (samedi 27 janvier 2007) Roland MICHON
Comment aborder cet article sur Olivier Messiaen en Matheysine ? Voilà déjà quelques mois que je suis tenté par ce sujet mais il me faut bien admettre que je ne sais pas comment m'y prendre !
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Je n'ai vraiment vu Olivier Messiaen qu'une seule fois pendant toutes ses années de présence discrète à Petichet : Il se rendait à la messe à Saint Théoffrey. Je ne sais comment Olivier Messiaen et sa femme Yvonne Loriod savaient que ma grand-mère, déjà âgée et un peu handicapée, désirait aussi y aller ce jour là…
Leur voiture s'est arrêtée devant le portail de notre maison aux Gonthéaumes, Yvonne Loriod conduisait, elle est descendue, et en toute simplicité est venue chercher ma grand-mère pour l'emmener.
Je me souviens bien de la "présence" d'Yvonne Loriod, de sa démarche vive et assurée, de sa toilette qui me semblait un peu extraordinaire (grande robe longue et bouffante). Je dois avouer qu'Olivier Messiaen, qui était resté dans la voiture, ne m'a pas autant impressionné. Il nous regardait, son regard était bienveillant, certes, mais il n'a pas ouvert la bouche… Je crois me souvenir qu'il portait une chemise très coloriée avec un grand col qui débordait largement au dessus de sa veste grise (comme sur beaucoup de photos le représentant)…
C'est tout et c'est bien peu ! Il n'y pas là matière à témoignage…Mais comment expliquer que je me souvienne encore si vivement de ces quelques minutes de vie 35 ans après ?
A l'occasion des journées du patrimoine un très bel hommage a été rendu à Olivier Messiaen les 20 et 21 septembre 2008.
Je vous présente ici la copie de la plaquette éditée à l'occasion de cette importante manifestation.
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La journée du dimanche 21, particulièrement riche en événements, a été un grand succès.
L'enchaînement des diverses manifestations a été parfait.
Des témoignages émouvants, des commentaires d'une grande justesse, "un cheminement pédagogique" progressif et ludique nous ont progressivement permis d'appréhender le monde d'Olivier Messiaen : tout a été fait pour que cette journée soit un point d'accès, une porte ouverte vers l'œuvre du compositeur.
Le matin à 9 heures la messe célébrée dans l'église de Petichet nous a rappelé qu'Olivier Messiaen était un homme de foi. On y a évoqué son service fidèle et peu connu d'organiste à la paroisse de la Trinité à Paris et son amour pour le plain-chant (chant grégorien).
"…une musique qui soit un acte de foi, une musique qui touche à tous les sujets sans cesser de toucher à Dieu"
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Les deux facettes D'Olivier Messiaen : Simplicité et discrétion en Matheysine, honneurs, distinctions reconnaissance mondiale de l'homme et de son œuvre…
Cette photo prise en 1990 ou1991 dans l'église de Petichet nous permet d'avoir une pensée pour le père Roger Gaillard qui a assuré son ministère à Saint Théoffrey durant 28 ans de 1971 à 1999.
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L'étape suivante nous a emmené au cimetière tout proche ou repose Olivier Messiaen. Sa tombe en marbre de Carrare (chef d'œuvre funéraire réalisé par Albert Luyat de La Mure) représente une colombe stylisée. Un extrait "d'Harawi" y est gravé en lettres d'or.
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L'emplacement de cette sépulture n'est pas le fait du hasard : enterré au cœur de la Matheysine, au bord des lacs encore riches de leurs roselières, au milieu des bocages et des forêts, côtoyant pour l'éternité le Grand Serre (le mont chauve), Olivier Messiaen a voulu marquer son attachement charnel à ce territoire qui l'a tant inspiré.
C'est là un signe à ne pas négliger : nous devrions tous nous considérer comme les garants, les défenseurs de ces lieux si riches, de ces paysages si harmonieux.
Nos yeux blasés par les habitudes ne perçoivent plus la valeur de tout cet environnement et peu à peu nous laissons tous s'y installer la médiocrité…
Du cimetière nos pas nous ont porté vers la chapelle de Petichet .
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Commentaires avisés de Guillaume Benoist et de Bernard de la Fayolle.
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Magnifique aquarelle de Madeleine Merle (à retrouver au milieu d'un très bel ouvrage regroupant de nombreux paysages...)
La fin de la visite guidée intitulée : " Sur les pas d'Olivier Messiaen" nous a mené au plus près de la propriété et du jardin ou le compositeur aimait tant se retrouver. Commentaires, présentation des lieux, anecdotes, témoignages, échanges…
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"Vivement l'été que je retrouve mon petit lac près de Grenoble"
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Témoignage touchant d'Annie Raffin : On était petits ! (Annie Raffin et son frère Jacky Véfour) On lui portait des messages venus de Paris, d'Amérique, du Japon… Il se baignait tous les jours, sa femme l'attendait avec son peignoir! Le soir on se calait dans la haie, on écoutait la musique… mais sans déranger, ils étaient très discrets, d'une amabilité formidable.
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11h30. Toute une petite foule se regroupe au niveau du belvédère qui surplombe le lac de Laffrey. Les personnalités s'apprêtent à dévoiler une plaque commémorative dédiée au compositeur.
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G. Bonneton, Patrick Reynier Poète, M Senor, Claude Bertrand, Charles Galvin, Pierre Brette
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Il est temps de parler du CD :" Messiaen en Matheysine – Messiaen raconté par ceux qui l'ont connu – Les oiseaux de Petichet"
Ce CD s'articule autour de trois axes
1) Une série de témoignages recueillis auprès des personnes qui ont eu le privilège de côtoyer Olivier Messiaen et sa femme Yvonne Loriod durant leurs 55 années de présence estivale en Matheysine.
2) Une catalogue d'enregistrements de chants d'oiseaux réalisées en Matheysine par Bernard Fort complété par des plaquettes ornithologiques d'Olivier Messiaen consultables sur ordinateur.
3) Une présentation de l'exposition visible au musée Matheysin : "Olivier Messiaen en Matheysine, oiseau de bonheur"
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Une heure quinze d'un travail de grande qualité et beaucoup de plaisir… A acquérir de toute urgence!
Le début de l'après-midi a été consacré à une promenade culturelle et sensorielle le long du lac de Petichet.
Quelle joie que cette balade sur la voie gallo-romaine reliant La Fayolle aux Théneaux…
La sonorisation du parcours par des enregistrements de chants d'oiseaux nous a "réveillé les sens".
Combien de fois avons-nous cheminé le long de ce parcours en ignorant la richesse et la beauté de ces lieux ?
Pourquoi avons-nous autant négligé cet environnement Matheysin si précieux ?
Comment avons-nous fait pour passer à coté de "l'arbre aux farfadets" (un énorme fayard noueux et tarabiscoté) et ne pas le voir ?
Cette marche à pied était une agréable mise en bouche. Le plat de résistance nous attendait au bout du chemin :Un concert organisé sous chapiteau au camping "Les Mouettes" a parachevé de belle façon la journée.
Au programme
Catalogue d'Oiseaux.
Chouette Hulotte, Alouette Lulu, et Merle Noir.
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Hugues Denolly, piano
Prise de becs, chorale aviaire par les Folles de Bassiaen.
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Quatuor pour la fin du temps
Françoise Rochet, piano
Maîté Louis, violon
Denis Jeannet, violoncelle
Céline Brouet, clarinette
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Et enfin les oiseaux exotiques par l'orchestre Hypercuivres dirigé par Serge Coste
Ce moment musical exceptionnel a clôturé brillamment une belle et chaleureuse journée.
Je pense qu'il faut vraiment remercier les organisateurs et les bénévoles qui ont accompli à cette occasion un travail remarquable et de grande qualité. Ce jour là nous nous sommes tous couchés un peu moins ignorants …Merci à vous !
La Matheysine est une terre d'inspiration pour de nombreux artistes ou écrivains. Les longs temps morts hivernaux, l'enfermement lié à la mauvaise saison alliés à la richesse paysagère et patrimoniale de ce territoire sont certainement propices à l'épanouissement d'une expression culturelle locale intense.
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"Le laboureur, le corbeau et le serpent." Une fable de La Fontaine forgée dans le métal…Je vous laisse deviner ou cette photo a été prise : que le meilleur gagne !
Nombre de Matheysins ont voulu matérialiser leur attachement charnel à notre petite patrie en écrivant, en peignant, en composant, en sculptant etc. etc. …. Parfois les œuvres produites sont naïves, quelquefois et particulièrement en matière de littérature, on s'aperçoit que la fonction "copier- coller" n'a pas été inventé par Bill Gates, mais bien souvent les résultats sont étonnants et méritent grand intérêt ! Toutes les compétences, tous les supports possibles et imaginables semblent avoir été utilisés et il me semble impossible d'en établir une liste exhaustive. Du bricoleur recyclant de vieux matériaux récupérés pour "recréer" le puits Sainte-Marie de La Motte d'Aveillans
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à la vision artistique de Robert Ibanez se saisissant du même sujet ( la mine) et forgeant, dans un métal discipliné et humanisé sous ses doigts, une reproduction du puits du Villaret ou la charrette du livreur de charbon que de chemin parcouru ! Mais la démarche est bien identique. Au final les deux artistes rendent un même hommage à leur "pays"…
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La mine, le charbon et toute l'industrie qui entoure cette activité emblématique a toujours été une source d'inspiration puissante.
Connaissez-vous la statue " Le coup de grisou" d'Abel Chrétien que l'on peut admirer dans le jardin de ville de la Mure…
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Image d'Epinal, erreur technique (il n'y a pas de grisou dans les mines d'anthracite de la Mure…),style académique, mineurs figés dans un attitude héroïque et valorisante (avez-vous remarqué la perfection des musculatures…).
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Cette statue est une apologie du monde ouvrier et des mineurs matheysins!.
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Abel Chrétien sait aussi nous révéler toute l'humanité, la fragilité de ces hommes qui ont côtoyé jour après jour bien des dangers. Il utilise, alors, le bois (matière plus chaleureuse que la pierre).
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Même les plus jeunes se saisissent du sujet et parfois l'impossible devient réalité . Un film, un vrai film de fiction, a été tourné sur la mine de la Mure : Zone d'ombres
Le scénario est bien construit, la technique très maîtrisée, les acteurs, presque tous amateurs, jouent juste et fournissent ce surplus d'humanité qui manque parfois aux "films mercantiles" habituels…
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De l'aquarelliste jetant, en un geste définitif et sans remords possible, toute la poésie des paysages sur le papier au peintre utilisant tous les atouts et ressources de la peinture à l'huile en passant par le dessinateur dont l'arme favorite est bien souvent l'humour, sans oublier les photographes avides des lumières complexes et parfois magiques des "Hauts Pays", toutes les techniques ont été employées pour déployer aux yeux de tous le catalogue des merveilles Matheysines.
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Aquarelle de Madeleine Merle : Hameau du Rif Bruyant
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Obiou en Automne "selon" Marcelle Sellon
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Dessins humoristiques : Le célèbre alpiniste Matheysin Glandu de Gilbert Skorsky.
Espérons ici que les générations qui nous succéderont auront la chance d'exprimer, à leur tour, de nouvelles émotions…
Pour cela il faut, qu'aujourd'hui, nous soyons : 1) Suffisamment intelligents pour ne pas saccager irrémédiablement notre environnement, que nous soyons tous vigilants à ne pas ravager, plus encore, cette terre que nous avons reçue en héritage ! 2) Que nous sachions transmettre, tous à notre façon, et avec nos compétences respectives, la petite flamme qui transformera "l'homme légume" passif et formaté par les médias et la "culture préfabriquée" en un honnête homme, responsable, respectueux des autres, gourmand d'apprentissage, de créations…
"La culture d'un groupe ne se confond plus avec la somme des connaissances et des pratiques que des gens ont présentes aujourd'hui dans leur mémoire – un ensemble relativement fragile et limité -. Elle comporte aussi tout le savoir déposé dans les livres (ainsi que dans les documents de toute nature) et qu'il est possible de ranimer à n'importe quel moment." Paul CLAVAL, La Géographie culturelle, page 65 NATHAN, 1995
Postface relevée dans Mémoire d'Obiou n° 6 complétée par les commentaires suivant : "Ranimer ce savoir et le faire partager par le plus grand nombre, c'est, à n'en pas douter, l'ambition de Mémoire d'Obiou."
La grimpette Tréminis le Serre-grotte de la
Fétoure est une petite promenade très agréable…
Côtoyer de si près
l'immense et superbe face Nord-ouest du Grand Ferrand est une belle expérience.
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L'endroit est très minéral. La fraîcheur (on y trouve
souvent des névés en septembre) et un silence de cathédrale très particulier
seulement ponctué de cris de corneilles et de quelques échos provenant de la
vie d'en bas permettent un délassement complet.
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Pour vous dire la vérité j'aurais préféré vous raconter
une randonnée vers la grotte des Clausis dans le vallon du Fl.eyrard. Mais
voilà, ma tentative du mois de septembre a été un fiasco complet : je me suis
lamentablement perdu entre le col de la Croix et la cabane du Fleyrard… J'ai un
peu honte de l'avouer… Pour ma défense il y avait un brouillard à couper au
couteau.
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La journée n'a pas été perdue pour autant puisque nous
avons bifurqué en terrain connu vers le col des Aurias et le lac du Lauzon pour
visiter une bien modeste cavité située juste sous le col de Charnier.
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Adieu donc les draperies de glace de la grotte des
Clausis…et revenons au sujet du moment : la grotte de la Fétoure.
L'approche n'offre pas de difficultés majeures. La
dénivelée est d'environ 900 m. Cependant il faut noter que l'itinéraire est
assez raide et demande une condition physique correcte.
Je vous laisse consulter vos cartes et guides habituels
pour obtenir les précisions nécessaires sur le parcours. Sachez, cependant, que
la partie la plus sympathique de la promenade est le moment ou l'on quitte la
forêt pour sortir sur l'alpage…
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La vue se dégage sur le Trièves et l'immense face
Nord-ouest du Ferrand se fait de plus en plus "présente".
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Il est fort possible que vous croisiez quelques chamois
sur la grande "tape" verte qui balafre l'énorme clapier qui vous
attend. Ils sont difficiles à approcher : le moindre mouvement dans ce terrain
à découvert les dérange et ils se décalent au fur et à mesure que vous tentez
de progresser vers eux…
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Encore un petit effort pour négocier les lacets tracés
dans la casse et vous y êtes !
C'est en progressant le nez au ras du sol (et la langue
pendante) vous apercevez bientôt les entrées de la grotte…Ouf !
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NB : Je vous déconseille les raccourcis dans ce terrain
instable et mouvant.
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Enfin un replat!
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Jour et contre-jour.
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Ici on est un peu hors du temps!
Néolithique ou XXI éme siècle ?
La visite de la grotte est envisageable si vous n'avez pas
oublié d'emmener une lampe. 200 m de "spéléologie" facile pour peu de
chose: les concrétions calcaires ayant été stupidement vandalisées.
Après tous ces efforts et toutes ces émotions n'oubliez
pas le casse-croûte!
Cependant attention! Ici la montagne est facétieuse, aidée
de quelques corneilles, elle bombarde parfois les visiteurs de petits
projectiles…
Lors de ma dernière visite à la grotte de la Fétoure un
caillou farceur a écrabouillé ma "gamelle" projetant alentours de
succulents maquereaux à la moutarde. Ce fût le seul mauvais moment de la
journée, mais quelle déception !
Aujourd'hui je voudrais vous convier à une petite randonnée facile qui vous mènera du col de Parquetout (1398m) au sanctuaire de Notre Dame de la Salette (1803m) par le magnifique sentier des Pères. La météo n'est pas extraordinaire en ce mois de septembre 2008, les grandes sorties en altitude sont impossibles et le bref "pèlerinage" vers ces montagnes chargées de sens sera peut-être prétexte à quelques méditations ! Dénivelée faible, marche facile sur un sentier bien entretenu…
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Sous-bois accueillants frais et lumineux.
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Jolis passages en tunnel pour pimenter le trajet.
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Ces passages pittoresques me donnent l'occasion d'un petit retour en arrière dans le temps en juxtaposant des photos prises en septembre 2008 et de magnifiques prises de vues (collection V. Hostachy) datant des années 1900. (Ces magnifiques témoignages du passé sont extraits de l'ouvrage de référence " La grande aventure du pèlerinage de La Salette de 1846 à nos jours" décrit ici en fin d'article) :
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Scolasticat 1901 en promenade dans le chemin des tunnels
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Nous voilà au col d'Hurtières et le Gargas nous nargue du haut de ses 400 m supplémentaires…
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Evidement personne ne peut résister à pareille provocation et il est bien tentant d'opter pour une grimpette "directe" du col d'Hurtière (1827m) vers le sommet du Gargas (2208M). Il sera toujours temps de dégringoler ensuite sur le sanctuaire. Cependant à ce moment de la balade vous pourrez tout de même regretter de fumer ou votre trop grand appétit pour les plats en sauce et les pâtisseries ! Ça grimpe sec et le manque de point de repère décourage parfois même les plus vaillants… Dans ces moments difficiles votre récompense sera de vous retourner et d'admirer le somptueux paysage qui se dévoilera petit à petit derrière vous au-dessus du Colombier et du Mont de Rousse.
Le Mont Aiguille et le Grand Veymont
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Le Châtel (ou Bonnet de Calvin pour nous rappeler que le Trièves tout proche est terre protestante).
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L'Obiou
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En longeant au plus près la crête, la croix marquant le sommet apparaît bientôt et la vue sur le Valbonnais, les Ecrins et Entraigues se fait de plus en plus splendide.
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En fond de vallée on aperçoit Entraigues (le village si bien nommé) au confluent de la Bonne et de la Malsanne .
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Par en dessus on peut admirer l'Arcanier, l'Etillier, le Coiro, la Tête de la Grisonnière, le Grand Armet et même un plus loin le Taillefer…Un paysage pareil vaut bien quelques gouttes de sueur !
Bon c'est entendu, la lumière, aujourd'hui, n'est pas fantastique mais cet hiver c'était autre chose… Voyez plutôt :
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Si l'histoire de ce lieu vous intéresse je vous conseille vivement la lecture de l'ouvrage de René Reymond et Victor Bettega : "La grande aventure du pèlerinage de La Salette de 1846 à nos jours".
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Documentation exhaustive, textes précis, lecture aisée, reproduction de documents divers et surtout quantité de photographies de très grande qualité. Un petit investissement pour des heures de plaisir !
Je ne peux pas résister… Voyez cette photo d'une chenillette Citroën "Kégresse" montant à l'assaut !
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Les pèlerinages d'alors avaient des allures de croisières jaunes…