08 octobre 2011

La Gribouille : une chaleureuse librairie à La Mure d'Isère...

C'est toujours avec plaisir et beaucoup d'impatience que je pousse la porte de la Gribouille lorsque j'arrive en Matheysine.
Une librairie à La Mure ... Quelle chance à l'époque ou tous les commerces se transforment en agence immobilière ou bancaire!

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Impatience de découvrir les nouveautés du rayon dédié à la région et aux beaux livres sur la montagne. Impatience de renouer avec ce pays que j'aime tant en lisant des ouvrages dont les auteurs sont portés par la passion de la recherche patrimoniale, de l'image (photos), de la peinture...

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Mais pourquoi autant d'énergie déployée autour de ce "haut pays"? Pourquoi autant de livres publiés à compte d'auteur ? Pourquoi toutes ces rééditions d'ouvrages anciens sur le patrimoine local?

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En entrant à la Gribouille vous aurez les réponses à toutes ces questions : vous pourrez appréhender en profondeur l'exceptionnelle richesse de ce territoire, vous serez conseillé dans vos choix de lecture, vous nouerez des contacts. Françoise Troussier par son accueil, sa disponibilité vous rendra de multiples petits services : elle fera dédicacer un livre par l'auteur, elle vous indiquera où dénicher l'affiche "introuvable" que vous convoitez, elle commandera  l'ouvrage  "dont vous ne connaissez pas exactement le titre"...

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La Gribouille est une librairie chaleureuse où vous pourrez trouver dictionnaires, livres scolaires, romans, essais, classiques etc etc ...
De quoi occuper agréablement les quelques rares journées de mauvais temps qui arrivent à s'infiltrer sur le plateau matheysin... (bien qu'il soit de notoriété publique qu'il fait toujours beau en Matheysine...)
Et puis n'oublions jamais :

« Qu'on laisse un roi tout seul sans aucune satisfaction des sens,  sans aucun soin dans l'esprit, sans compagnie, penser à lui tout à loisir et l'on verra qu’un roi sans divertissement est un roi plein de misères… » (Pascal).


Belle incitation à la lecture! non ?

Pour faire plus ample connaissance avec Françoise et Christan Troussier  voici le lien qui vous dirigera vers le site de La Gribouille : http://www.lagribouille.fr/

 


28 octobre 2011

Le refuge de Font-Turbat Mémoire -mémoire alpine du Haut-Valjouffrey

Valbonnais, Valjouffrey, Valsenestre : ces noms chantent une douce mélodie à mes oreilles.

Lorsque les mois noirs (novembre et décembre) me tourmentent  trop le moral dans mon humide et sombre Bretagne je me raccroche à leurs  douces intonations,  et ils ont pour moi le parfum des paradis d’estives…

Je me surprends alors à me comparer à ces bêtes que la transhumance affole de bonheur, qui s’enivrent du bon air et des odeurs subtiles du foin de l’Alpe mais  qui s’ennuient ferme dans leurs confortables étables.

Alors pour renouer avec  cet Eden il reste la lecture.

Et cette année la bibliothèque s’est enrichie d’un livre exceptionnel : Le refuge de Font-Turbat mémoire alpine du Haut-Valjouffrey.

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Trois auteurs, une vallée, des hommes, une montagne et un refuge écrasé par la face nord-ouest d’une montagne extraordinairement belle et désirable : l’Olan. Tout le livre gravite dans ce cercle. Je ne  parle dans ces pages que de ce j’aime, mais cette fois ci c’est bien d’un coup de cœur dont il s’agit.

Souvent les livres « sur la montagne » me paraissent un peu secs, techniques, sans âme, ou pire écrits pour valoriser certains égos … Ici au contraire on ressent bien ce lien subtil qui relie un « pays »  aux hommes : aux habitants de ces hauts parages évidemment, mais aussi à tous ceux qui s’aventurent là poussés par une impérieuse et respectueuse nécessité d’arpenter ces territoires aux marges des possibilités humaines.

Il n’est pas souhaitable d’en établir la liste, cependant qu’il est réconfortant de lire toutes ces pages où l’on rencontre par exemple :

Celestin Bernard qui en dehors de son métier de guide est éleveur d’escargots, colporteur, carrier  participe aussi à des études géographiques et  glaciologiques… ( notons en passant que les glaciers régressaient déjà en ce tout début du XX éme siècle !)

Celestin Bernard

Charles Buisson, hardi, téméraire qui écrit dans son carnet de courses : «  Comme les simples je sens cet amour pour la beauté de la montagne plus vivace que jamais. Je suis un peu comme les primitifs qui plaçaient leur dieu sur les montagnes…».

Charles Buisson

Julien Gaillard du Désert en Valjouffrey, solide montagnard qui a participé à de nombreux sauvetages, a monté un homme de 72 kg handicapé par la polio au refuge de Font Turbat  tout simplement parce que cet homme voulait revoir l’Olan ! et qui dès le lendemain repartait pour l’ascension du pic Turbat …

Julien Gaillard

Etc etc

Historique des deux refuges de Font-Turbat, récits de sauvetages, histoires insolites, souvenirs des gardiens, drames et accidents, descriptions des plus grandes courses effectuées dans le massif, littérature, poésie, peinture : les chapitres s’enchainent avec fluidité. De nombreuses photographies anciennes ou  modernes, reproductions de tableaux  ou dessins émaillent les textes.

Et puis une perle, une anecdote incroyable : le premier sauvetage (en 1980) par hélicoptère d’un cycliste qui s’était lancé à l’attaque de l’aiguille de l’Olan armé de sa machine et d’une paire de baskets… Imaginez la tête des sauveteurs récupérant notre Poulidor des neiges et son vélo sur un névé vers la brèche de l’Olan. Une fois cycliste et machine dans l’hélico notre homme exige d’être déposé à la Bérarde : le but de son audacieuse expédition.

Voici  la reproduction de la page de présentation des trois auteurs de ce très bel ouvrage :

M n Bonnerot

Marie-Noëlle Bonnerot est entrée au Club Alpin Français de Paris-Chamonix en 1968, elle eut pour parrain Paul Bessière, alors président national. Passionnée par l'escalade et le ski, elle gravit dans les années 1970-1977, les grandes voies rocheuses et mixtes, du massif du Mont-Blanc, du Vercors, de l'Oisans... Poursuivant ses activités de montagne, elle se consacre à la formation : moniteur national de secourisme, cadre diplômée de ski alpinisme et de randonnée en haute montagne. Elle collabore à la revue Le Petit Echo de l’Alpe Matheysine. Secrétaire de l'association « Les Amis du Musée Matheysin » depuis 2009, elle a assumé notamment la charge délicate de l'opération de mise en page de l'ouvrage.


J Challon

Alpiniste et skieur, Joël Challon a été président du Club Alpin Français de La Mure-Matheysine de 1993 à 2002, rédacteur durant de nombreuses années au Petit Echo de l’Alpe Matheysine, la revue du CAF. Passionné par les voyages sportifs lointains et les hauts sommets qu'il découvre en 1970, il a gravi 123 hauts cols et sommets de 4015 à 6300 mètres, réalisant 55 ascensions différentes, dont lia skis. Président de l'association « Les Amis du Musée Matheysin » depuis 2005, il collabore à la revue patrimoniale Mémoire d'Obiou. Sous la direction de Fabrice Marchiol, il a participé en 2006 à l'aventure éditoriale de l'ouvrage La Mure, petite histoire du nom de nos rues. Depuis 2008, il est élu à la ville de La Mure, en charge des affaires culturelles et du patrimoine.


J P Zuanon

Jean-Paul Zuanon a promené ses skis ou ses crampons dans les Andes, au Maroc et au Pamir mais il a un petit faible pour les montagnes du sud du Dauphiné. Il s'est installé aujourd'hui face à l'Obiou, une des plus belles montagnes du monde. Directeur pendant 15 ans de la prestigieuse revue du Club alpin français La Montagne et Alpinisme, il a également été le co-fondateur (avec Pierre Barnola) et l'animateur pendant 30 ans du Petit Echo de l’Alpe Matheysine. Auteur de nombreux articles et divers ouvrages sur la montagne, il n'a cependant pas pris la grosse tête : seul, un article sur les ronfleurs dans les refuges semble être passé à la postérité. Signes particuliers : malgré son âge avancé, n'arrive toujours pas à se prendre au sérieux ; croit naïvement que l'on peut encore aller en montagne sans GPS ni téléphone portable et fréquente très peu internet.

Un article du Dauphiné Libéré daté du 22-10-2011 :

Font Turbat Dl du 22-10-11

(Agrandissement  = clic gauche sur article)

Ce livre est une belle idée de cadeau qui ravira à coup sûr les amoureux de la montagne…

 

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Au bord de la route...

Au bord de la route entre Tréminis et Prébois , tel un cimetière bouleversé par un tremblement de terre, des bornes routières arrachées à leurs fonctions indicatrices gisent dans un capharnaüm à ciel ouvert.

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Aujourd’hui  les automobilistes ne peuvent plus lire les précieuses indications gravées sur ces objets d’un autre temps : ils roulent beaucoup trop vite… 

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A l’époque du GPS, ces précieux auxiliaires des cartes routières sont devenus ringards !

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Ces braves compagnons de route sont trop vieux, ils coûtent trop cher à entretenir,  il n’est même pas envisageable de les reconvertir en remblai…

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Alors jetons-les aux orties, sans estime pour leur constance à braver de dures conditions travail, sans égard pour leur grand âge, sans considération pour les services rendus…

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En un curieux raccourci je pense qu’il existe bien des similitudes entre le sort réservé à ces bornes et les hommes abandonnés au bord du chemin par une société qui fonce à tombeau ouvert sans prendre le temps de se renseigner sur la bonne route à suivre…

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18 décembre 2011

L'association des Amis du Musée Matheysin reçoit le prix 2011 de l'Académie Delphinale.

La nouvelle est tombée récemment sur mon « téléscripteur » : L’Association des Amis du Musée Matheysin a reçu le prix de la prestigieuse Académie Delphinale 2011. Ce prix  récompense tout particulièrement la revue annuelle de l’association : « Mémoire d’Obiou ».

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Site du Musée Matheysin : http://musee.matheysine.com


La belle aventure éditoriale des 16 numéros de Mémoire d’Obiou est justement reconnue par l’Académie Delphinale. Les membres de l’association, leurs recherches et toutes les actions de valorisation et de protection du patrimoine Matheysin  trouvent au travers de cette distinction une légitime  rémunération des efforts fournis.  Le travail effectué par ce collectif de passionnés est immense car il s’inscrit dans la durée. La qualité des articles, la diversité des sujets abordés et des actions engagées sont, certes, les meilleurs garants de la réussite dans ce type d’entreprise… mais il faut aussi la « manière »… Et transmettre son savoir sans ennuyer, toucher un public à priori peu habitué à aller au musée, à décortiquer des archives ou parfois un peu effrayé par la « Culture » est sans nul doute, à mes yeux, la plus belle réussite qui soit…

Le prix sera remis le samedi 28 janvier 2012, 15 h, à l’Hôtel de ville de Grenoble…

 

L’Académie Delphinale a été crée en 1772. Elle a pour but d’encourager les arts, l’histoire, les lettres, les sciences et techniques et la conservation du patrimoine…  et toutes études intéressant les départements de l’Isère, de la Drôme et des Hautes Alpes (ancienne province du Dauphiné). Déclarée d’utilité publique dès 1898, son siège est situé aux Archives départementales de l’Isère, 2 rue Auguste Prudhomme à Grenoble.

Site de l’Académie Delphinale : http://academie.delphinale.free.fr/

 

Légende de Noël au Pays Noir...

Il ya bien longtemps on criait Noël, Noël ! à l’occasion de tout événement heureux…

Aujourd’hui, au mieux, Noël est une fête religieuse… Mais le plus souvent, hélas, ce moment de l’année est plutôt synonyme d’orgie consommatrice…

Voilà pourquoi je me sens toujours mal à l’aise à cette époque de l’année...

Je rêve parfois d’une veillée de Noël en format "carte postale", de messe de minuit, d'église romane enfouie dans un paysage enneigé, de sapins bien vivants étincelant de givre ou de villages engourdis par le froid de l'hiver naissant…

St Hugues de Chartreuse

Saint Hugues en Chartreuse (1)

 

St Maurice en Valgaudemar

Saint-Maurice-en-Valgaudemar (1)

 Dans mes Noël rêvés le ciel est moucheté d’étoiles bien brillantes et on entend des chants de Noël en sourdine et des cris d’enfants heureux… On y croise des pères Chartreux, des bonhommes de neige réunis dans le même spaciement, randonnant dans l'infini …

Chartreux

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Bonhomme neige

 

Mais le plus souvent en cette fin décembre, comme d'un chacun, je me retrouve coincé dans des embouteillages entre un parking de supermarché et une rocade urbaine au fin fond d’une ZI lugubre…

Pour vous mettre au diapason de mon état d’esprit lisez cette légende : "Soirée de Noël dans les environs de La Motte d’Aveillans".  C’est pas très gai mais dans cette histoire hommes et bêtes sont courageux et loyaux… et je ne sais pas pourquoi mais à mes yeux Noël a toujours eu cette connotation ambivalente. Le cœur oscillant entre joie et tristesse…

 

Noël au Pays noir.

Le glas s'était tu... Les hommes, harassés, regagnaient leurs chaumières...

Comment avaient-ils pu, dans cette bourrasque, creuser la fosse de Jérémie, le bûcheron des Creys? Au prix de quels efforts étaient-ils parvenus à descendre – dans la neige qui les aveuglait et les faisait trébucher à tout instant - son corps raidi par la mort et le froid ?...

Les femmes, quittant le cimetière, se hâtaient, parlant encore à voix basse : «C'est trop de misère, tout de même ! Une veille de Noël !... Pauvre Mélanie ! Quelle triste soirée va-t-elle passer, seule avec son petit-fils, en sa cabane isolée !».

Mais personne ne pouvait songer à reprendre, dans la nuit commençante, le sentier introuvable de la forêt.

Et Mélanie était seule, à la nuit tombée...

Cela se passait, il y a bien des siècles, lorsque les peupliers recouvraient La Roche; les sapins et les mélèzes : La Mayrie et Le Villard; au temps où l'ancêtre de l'«Orme» fameux - qui devait laisser son nom à l'«Ourme» - n'était encore qu'un arbuste.

En ce lointain Moyen Age, tout le monde était plus ou moins bûcheron et cultivateur dans les petits hameaux du Pays Noir (ainsi nommé à cause de la teinte de ses roches et de l'aspect de ses bois). Mais, en ce soir du 24 décembre, du Connexe au Bois Noir, de Pierre-Percée au Drac, tout était désespérément blanc sous la rafale de neige.

Il fallait être égaré ou héroïquement charitable pour affronter un temps pareil...

Le glas s'était tu...

Mélanie ne l'avait pas entendu vibrer dans l'air ouaté de flocons. Mais elle l'entendait pleurer en son cœur douloureux...

Assise près du feu qu'elle oubliait de ranimer, elle regardait sans le voir son petit-fils endormi dans l'humble «balancelle». Elle revivait ces derniers jours... Son mari. aussi courageux que bon, avait trop présumé de ses forces vieillissantes : il avait glissé avec le lourd «billot» qu'il voulait scier et l'avait reçu en pleine poitrine... «Ce ne sera rien» avait-il assuré... Son souffle court et son visage congestionné démentaient ses paroles.

Que faire ?... Il y avait bien, au Mas près la Pierre Merlière, un «Guérisseux» réputé (mire? Apothicaire? Ou... un peu sorcier?). Mais ses services se payaient. Et Mélanie n'avait point d'écus sonnants en sa pauvre escarcelle... «Laisse, femme, ce ne sera rien», répétait le malade. Pourtant, elle eut beau le réchauffer de son mieux, épuiser en infusions toute sa provision de genièvre, le lendemain, Jérémie trépassait dans un dernier râle après lui avoir recommandé : «Prie pour le repos de mon âme... »

«Sois toujours compatissante et bonne»... et - dans un souffle - «Je te serai en aide»...

Brisée de fatigue et de chagrin, elle écoutait, dans une demi-somnolence, les bruits de la forêt. Elle croyait entendre le vent murmurer cette phrase : «Je te serai en aide» - «Comment ?...» Questionnait-elle. La réponse ne venait pas dans sa tête douloureuse. «Mon pauvre homme, il déparlait», pensait-elle tristement.

Elle finit par s'endormir tout à fait...

La bise se mit à hurler, sinistre, dans les sapins.

La pauvre chaumière tremblait sous l'effort de la rafale...

L'enfant dormait toujours...

Il ne savait pas que sa mère était morte à sa naissance et que son père. Parti guerroyer avec le seigneur de Monteynard, ne reviendrait jamais... La tendresse vigilante de son aïeule lui tenait lieu d'univers.

Soudain, dans l'écurie attenante à l'unique pièce, la chèvre et les deux brebis se mirent à hurler de terreur... La femme réveillée en sursaut, tremblante sans savoir pourquoi, jeta un fagot dans l'âtre d'un geste irraisonné, pour se réchauffer et faire de la lumière... la lumière qui chasse la peur avec l'ombre... et qui chasse aussi le rêve !... Douloureuse, la réalité se fit jour ! Mélanie était seule au monde avec cet orphelin qui dormait. Il faudrait l'élever... Avec quoi, Mon Dieu ?... Elle prêta l'oreille... Devenait-elle folle... ? «Ces hurlements dans le lointain... Non ce n'est plus seulement la bise... ce sont les loups... ! Pourvu qu'ils ne s'approchent pas... ! Pourvu que la porte résiste !» Ah! si du moins, son brave Taïaut était là pour défendre l'enfant ! Mais le bon chien avait suivi le cortège funèbre et n'était point remonté... Etait-ce une hallucination... des aboiements furieux se rapprochaient... Mais aussi, assourdis par la neige, des pas, des pas humains ! L'aïeule effrayée retenait sa respiration... Tous les bruits se rapprochaient...on cogna durement à l'huis. Elle fit un bon en arrière terrifiée... Taïaut jappait, là, tout près. Une voix haletante jeta : «Noël ! Ouvrez ! Par pitié ouvrez vite !»Noël... Soudain, courageuse, elle tira promptement le verrou et entrebâilla la porte. Deux «paquets de neige» entrèrent; le plus grand (homme ou ours) referma l'huis d'un vigoureux coup d'épaule; puis (car c'était bien un homme) ôta son bonnet de fourrure et salua : «Noël à vous, Dame de céans ! Noël à tous les vôtres ! Vous me sauvez la vie !» - «Que l'hôte de Noël soit le bienvenu en ma triste demeure» répondit-elle. L'enfant mi-éveillé par le bruit et le froid, se retourna, pleurant. Taïaut - car c'était lui - s'ébrouant, balança le berceau et caressa le petit qui rassuré, s'endormit souriant. Derrière la porte bien close le chien reprit sa faction, menaçant... L'étranger quitta son manteau de peau d'ours. Contre son justaucorps, bien à l'abri, il serrait une viole.

Ses chausses n'étaient plus qu'un bloc de neige glacée... Il frissonnait...

Alors compatissante et bonne, sans questionner l'hôte de Noël - reçu comme le Seigneur Lui-même - la femme alla quérir, près des bêtes calmées, toute la provision de bois réservée à Noël et prépara une boisson bien chaude avec les plantes aromatiques cueillies en été. Puis, simplement avec la générosité des humbles qui ne calculent pas, elle offrit à l'inconnu les dernières chausses de son défunt... tout ce qu'il n'avait pu emporter avec lui.

Emu, l'homme qui se sentait revivre, remercia l'aïeule et s'excusa de venir ainsi, de nuit, troubler sa solitude et son chagrin.

Il avait beaucoup voyagé de France en Dauphiné et avait appris bien des choses...

Tour à tour montreur d'ours, jongleur, ménestrel il allait de prieuré en abbaye, de village en castel, chantant, colportant les nouvelles.

Venu du prieuré de Commiers à Notre-Dame de Perailler, il avait fait halte, la veille au soir, au château de La Motte où il avait appris comment le seigneur du lieu, revenu lépreux de la croisade, avait été merveilleusement guéri par l'eau chaude d'Avignonnet au bord du Drac. Comptant passer la Sainte Nuit en l'église du Pays Noir, il s'était égaré dans les bois. Poursuivi par les loups, il eut la chance de rencontrer Taïaut et de s'en faire un allié qui l'avait guidé jusqu'ici, marchant à reculons pour faire face aux méchantes bêtes...

Tout en écoutant, Mélanie avait sorti la tomme de chèvre, les dernières galettes de blé noir et mis chauffer dans l'âtre la soupe de gruau.

Brisé par la fatigue, attentif à la discrétion (ne voulant pas dévorer les maigres provisions) l'hôte ne tarda pas à s'étendre sur la couche de paille, à même le sol...

L'aïeule s'assoupit près du feu...

L'étranger ne dormait pas... son regard s'était fixé au sol rocailleux de la chaumière.

Soudain, une gerbe d'étincelles envolée de l'âtre fit luire le rocher... Il se souleva de surprise : «La Pierre Noire ! Serait-ce la pierre noire ?» Il n'en croyait pas ses yeux... c'était bien la pierre noire...

Convaincu, il se dressa tout à fait : «C'est la pierre noire... il faut qu'elle chauffe !» - II se mit à gratter le sol, ramassa les morceaux détachés et s'approcha du foyer : «La pierre noire ! Il ne fera plus froid !»

Rapprochant les blocs de pierre qui formaient l'âtre, de tout son souffle il attisa le feu de bois qui se mit à pétiller, il jeta par-dessus les «pierres noires» puis décrochant la marmite, il la plaça sur le feu en guise de couvercle.

La veuve épouvantée, n'osait bouger... Aurait-elle (comble de malheur !) recueilli un dément?... Il ne faut point, dit-on, contrarier ces gens-là !... ou bien... serait-ce un alchimiste ? C’est-à-dire... un peu le diable...? D’après ce qu'elle avait entendu raconter au temps où elle était accorte servante chez la noble Dame de Monteynard.|

L'homme avait saisi la masse et le pic du bûcheron. Sans nul souci du sommeil de l'enfant, il creusait dans le roc et brisait les petits blocs, un sourire au coin des lèvres : «La pierre noire ! Quelle fortune !»|

Taïaut ne protestait pas... les loups étaient partis, n'ayant jamais ouï, en ces lieux,  pareil vacarme après le couvre-feu ! La bise ne soufflait plus; la neige s'était arrêtée.

Une douce chaleur envahit la chaumière...

L'hôte souleva la marmite : Des pierres noires devenues incandescentes s'échappaient de courtes flammes bleues-mauves. Il rajouta d'autres pierres noires disant : Noël ! 0 Dame compatissante et bonne, Dieu vous est en aide ! Vous n'aurez plus jamais froid, céans...»

L'enfant riait, tendant ses petits bras vers l'âtre... Cloches et clochettes carillonnaient minuit dans la vallée.

Dans la demeure endeuillée, devant le berceau de l'enfant, le ménestrel chanta sur sa viole son plus beau Noël. Puis... il s'en fut, laissant sa bourse aux mains réchauffées du petit.

Le jour se leva radieux; des perles brillaient à toutes les branches.

Et lorsque midi fit étinceler la neige sur les sapins, dans la combe proche de la chaumière, l'anthracite irisé de La Motte scintillait au soleil.

 Au Pays Noir, les cloches chantaient... !

 (Les Mottes, 1952).

Cette légende est issue de l'ouvrage de René Reymond intitulé "Mystères et Curiosités de l'Histoire" :

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(1)   Aquarelles tirées du bel ouvrage "Evasions Nouvelles" de Madeleine Merle :

Evasions Nouvelles Merle

 

 

 

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03 février 2012

Bêtes et hommes, mon chien...

 

Dans ces pages dédiées à la montagne les hommes et les bêtes ont toujours leurs places :

brebis

Patou

Le berger et son troupeau, le chasseur et son chien, le braconnier et le chamois, le randonneur émerveillé par le vol d'un vautour, la beauté d'un faisan ou la hardiesse d'un bouquetin…

Gypaète

chasseur et chien

Bouquetin jeune

Faisan

Ces sujets ont déjà été abordés ou le seront bientôt…car j'ai toujours été fasciné par les proximités hommes-bêtes qui se créaient dans ces endroits…

Certaines rencontres sont merveilleuses. Par exemple je me souviens de ce chamois étrangement confiant qui s'était laissé approcher si près, si près, que des années plus tard je me rappelle encore son regard plein de naïveté…

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Mais mes piètres expériences en la matière ne sont rien en regard des magnifiques communions "homme-animaux" que Samivel décrient dans son roman "Le fou d'Edenberg" . Quel bonheur de lire les passages ou il fait raconter à son personnage principal Siméon (qui doit se cacher dans la montagne pour échapper aux gendarmes) ses rencontres avec les animaux:

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(voir en fin d'article la 4ème de couverture du livre)

"L'esprit des solitudes commençait à se glisser dans son ombre, murmurant de vieilles promesses, désignant d'un index de cristal de nouveaux châteaux, d'autres royaumes. Il s'incarnait dans des êtres timides qui le regardaient venir sans bouger, sans ciller. Soudain la neige poussait des ailes. Une perdrix s'envolait.

Un peu plus tard les bêtes cessèrent de fuir, et l'écureuil ouvrit le ban. Il se montra d'abord au sommet de sa tour, hochant la queue avec nervosité. Puis chaque fois que Siméon portait ses miettes un peu plus bas, descendu d'un degré sur l'escalier des branches. Désormais l'animal l'examinait à son aise sans marquer d'inquiétude : deux perles de jais dans une fourrure ébouriffée. Pour finir il vint à portée de l'homme qui lui tendait de menus débris du bout des doigts. Il les grignotait posément, se nettoyait la moustache. Il s'enhardit encore. Siméon le rencontra souvent non loin du seuil. Un réseau serré de menues pistes encercla son domaine.

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Pour le charbonnier il comprenait, ayant fait les premières avances. Mais de nouveaux habitants de la forêt, aussi craintifs ou davantage, parurent à leur tour. Un flûtiste prit ses quartiers dans l'épicéa, y voleta comme une flamme. Ensuite deux mésanges non moins charbonnières. Autour de la cabane plusieurs arbres se mirent à chanter.

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D'autres événements suivirent. Les fameux elfes se montrèrent à tout bout de champ. D'habitude on ne voit rien dans les bois. Les bêtes sont camouflées et la plupart nocturnes.

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Alors comment expliquer cette invasion de museaux pointus, de queues bien fourrées, ces regards vifs, pleins de sauvagerie, pourtant fascinés, fascinants? A peine Sim s'arrêtait-il (par hasard) devant une souche, un tas de branches qu'il en sortait le diable d'une boîte, une fouine, une hermine...

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Elles passaient l'inspection du visiteur; et s'il s'agissait d'un arbre il pleuvait souvent un couple de martres pleines de curiosité. Or, quoi de plus indifférent de plus inaccessible qu'une martre au temps des poursuites amoureuses? Des tétras nichés dans les buissons d'airelle encroûtés de gel le laissèrent s'approcher à longueur de skis. Ils ne fuirent pas, simplement gonflèrent leurs plumages. Crainte de rompre le charme, il n'osa d'ailleurs y toucher. En revanche, beaucoup plus haut sur la montagne, vers le replat où l'été brillaient les lacs, il tomba sur un gros blanchon. Le lièvre se tenait à la limite d'une ombre, à peu près invisible sauf que la neige paraissait juste un peu moins blanche que la fourrure, Siméon le repéra pourtant et s'avança au ralenti, s'attendant d'une seconde à l'autre à le voir rebondir sur la pente comme une balle perdue, disparaître au premier tournant. Il n'en fut rien. Ce blanchon fourré négligea bizarrement les consignes, resta sur place, le contemplant d'un œil rond, impavide. Il se contenta de clore les paupières, abaisser les oreilles quand l'homme, risquant le tout pour le tout, osa lui gratter l'occiput! Le plus surpris des deux fut Siméon. Qu'arrivait-il donc à l'univers, ou que lui arrivait-il à lui-même?

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Enfin l'affaire des chamois. Ce fut à la mi-mars, quand le soleil chauffe, dégage les futaies. La couche mesurait encore plus d'un mètre, tassée, compacte. Elle s'évasait en entonnoir autour de chaque tronc. Et là quelques pousses perçaient déjà l'ancien terreau.

A cette époque les cornus circulent en quête de pitance car ils en ont été longtemps réduits aux lichens, au vert des sapins.

C'est ainsi qu'un matin, mettant le nez dehors, Siméon s'arrêta pile. A courte distance, immobile, un groupe de chamois. Trois femelles et trois jeunes.

Les bêtes le voyaient, aucun doute, car elles tournaient toutes ensemble la tête de son côté, leurs fines oreilles dressées, les prunelles globuleuses brillant dans la bande noire des joues.

L'une des femelles siffla mais sans conviction. Ensuite la harde se déplaça de quelques mètres, elle n'était pas alertée. Sim fut stupéfait. Ni son père ni Joseph n'avaient jamais conté pareille aventure. Peut-être qu'à demi dissimulé par le talus, les chamois étaient trompés? Il grimpa sur le glacis, puis rien ne bougeant se mit debout bien en vue. La manœuvre ne parut pas les émouvoir. Un jeune bêla.

Après vint une chose plus étonnante encore, incroyable, comme les histoires aux gosses pour leur faire croire que le monde est bon, plein de clins d'œil et d'amitié! L'une des chèvres sans cesser de le regarder s'approcha suivie de son petit. Elle faisait trois pas, s'arrêtait, repartait, l'échiné souple, le poitrail saillant et ses deux hautes cornes en point d'interrogation. Bientôt elle fut assez près. Alors elle donna de la tête dans le flanc du chamoiseau, le poussant encore du côté de l'homme. Il s'avança, hésitant, puis tendit vers Siméon un museau humide, tout neuf. Son regard plongea sans obstacle dans un autre regard innocent ombragé de longs cils couleur paille. Toute inquiétude, toute sombre alternative en étaient bannies. Il semblait qu'un temps perdu se trouvât pour quelques secondes ressuscité.

La mère émit un chevrotement. Elle paraissait satisfaite, arrivée à ses fins. Le petit fit demi-tour. La harde l'observa encore puis se dirigea vers le couvert. On entendit de ce côté-là pendant longtemps craquer les branches.

Siméon s'assit sur la neige, les coudes sur les genoux, les paumes jointes, la tête inclinée, dans la position qu'il préférait pour remuer les souvenirs ou les idées. Il médita sur l'étrangeté de cet incident, son caractère insolite. Cela n'aurait jamais dû se produire et pourtant cela s'était produit. Encore une fois que se passait-il?

De tels mystères le troublaient. Sur quoi l'épicéa joua un nouvel air de flûte."

Certaines personnes possèdent un étrange pouvoir, un fluide, des ondes bienveillantes qui semblent leur faciliter le contact avec les animaux…

 

Siméon tente une explication sur tout ça en racontant à Sarah (son amie Sicilienne) l'hiver de solitude qu'il a passé, caché, dans la montagne :

"Cet hiver, tu ne peux pas savoir, j'étais comme un roi…/…. des renards... même un blaireau. Les chamois sont passés plus d'une fois! A la fin ils venaient quasiment me brouter dans la main. On ne les trouve plus, ils sont remontés.

Montre-la-moi donc, ta main...

Sarah fit un examen minutieux. Sa chevelure lui retombait sur le visage comme un voile épais.

Tu as le signe! Peu d'hommes l'ont.

Quel signe? Sorcière que tu es!

Elle éluda :

Les bêtes en savent plus sur toi que tu n'en sais toi-même, Siméon. Elles t'ont traité comme sur la montagne du paradis, comme leur père et leur mère! On lit ces histoires dans les vieux livres.

Tiens... regarde Duc! Regarde ses yeux!

En effet, le chien fixait le maître, et durant quelques secondes;  Siméon lut dans les prunelles marron autre chose que la soumission. Une expression lointaine, ambiguë, aussi troublante que celle de ces nouveau-nés qui savent tout, se souviennent de tout, jugent... Mais   ici l'homme était absous. Puis la lueur s'effaça et il resta un humble corniaud, remuant la queue."

 

Ce dernier passage me trouble beaucoup. Comment expliquer les magnifiques liens qui unissent parfois homme et chien? Comment expliquer que je me sente obligé d'exprimer dans ces pages, en ce jour anniversaire de la mort de mon petit Epagneul (Cavalier King Charles), la complicité qui m'unissait à mon compagnon des bons et des mauvais jours. Compagnon de "petites" randonnées (10 km maxi!), compagnon "pot de colle", toujours présent, toujours affectueux… Comment expliquer que cette petite boule de poils passait des heures à scruter le Tabor de Matheysine, assis bien droit et immobile, dans la cour de notre maison aux Gonthéaumes lorsqu'on lui disait que j'étais "en montagne"?

A la fin de sa vie son petit cœur était bien fatigué, il avait du mal à passer les lacets de la route des Creys, mais en esprit je suis certain qu'il était à mes côtés, courant la montagne, le nez au vent…

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Heureux petit compagnon de cordée ton âme (les chiens ont une âme, c'est certain!) flottera à jamais, bienveillante et amicale, entre l'Oreille du Loup et le roches de Chamoissières...

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D'ailleurs je l'ai rencontrée non loin de là sous la forme d'une petite hermine curieuse qui doit encore épier le randonneur de passage puisque ton nom officiel, mon petit père était : Rousty de la …Grande Hermine…

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Résumé du roman décrit sur la 4ème de couverture du livre :

A part le combat légendaire d'un certain Béatus contre la redoutable  « Vouivre » qui jadis désolait la région, l'affaire Icart-Raccard, laquelle à  propos d'un mélèze abattu coupa définitivement le pays en deux clans  rivaux, il ne s'est rien passé depuis des siècles dans la Vallée de Saint-Béat.  Des générations de montagnards, uniquement occupés de leurs troupeaux, y ont accumulé des milliers d'existences rudes, naïves et libres  sans attirer l'attention de l'Histoire.

   Mais les temps sont révolus. Ce monde perdu, anachronique, est  découvert par un puissant groupe financier qui, à coups de chèques et  de caterpillars, va bouleverser les décors, et les âmes, et tirer de l'humble  vallée la grande station sportive d'Édenberg, l'une des premières  d'Europe.

   C'est la chronique de cette mutation, d'une « civilisation de la vache »  aux modes d'activité modernes, qui fournit la trame de ce roman, à  travers une foule d'épisodes où le drame et la comédie se mêlent intime ment, animé aussi d'une multitude de personnages inoubliables... le  facteur Lavanche, le curé Burnier, M. Stenn, le Directeur général du  C.I.E., Oltresaxo, le vieux braconnier, Sarah la sicilienne, Amat Penne le  Talleyrand de village, la séduisante Hélène Colline... Et les dominant toutes, la puissante figure de Siméon Icart, du « Dernier des Hommes », du «Fou d'Édenberg », fou de justice et de liberté, en qui s'incarneront peu à peu des forces vraiment cosmiques, en tenant tête, tout seul, à l'opinion, aux foules déchaînées.

Ce livre polyphonique, où la nature, l'homme, l'animal, la pierre elle-même sont traités avec la même attention poétique et la même perspicacité, où l'esprit et la sottise, l'amour et la haine, se heurtent parfois avec la dernière violence, entraîne le lecteur dans les ambiances et les milieux sociaux les plus divers, cabanes de bergers, conseils d'administration, boîtes de nuit, alcôves et solitudes neigeuses.

Samivel n'avait publié que des études, des récits et des nouvelles. Voici, tout à coup, un grand roman, un vrai.

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Le col de Côte Belle

 

Certes une randonnée vers le col de Côte Belle n’est pas une grande aventure… Cependant cette agréable balade reste un grand classique pour les randonneurs qui " font " le GR54. Le plus souvent ils viennent de Valjouffrey, enjambent le col de Côte Belle, passent la nuit au gîte de Valsenestre puis se lancent à l'assaut du col de la Muzelle…

Pour aujourd'hui, service minimum : nous nous contenterons d'un simple aller-retour au départ de Valsenestre. Trois petites heures de grimpette aisée (2290-1300=990 m de dénivelée) qui nous permettrons de prendre un bon bol d'air, de deviser gentiment en suivant un sentier facile et bien aménagé tout en admirant de magnifiques paysages et de curieuses "forêts pétrifiées" formées par d'audacieux amoncellements de lames de schiste.

Tout d'abord le large chemin suit le Béranger… Au niveau d'une bifurcation évidente nous laisserons le sentier qui mène au col de la Muzelle pour pénétrer dans de profondes gorges entre les combes des Echarennes et d'Aillot. Les agents de R.T.M (Restauration des Terrains de Montagnes) aménagent ici en ce mois de septembre 2011 de curieux barrages en bois et paille. Ces structures "réversibles", à la différence des digues en béton trop rigides, résisteront peut-être mieux aux fougueux déferlements des crues de printemps du Béranger qui dans un incessant cycle alternant obstructions et brutales chasses d'eau ravagent les terrains friables et schisteux de la gorge.

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Il ne faut pas s'engager au fond de ces gorges, prenez un sentier à gauche dans le talus. Traversez une forêt aux essences assez variées. (Quelques arbres, particulièrement beaux sont marqués dans le cadre de la conservation de la biodiversité.)

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Le vue se dégage peu à peu et le sentier débouche dans des pentes herbeuses. Le cheminement est rapidement plus "aéré" et la nature du terrain change. On rencontre bientôt les premières lames de schiste plantées vers le ciel, bien parallèles, comme au garde à vous!

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Le pic du Clapier du Peyron, le col de La Muzelle et à l'extrême droite La Roche de la Muzelle sont magnifiques dans le soleil. (D'ailleurs le col de La Muzelle commence à me tenter : tous ces minuscules lacets marqués d'un peu de neige s'accrochent à une pente qui semble, d'ici, terrible et sont bien alléchants…)

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Les lames de schiste sont de plus en plus étonnantes. Parfois elles me font penser à d'immenses livres ouverts tombés d'un rayonnage… leurs immenses pages pétrifiées pour l'éternité…

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Un peu plus loin le sentier semble transpercé par de formidables lances. Ces hérissements naturels seraient-ils là pour nous dissuader de passer?

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Sous ces amoncellements instables j'ai un instant de doute : quelle est la probabilité qu'un avion passe le mur du son au moment précis ou nous allons passer? Ce serait bien dommage, je n'aurai pas le plaisir de relater cette balade!!!

Le destin nous a été favorable… et nous voilà au col.

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Un petit troupeau nous souhaite la bienvenue par quelques bêlements intéressés (On aurait du amener du sel pour lier amitié).

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Un rayon de soleil, une brebis esseulée en contre jour et une bizarre luminosité étrangement "digérée" par mon petit Fuji X100 : il n'en faut pas plus pour être heureux de cette belle journée de promenade.

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19 mai 2012

Deux expositions d'aquarelles de Gilbert Skorski en 2012...

Attention, attention !

Avis à la population !

Le père du célèbre alpiniste matheysin Glandu, Gilbert Skorski, va à nouveau nous entrainer dans le monde enchanté des lumières changeantes de nos montagnes…

 

Glandu faché

 

En dangereux récidiviste, Gilbert Skorski, après son exposition à l’hôtel de ville de La Mure fin 2010 nous propose, non pas une, mais deux nouvelles opportunités de nous imprégner de l’atmosphère tendre et chaleureuse qu’il arrive si bien à installer dans ses œuvres !

En avant première voici les affiches annonçant ces deux expositions d'aquarelles :


Expo Corps 2012


Expo Devoluy 2012


Si vous avez la possibilité d’aller voir ces expositions n'hésitez pas!

Dans le cas contraire visiter le site: "Aquarelles de montagne, souvent de sports de montagne, d'un natif du pied de l'Obiou" .

En voici l'adresse :

http://aquarelleobiou.blog4ever.com/blog/index-467068.html

Pour vous donner l’eau à la bouche…

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20 mai 2012

le col de la Muzelle au départ de Valsenestre

C'était en septembre 2011, quelques jours auparavant, il avait neigé en altitude… Nous étions en promenade vers le col de Côte Belle et la journée était splendide.

Le cheminement très agréable entre les étranges feuillets de schistes, le spectacle toujours renouvelé de la montagne à l'arrivée de l'automne, la chaleur du soleil, la caresse subtile d'un petit vent juste un peu rafraîchi par les glacières dispersées là-haut entre la Roche de la Muzelle et la pointe Swan…tout était harmonie.

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Cependant tous les cinquante pas nous nous retournions pour regarder un fin zigzag couturant une bande de marne pincée entre le pic du Clapier du Peyron et la Roche de la Muzelle ! Déjà dans nos têtes le programme de la prochaine balade était fixé : Ce sera le col de la Muzelle depuis Valsenestre…

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Ce sentier torturé, dessiné par un géomètre en goguette, est bien alléchant. La pente, de Côte Belle, semble extraordinairement raide. Nul doute que si on parvient à grimper par là on gagnera un gallon dans la hiérarchie des randonneurs ! Aujourd'hui on s'échauffe et demain on relève le défi.

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Voilà comment on se retrouve un peu plus tard à suer dans la petite centaine de "tournicotis" qui balafrent audacieusement la montagne en direction du col de la Muzelle.

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Mettons tout de suite les choses au point. Cette randonnée n'est pas difficile, comme souvent en montagne les passages sont plus faciles qu'il n'y parait. (Lorsque vous montrerez vos photos il ne faudra surtout pas le dire !).

Donc départ de Valsenestre, progression le long du Béranger et à la bifurcation du GR54 tendez le bras à gauche pour suivre le ruisseau des Combes . Rapidement vous rencontrez un point d'eau à la Fontaine de Langouna. Le sentier permet, alors, de prendre assez rapidement de l'altitude.

La lumière du petit matin n'est généralement pas très favorable :

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Ce soir, par contre, l'ambiance sera bien différente :

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Peu de lacets dans cette première partie de randonnée, et presque toujours en point de mire cette étrange bande de lias schisteux sombre pincée entre le granite du Clos Peyron et le gneiss de La Muzelle. (J'espère ne pas me tromper, je ne suis pas fort en géologie…)

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La marche est aisée, rapidement vous croiserez la cabane du Ramu.

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Derrière vous le Pic de Valsenestre sort de l'ombre brumeuse du petit matin…

Petit à petit le sentier gagne le pied du "mur" de lias . L'effet de perspective le tasse et il a moins fière allure maintenant.

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Il ne reste plus qu'à suivre le sentier et de zig en zag vous déboucherez au niveau de la brèche à 2625 m d'altitude…

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La vue est toujours très belle vers le sud

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Et vraiment exceptionnelle vers le nord..

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Belle récompense au col en découvrant le lac de la Muzelle, le refuge blotti sur ses berges et au loin les toits de Bourg d'Arud

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07 octobre 2012

Le col des Sept Laux

La riche vallée de l'eau d'Olle est déjà en elle même une belle "promenade automobile". Les aménagements hydroélectriques et la proximité de la station de sports d'hiver de Vaujany ont certainement drainés ici des moyens financiers conséquents et les communes d'Allemond, à proximité de la retenue du lac du Verney et du Rivier d'Allemond un peu plus loin en ont profités. Cependant dans ces pages on a toujours préféré arpenter des territoires un peu plus "sauvages"!

Donc nous laisserons la voiture sur un tronçon abandonné de la RD 526 un peu avant le défilé de Maupas… On trouvera ici un GR de pays qui nous emmènera jusqu' à Fond de France via le col des Sept Laux (2164m). Le sentier longera de nombreux et beaux lacs d'altitude, judicieusement aménagés, ils servent de réservoirs hydrauliques. Cependant tout semble ici naturel et aucune dégradation esthétique n'est à déplorer.

Plan 7 laux

Le début de la promenade est assez raide et le sentier monte rapidement vers le lac de La Sagne entre la Grande Roche et le pic Bunard.

La Sagne

Départ : 1207m arrivée : 2060. L'échauffement est rapide… Heureusement tout au long du chemin on peut admirer un magnifique paysage et des roches polies par une érosion typiquement glaciaire.

Grande Roche tete Homme

Déjà, en ce début septembre, les couleurs de l'automne s'installent sous Grande Roche et la Tête de l'Homme...

Il n'est pas rare de rencontrer des bouquetins le long du sentier. Leur hardiesse est vraiment impressionnante.

bouquetin1

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Le bouquetin est un des animaux les plus spectaculaires de nos montagnes. Longtemps menacé d’extinction, il est actuellement protégé et réintroduit de Suisse dans les massifs de Belledonne, des Ecrins et du Vercors. Merveilleux grimpeur (plus encore que le chamois!) le bouquetin affectionne les pentes escarpées et les falaises exposées au sud l’hiver.

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Celui-ci est joliment décoré : ce marquage aide à son repérage et facilite les études de réintroduction dans le massif de Belledonne.

Une fois le lac de La Sagne atteint la promenade devient extrêmement facile. Le sentier serpente gentiment sur un terrain pratiquement plat et le lac de La Corne est vite atteint. Un joli chalet agrémente ses berges.

La Corne

Mais ici point de berger, il s'agit d'une construction utilisée par EDF.

Chalet la corne

C'est une véritable constellation de lacs qui parsèment les magnifiques montagnes des Sept Laux entre Oisans et Grésivaudan.

Voici, par exemple le lac de Cottepens

Cotepens 2

Cotepens

A côté du lac de Cottepens, le lac de La Motte…

Cotepens La Motte

Refuge des 7 Laux

Dans le prolongement du lac de Cottepens : le lac Carré, et sur ses berges, un chalet EDF.

Chalet EDF Carré

Il n'est pas rare de rencontrer des pêcheurs le long des berges et la première fois que l'on aperçoit une canne à pêche dépasser d'un sac à dos … on croit avoir la berlue!

Cette randonnée n'est pas difficile et si la chance vous sourit vous n'aurez pas comme moi, à doubler quarante bipèdes bavards armés de quatre vingt bâtons caillassant copieusement les pauvres marcheurs solitaires en quête d'un peu de tranquillité…

Quelle plaie que ces groupes bruyants. Quel plaisir peut-on trouver à randonner ainsi ? Les pauvres ne pourront apercevoir aucun animal, s'imprégner de l'atmosphère des petits matins ou savourer les lumières changeantes… Pire encore ils dérangent le fragile équilibre de ces lieux : les "gros poilus" détalent en usant leur réserve énergétique si chèrement acquise, "les petits poilus" s'enfouissent durablement dans leurs cachettes, perdant le bénéfice des meilleures heures de la journée, les "emplumés" abandonnent les nichées etc etc…

Ici le pas devrait se faire léger, léger…

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