05 juillet 2015

La montagne défigurée...

 

Le Grand Serre est une belle montagne du sud Isère. Une crête pure et vierge se découpant sur l'azur des ciels d'été. Des flancs immenses et raides boisés en bas et nus en haut…

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Un paysage qui a su attirer et retenir Olivier Messiaen (1), Robert Doisneau (2), qui a arrêté la marche de Raymond Depardon (3)  dans sa quête des plus beaux paysages de France…

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(Photo prise en mai 2014 sur les pentes du grand Serre)

Quelle chance nous avons d'habiter un si beau territoire!

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Ce paysage fait le bonheur des hommes depuis toujours. Il y a là une harmonie subtile et gratuite qui attire le regard, une alchimie discrète qui fait surgir en nous des petits riens de joie dans le quotidien lorsque nous levons les yeux là-haut…

La légende dit que le bois qui habille la montagne a la forme d'un aigle en souvenir de l'épisode historique de la célèbre rencontre entre l'empereur de retour de l'ile d'Elbe et des troupes royales le 7 mars 1815.

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"Soldats du 5ème, je suis votre empereur. Ne me reconnaissez-vous pas ? S'il en est un parmi vous qui veuille tuer son empereur, me voici!"

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Du haut du Grand Serre bien plus de quarante siècles contemplent la prairie de la rencontre…

Donc nous habitons un beau pays et nous vous offrons ce paysage à vous tous, gens de passage, touristes, estivants! Et…

Et vous auriez pu emporter tout ça dans vos souvenirs, en parler-en autour de vous, et revenir nombreux irriguer de votre calme et respectueuse présence l'économie touristique moribonde du plateau Matheysin…

 

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Malheureusement un jour on a vu grossir une verrue au front du Grand Serre : Un chalet avait "intelligemment" été positionné en pleine bise à l'extrémité nord de la crête … Peu de temps après un chirurgien malhabile (certainement pour extirper ce cancer esthétique) a lacéré de plusieurs coups de scalpels la virginité des flancs de la montagne…

 

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Tout est ravagé. Le bel équilibre esthétique du Grand Serre est définitivement ruiné pour des générations et des générations… Mais que voulez-vous ces "aménagements" devaient être absolument essentiels pour l'alpage du Grand Serre…

 

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Questions :

Ce chalet (et surtout à cet endroit!) était-il obligatoire?

Cette piste étaient-elle essentielle à la vie des alpagistes?

Existe-t-il un autre accès?

Combien ont couté ces travaux? qui a financé?, quels sont les retours sur investissements espérés?

Cet aménagement m'a littéralement rendu malade! J'ai vraiment eu un haut le cœur en voyant "mon" Grand Serre estropié, massacré, sacrifié sur l'hôtel du "développement économique" mal compris.

Je suis triste et en colère de voir, petit à petit, ce pays se détruire par l'intérieur. Des années durant les Matheysins ont pleuré leur mine. Ne tournant jamais vraiment la page, ils ont toujours attendus des aides, des subsides ou qu'un "magicien" venu d'ailleurs leur propose une alternative miraculeuse permettant de créer des emplois, de l'activité, de la vie sur le plateau. Délaissant leur patrimoine, négligeant totalement l'environnement, laissant "aux autres" le soin de les sortir de la crise.

Et avec quels résultats!!! Des échecs retentissants comme la station de Super Saint Honoré ou le soi-disant projet d'implantation de Télétech à Saint-Théoffrey (par exemple)…

Quel bonheur ce serait de pouvoir ancrer dans ce territoire une véritable volonté d'accueil! Il ne s'agit pas de se lancer dans un tourisme de masse dévastateur, mais plutôt d'imaginer un aménagement tranquille et continu. Il ne faut rien attendre des "plans", des "investissements", des "projets" organisés par nos élites… s'ils ne sont pas accompagnés par chacun d'entre nous…

Il faudrait plus de volontés individuelles, de travail au quotidien, de persévérance dans les efforts d'accueil. Au lieu de cela, il faut constater que d'année en année la situation se dégrade malgré les opportunités sensationnelles que nous offre la nature (les lacs, la montagne, le paysage) et les outils comme le "petit train" SGLM, la Mine Image, le musée Matheysin, la gastronomie, la route Napoléon…

Que de filons à exploiter, que de pistes à explorer, à associer…

J'ai interrogé de nombreuses personnes ayant parcouru la route Napoléon. Pour l'essentiel des Bretons en vacances pratiquant la randonnée le camping ou tout simplement des touristes en découverte de belles régions, à l'affût des beaux paysages ou d'histoire…

Toutes se souviennent de leur passage sur le plateau mais personne ne savait que cette région s'appelait "Matheysine"...

Toutes se souviennent des façades lépreuses longeant la route délabrée mais peu de monde se rappelle avoir côtoyé un chapelet de lacs et de riches roselières…

Toutes ont remarqué le laisser-aller chronique, le manque d'entretien, et globalement l'état d'abandon généralisé…

Aucune n'a entendu parler des musées (de La Mure ou de La Motte d'Aveillans), du "petit train" de la Mira, de la Pierre Percée… de la présence en ces lieux des années durant d'Olivier Messiaen ou d'ailleurs de quoique que ce soit qui aurait pu les retenir quelques jours…

Je suis bien conscient que les temps sont durs pour beaucoup, qu'il est souvent difficile de joindre les fins de mois. Mais pour d'autres… Alors que diable ! Quelques fleurs devant la maison (des œillets d'inde, des soucis, des géraniums issus du bouturage). Un petit coup de pinceaux sur les volets. Tailler avec soin la haie, tondre les bas-côtés, désherber les parterres. Et surtout éviter les amoncellements de cochonneries un peu partout… Ce serait déjà un bon début !

Bien je suis en colère! Loin de moi l'habitude de juger à l'emporte-pièce mais franchement c'est devenu, pour moi, un véritable crève-cœur que de voir année après année ce pays s'autodétruire.

Je lance un concours. Les premiers résultats seront publiés en fin d'année 2015. Le plus beau "fourmoura"(*) du plateau sera publié dans ce blog et son propriétaire recevra un lot: une carte d'accès gratuite et permanente à la déchetterie (par exemple).

Tout n’est pas perdu pour autant! Avez-vous remarqué les efforts effectués à La Mure? L’entrée nord est transfigurée, les abords de la Jonche sont bien embellis. Les rues du centre, les Bastions, bénéficient de divers travaux de réhabilitation. Le Breuil est fleuri… Bientôt, je l’espère, le parvis du château sera aménagé. Pourvu que l’élan initié ne retombe pas et qu’il soit accompagné par chacun de nous…

(*)Fourmoura : mot patois désignant un tas de fumier, de saletés.

A suivre…

 

(1)   L'œuvre d'Olivier Messiaen est fortement marquée par les influences esthétiques qu'il a vécues en Matheysine entre le Grand Serre (le mont chauve), les lacs et leurs roselières habités par les oiseaux chanteurs.  Au début de certaines de ses partitions Olivier Messiaen "décrit" sa musique :

"Entre la muraille casquée de l'Obiou (au sud), et l'éperon de Chamechaude (au nord), quatre lacs : c'est la Matheysine en Dauphiné. A la fin du grand lac de Laffrey, au pied de la montagne du Grand Serre (à l'est) : voici les champs de Petichet."

"Fin juin, début juillet. Il fait encore nuit. Les dernières vagues du grand lac viennent s'éteindre sous les saules. La montagne du Grand Serre est là, avec ses taches d'arbres au bas de son crâne chauve. Vers 4 heures du matin, la Caille fait entendre son appel en rythme Crétique. Le Rossignol termine une strophe : notes lointaines et lunaires, conclusion brusquement forte et victorieuse, longs roulements jusqu'à perdre haleine …/…"

"Cependant, la matinée avance, et voici une menace d'orage. Le grand lac de Laffrey se partage en bandes vertes et violettes.   …/… Le Grand Serre oppose la descente de sa masse énorme à la montée élégante du vol des Hirondelles de cheminée. Au statisme de la montagne chauve s'oppose encore la mouvance des ondulations de l'eau …/…"

"La nuit vient... 9 heures du soir. Dans le silence grandissant retentit le double appel de la Chouette Hulotte, sauvage et terrifiant. Le grand lac est maintenant faiblement éclairé par le clair de lune. Les silhouettes des aulnes sont toutes noires. Tout s'enfonce dans l'ombre grandiose du souvenir. Et le Grand Serre est toujours là, au-dessus de la nuit..."

 

(2)   Robert Doisneau a passé quinze Noël avec sa famille et de nombreux amis à Laffrey (de 1951 à 1965). Un livre "Les Alpes de Doisneau" a été édité par le musée de l'Ancien Evéché de Grenoble. On peut y admirer de nombreuses photographies prises à Laffrey.

 

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(3)    Depardon

 

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Le secret de la dernière restauration de l’église de Pierre-Châtel enfin percé !

 

L'église de Pierre-Châtel est visible de fort loin…  Située à Feyteny elle surplombe le village…

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Depuis la pose de la première pierre le 21 juin 1896 en présence de Monseigneur Fava elle a subi les assauts du temps qui passe, des rudes hivers matheysins, des étés caniculaires et son entretien a du causer beaucoup de soucis à la longue série des équipes municipales qui se sont succédées depuis cette date. C'est le lot de nos petites communautés!

Il aura fallu, certainement, bien des efforts, de nombreux dons, énormément de bonne volonté pour la maintenir en état. En cette période de "crise", de caisses éternellement vides, de priorités, d'arbitrages budgétaires serrés, le problème du financement des réparations est certainement un casse tête douloureux…

C'est un travail souvent ingrat et il faut sincèrement remercier les membres de l'association pour la restauration de l'église de Pierre-Châtel pour leur action. Cependant je pense avoir découvert le secret qui a permis de trouver les fonds nécessaire à cette récente restauration.

A Pierre-Châtel quelqu'un a eu une idée sensationnelle : le "sponsoring subliminale".

Définition du sponsor :

Le sponsor, généralement une entreprise aux reins solides finance une cause, une manifestation sportive, une activité artistique etc. etc. en échange d'une publicité ou d'une médiatisation de son action

Et là on frise le génie car dans notre cas il fallait, tout d'abord convaincre un sponsor, et surtout ne pas irriter les susceptibilités ecclésiastiques par une publicité trop grossière. Pas facile… et je suis vraiment impatient de savoir qui a eu l'idée extraordinaire d'utiliser la technique du "message subliminale".

Regardez attentivement ces deux photos, concentrez-vous sur la coloration de l'enduit de l'église et vous comprendrez où je veux en venir…

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Vous avez compris? Eh oui ce petit rappel de teinte violette si particulier, c'est bien la couleur de la vache Milka.

C'est fort, vraiment très fort, maintenant chaque fois que je passe à Pierre-Châtel j'ai envie de manger du chocolat au bon lait du pays Alpin…

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Que c'est subtil… à défaut d'être esthétique!

03 novembre 2015

Le regard d'une brebis

 

 

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Le livre de Paul Fabre : Jean, Berger d’Entraigues, « m’accompagne » souvent en montagne. Je veux dire par là, que tout en marchant, j’essaie de substituer à mes pauvres pensées ou commentaires les plus belles pages de ce magnifique ouvrage. Le rythme lent et régulier de ces marches obstinées vers je ne sais quel but ont l’avantage de stimuler ma mémoire défaillante et je me surprends à pouvoir en mémoriser des phrases entières… Et puis parfois le hasard fait des merveilles:

Des brebis dans le brouillard. Elles semblent nerveuses, aucun berger, aucun chien. Le vallon ne raisonne que des sonnailles et des bêlements précipités de la troupe en déroute.

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Je sens comme un malaise dans ce désordre, et au détour du chemin, derrière un gros rocher, je tombe sur une brebis empêtrée dans un filet de parc. La pauvre bête est terrorisée, les pattes bloquées et le cou noué dans ce piège elle se croit perdue… Mon arrivée ajoute à son désarroi. La pauvre bête se débat encore plus…

Tout d’abord essayer de la calmer puis la maintenir sur le dos et essayer de desserrer cet invraisemblable imbroglio. Un bon quart d’heure de bagarre avec ce foutu nylon, la brebis s’amollit peu à peu mais brusquement le cou se dégage, les pattes suivent enfin. La voilà sur pieds, elle titube et s’écarte. Je pense que tout va s’arrêter là. Mais elle se retourne et me regarde… une minute peut-être!

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Le temps parait long lorsqu'il faut soutenir le regard un peu vide d’une brebis… Tout à coup elle émet un étrange bêlement, lent et saccadé. Elle s’éloigne puis se retourne à nouveau et finalement rejoint lentement le reste du troupeau un plus haut dans la brume et se noie dans un néant cotonneux.

C'est à ce moment qu'il me revient à l'esprit ces magnifiques mots de Paul Fabre:

(voir aussi l'article de ce blog intitulé "Paul Fabre: Jean, berger d'Entraigues")

 

"Si les moutons et les brebis pensent un peu, que pensent-ils de nous, qui les importunons avec d'obscures disciplines? // Pourtant, la nuit, si le ciel devient noir et si la peur semble monter avec la plainte des chouettes et le tambour des gros rochers qui dégringolent dans la Combe, ils ruminent en paix quand ils nous aperçoivent près du jas, du jas fleuri de leurs regards aux lueurs pâles. // Le jour, certains d'entre eux viennent avec de l'amitié dans le désert de leurs prunelles."

 

Je pense que des liens de complicité peuvent unir bêtes et hommes et que des ondes bienveillantes et positives nous relient en un va et vient fraternel. Cependant je dois convenir que ces moments de complicité ne peuvent égaler les liens extraordinaires que l'on peut tisser avec son chien…

Paul Fabre l'a écrit en parlant de son labris "Faraud":

"Il est plus près de moi que les brumes ovines. Un monde étrange, impénétrable à nos sens d'à présent où doivent, certes, palpiter des clartés brèves (de crépuscule ou d'avant-jour), des lueurs vertes comme des feux follets sur les troncs pourrissants, ou comme celles des lucioles d'Orient sous les nuits chaudes."

Pour autant, même si nous humains, avons perdu beaucoup de l'intuition et de l'instinct des bêtes ils y a bien une certaine magie dans ces éphémères moments d'harmonie…

Paul Fabre décrit remarquablement ces instants de connivences:

"J'ai présenté un peu de sel à cette douce. J'en ai toujours quelques poignées dans l'abrassa, en prévision de ces petits bonheurs. Dans le creux de ma main, timidement, la langue rose a pris la friandise, comme on cueille une fleur qu'il ne faudrait pas abîmer. Gentillesse des bêtes, dès que la peur de nous les abandonne ! Elle avait d'abord fait un bêlement fragile, terminé en cassure.

Quand les brebis retrouvent dans leur gorge cet appel aux agneaux, c'est qu'elles sont inquiètes ou contentes. Sans m'arrêter à supposer que celui-là n'était que flatterie de quémandeuse, j'ai eu ma part de ce contentement.  // C'était une caresse délicate, humide, lisse. L'haleine tiède frémissait avec les lèvres. Et dans mon âme j'éprouvais qu'être croyant, quand on est parvenu à mieux chérir les créatures, ce doit être avant tout se sentir inondé d'obscure adoration, de gratitude silencieuse, irraisonnée, abandonnée, envers un Créateur."

J'espère que ces quelques extraits vous donneront l'envie de lire en totalité le livre de Paul Fabre "Jean berger d'Entraigues ".

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J'aimerais tellement que cet ouvrage puisse être réédité… Mais trouverait-il des lecteurs? Notre époque n'est décidément pas propice à l'élégance, la délicatesse et à la complexité des émotions exprimées dans ces pages…

Et puis, de toute façon, quel est l'avenir du pastoralisme de montagne entre les écologistes intégristes, les intérêts financiers et touristiques, la mondialisation et les directives Européennes?

Ce mode de vie se meurt. Nous sommes certainement les derniers témoins de ces pratiques d'élevage.

Décidément : "Je suis venu trop tard dans un monde trop vieux."

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Vers le lac et la brèche Gary.

Dans cet article j'ai envie de vous inciter à faire une jolie balade qui vous emmènera vers le Lac et la brèche Gary.

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Nous partirons d'Entraigues et, pour commencer, nous grimperons par le joli sentier des combes Robert. Peut-être, comme moi, vous aurez la chance d'y rencontrer des chamois…

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Puis à une bifurcation évidente nous délaisserons le chemin qui se dirige vers jas des agneaux et la fontaine de la géline (que ces dénominations de noms de lieus sont jolies!) pour emprunter une vague sente qui serpente le long des flancs sud du Vet.

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Cette portion de la randonnée se fera un peu au feeling. Il faudra suivre votre instinct de marcheur et les drayes laissées par les moutons (les bêtes sont intelligentes et prennent toujours le cheminement le plus commode). Et garder en point de mire l'Arcanier…

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Jusqu'à la cabane du Vet c'est le calme plat.

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La marche est aisée et vous vous reposerez des efforts fournis pour avaler les quelques 1000 mètres de dénivelée gagnés sur le sentier des combes. Prenez une bonne gorgée d'énergie car il restera encore 500 d'altitude à vaincre pour atteindre Roche Moutte

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et 400 supplémentaires pour enjamber la brèche et basculer vers le lac Gary…

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Votre récompense sera là, devant vos yeux:

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Le lac Gary (en forme de cœur en cette fin septembre) et un peu plus loin l'impressionnante face nord de l'Olan.

Cette randonnée ne présente aucune difficulté particulière. Elle est simplement un peu longue. N'hésitez pas à vous lever tôt et à partir au point du jour.

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J'ai une façon très particulière de consigner les randonnées que j'archive dans mes vieux classeurs d'écolier…

Le dossier de la randonnée est généralement constitué d'extraits de cartes IGN ou de copies d'écrans du Géoportail 3D, de photocopies de guides, d'informations issues d'internet et quelques annotations personnelles.

A mes yeux la difficulté du parcours, la dénivelée ou la durée de l'étape sont, certes, des facteurs importants puisqu'il ne faut jamais présumer de ses forces (surtout si elles sont vieillissantes) mais ils ne sont jamais déterminants. Une belle journée de marche facile est un régal si l'atmosphère des lieux vous convient. Un "exploit" d'altitude ou de difficultés techniques ne vaut que parce qu'il correspond à un besoin de sortir des sentiers trop parcourus…

Mes balades sont donc classées de la façon suivante:

Montagne à vaches/à moutons/à biquettes/à chamois/à bouquetins… Et si la dénivelée ou la longueur du parcours dépassent (disons 2000m ou 8 heures de marche). Je note que ce n'est pas une randonnée de feignant…

Voilà, c'est tout il et je pense qu'il n'y a rien à ajouter pour le côté "estimation technique". Mais il reste l'appréciation subjective et là c'est plus coton. Comment exprimer en quelques signes typographiques l'indéfinissable?

Il suffit d'un rayon de soleil pour enchanter un vallon et sauver une journée de mauvais temps. Une rencontre furtive avec un chamois, un bouquetin ou une jolie randonneuse illumine la plus triste des combes. Le paysage est à l'image de votre état d'esprit du jour et, alors, l'harmonie s'installe ou pas!

Et au retour comment écrire ce qu'il restera en mémoire : arrière-goût ou bonne persistance en bouche?

Tout ça pour vous dire que la randonnée Entraigues - les Combes Robert - Le Vet – la brèche et le lac Gary plus retour rentre dans la catégorie "montagne à moutons/pas pour les feignants."

Pour moi, cette randonnée est belle aussi, parce qu'elle me rappelle mon chien Gary disparu après seulement 4 ans de complicité… Durant toute la marche il a caracolé à mes côtés, toujours vivant, toujours présent…

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12 décembre 2015

Le col de la Vaurze en partant du Désert en Valjouffrey.

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Cette randonnée sur une portion du Gr 54 "Tour de l'Oisans" est facile et accessible à tous. Elle permet de jolis coups d'œil sur les toits du Désert et pour moi elle sera le moyen de tenir une petite promesse faite au printemps dernier…

Parce qu'une promesse, même petite, c'est important!

Fin mai j'avais discuté un bon moment avec le berger qui préparait l'estive de la cabane de Serveille. Une petite partie troupeau était déjà rassemblée un peu en dessous du Désert en Valjouffrey. Le chien joyeux et bienveillant allait et venait parmi les brebis. Je pense qu'il se présentait à elles et commençait à les discipliner…

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J'ai senti le berger un peu tendu. La tâche allait être rude dans ce vallon délaissé et il faut bien penser que la responsabilité est grande, la solitude pesante et que la vie de berger n'est en aucun cas la vie rêvée des écrits romantiques…

Je lui avais promis une petite visite en septembre. Et ce 18 septembre me voilà sur le petit pont qui enjambe la Bonne. Le temps est pour le moins maussade mais une promesse est une promesse!

Le sentier, après la Bonne, serpente gentiment entre des murets de pierres sèches puis brusquement attaque les côtes du Rif sous la tête de l'Essart. Les muscles se réchauffent vite à cet exercice malgré la fraicheur du matin.

De temps à autre, au hasard des lacets et des trouées dans le brouillard, on aperçoit les toits du Désert en Valjouffrey.

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Ce soir, le beau temps revenu, la vue sera beaucoup plus belle! Patientez jusqu'à la fin de cet article et vous verrez... (enfin peut-être! car comme votre temps est certainement très précieux vous aurez sans doute "cliqué" ailleurs avant.)

Le ruisseau de l'Echarenne semble diminuer rapidement et disparait souvent dans la brume.

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La montée est assez raide. Le sentier, par endroit peu commode, est cependant bien tracé. La cabane de Serveille surgit bientôt dans le brouillard. Elle est installée sur un grand replat qui domine le vallon d'un côté et le Désert de l'autre.

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Aujourd'hui le confortable abri enveloppé de brume semble abandonné. Tout est étrangement silencieux et calme. Aucune sonnaille, aucun aboiement.

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J'aperçois enfin quelques brebis regroupées au dessus de la cabane. Elles semblent bien seules…

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Après quelques recherches autour de la cabane je décide de continuer vers le col. Avec un peu de chance je croiserai bien le berger sur le sentier.

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Je rencontre encore quelques moutons…

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Mais je ne croise ni berger ni chien!

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Le col de Vaurze est atteint en pleine solitude, le temps ne se lève toujours pas et ma promesse ne sera pas tenue…

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Après une petite pause au col et un vague coup d'œil vers le Valgaudemar je suis redescendu un peu triste vers le Désert. Le temps s'améliore sensiblement et j'aperçois enfin le village en plein soleil.

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Que c'est beau! Quelle harmonie dans ce paysage aménagé subtilement par des générations d'hommes attachés à leur "Pays", respectueux de leur environnement…

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Cette fois le passage de la Bonne se fait sous un beau soleil et la lumière de l'après-midi est magnifique.

J'ai appris au village que le berger avait du redescendre avant la fin de l'estive. Maladie? Conditions trop rudes? Je n'ai pas pu savoir…Silence silence.

Novembre 2015: Je lis dans le Dauphiné Libéré que le loup a frappé du côté de la Chapelle en Valjouffrey. Deux brebis pleines ont été retrouvées égorgées et partiellement dévorées à 500 m du village…

Décidément la vie des bergers va devenir bien compliquée.

Au milieu d'une harde de chamois...

 

Les moments de bonheur sont rares dans la vie et il ne faut négliger aucune de ces heures bénies.

Pour ma part j'ai largement été gâté lors de mes trop courts séjours en montagne et la chance m'a souvent fait tutoyer ce que j'estime être mon idée du paradis.

J'aime aussi essayer de faire partager ces émotions.

Cependant aux yeux de beaucoup tout cela ne représente rien d'exceptionnel et j'ai bien compris que j'ennuyais certains avec mes pauvres petites aventures de randonneur.

Toutefois, si vous êtes arrivés ici et que vous avez eu la patience de lire ces quelques lignes de préambule écrites en amont de ce petit article…

C'est que vous faites partie des personnes sensibles à l'étrange sentiment de plénitude mêlée d'euphorie que l'on ressent au contact des paysages et des bêtes qui peuplent les "hauts pays".

C'est que vous êtes de ce dernier carré d'hommes encore capables d'émotion devant le magnifique spectacle d'une belle harde de chamois, encore touchés par la grâce des cavalcades joyeuses et débridées d'animaux en totale liberté.

Je peux donc vous confier que j'ai pleuré de joie ce matin du 10 septembre ou je me suis retrouvé entouré d'une nuée de chamois tranquilles et confiants.(37!)

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J'ai pris quelques photos.

Elles ne sont pas très bonnes. Ma main a tremblé, le viseur de l'appareil photo était embué et je me suis un peu embrouillé dans les réglages…

Je vous les livre telles quelles.

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J'ai été submergé de bonheur lorsqu'ils se sont mis à tournoyer autour de moi.

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Cavalcade, jeux, cabrioles.

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 Plaisirs gratuits et innocents des animaux libres.

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Un instant je me suis senti des leurs. En équilibre dans ces lieux que j'aime tant, comme adopté par cette communauté animale.

Et puis brutalement une autre pensée m'a envahi : onze grammes (1), onze misérables grammes de plomb pourraient, en un éclair, transformer ces merveilleux animaux en gibier, en proie sanguinolente…

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Eloignez-vous des stupides bipèdes.

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Positionnez vos guetteurs les plus attentifs.

Protégez vos jeunes avec la plus scrupuleuse attention et avec votre incroyable intelligence.

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Comme ce jour ou deux femelles m'ont longuement et courageusement "fixé" pour me détourner de leurs cabris naïfs et benêts.

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(1)   Voir l'article : Le poids du papillon Erri de Luca

lien vers l'article : "Le poids du papillon. Un conte poétique, deux destins parallèles..."

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Le roi des chamois va mourir sous la balle du roi des braconniers :

"Il attendit là, sans bouger, bombant le torse, la balle de onze grammes qui traversa son cœur de haut en bas. Il mourut avant d'entendre le fracas de la détonation, un coup de marteau contre la tôle du ciel"

 

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10 janvier 2016

Vers l'aiguille de la Dibona et le refuge du Soreiller

 

Pour une fois je vais faire une légère infidélité à mes terres de prédilection (Matheysine, Valbonnais, Valjouffrey, Trièves, Dévoluy) pour vous faire partager une petite randonnée dans la très belle vallée du Vénéon vers le refuge du Soreiller et l'aiguille de la Dibona.

Bien! Commençons par l'approche vers le camp de base de l'expédition du jour : le hameau des Etages…

La départementale D530 serpente au plus prés du Vénéon et dessert Vénosc, Bourg d'Arud, Lanchâtra, St-Christophe-en-Oisans, La Bérarde…

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Le paysage est exceptionnel. Le bleu des eaux du Vénéon est vraiment somptueux.

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Avez-vous remarqué cet étrange visage de pierre caché dans les bouleaux?

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Il épie les passants depuis des siècles. Il doit les jauger, aussi! Donc tâchons de nous montrer à la hauteur lorsqu'après avoir enfilé les chaussures nous grimperons vers l'objectif du jour!

Rien que ce parcours en voiture vaut le déplacement. Vous pouvez envisager, à la fois une promenade touristique et une randonnée. Une journée n'y suffira pas et il faudra prévoir de faire étape. Pourquoi pas à Saint-Christophe-en-Oisans à l'hôtel "La Cordée" (ambiance garantie…).

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Surtout n'omettez pas de faire  un petit tour au cimetière de Saint-Christophe-en-Oisans. Il est admirable.

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Je suis toujours ému lorsque j'en parcours les allées. Certaines tombes sont poignantes dans leur simplicité, leur originalité. Il règne en ces lieux une atmosphère singulière.

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 Ici sont rassemblés en un extraordinaire aréopage des montagnards d'exception.

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Pierre Gaspard le magnifique vainqueur de La Meije.

 

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(N'oublions pas Emmanuel Boileau de Castelenau)

 

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Emil Zsigmondy.

Des familles de guides aux noms très connus :

 

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Des marques d'amitiés, de respect…

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C'est le cœur et la tête emplis de l'atmosphère de ces lieux que nous pouvons envisager la petite randonnée du jour.

Car chacun, suivant ses capacités et à son rythme, a bien le droit d'essayer de s'insérer dans le cercle des initiés, des passionnés des hauts pays! (et le jour ou le corps n'en pourra vraiment plus il y aura le rêve, l'imagination et il restera encore de belle randonnée à faire grâce aux forces de l'esprit…)

Chaussettes, chaussures, sac à dos, casse-croûte, appareil photo plus tout le bric-à-brac habituel et en avant marche mauvaise troupe!

Départ du hameau des Etages direction le vallon du Soreiller (le vallon ensoleillé) et le refuge du même nom.

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Beau sentier facile et bien entretenu car beaucoup pratiqué…

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Préparez-vous à un choc… Au détour d'un petit verrou rocheux le long du torrent du Soreiller et à peu près au niveau de la combe de la Balme vous verrez surgir l'incroyable flèche de l'Aiguille de la Dibona.

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Pour mon compte j'en ai eu le souffle coupé… Quel magnifique paysage!

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Petit à petit le vallon s'élargit.

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Bientôt le refuge apparaît.

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Il grossira progressivement et à la mesure de votre ardeur à la tâche…

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Courage, le bel édifice en pierres de taille sera bientôt à portée de main.

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Un grand cirque minéral surplombe le vallon.

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Belle vue sur le massif du Soreiller : Aiguille de la Dibona, Le Plaret, Le pic Gény, La Tête du Rouget…

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En levant la tête vous apercevrez les cordées montant à l'assaut de la Dibona.

De l'autre côté le regard porte vers le vallon des Etages.

 

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vue_du _soreiller.jpgextrait de "GEOL-ALP" (http://www.geol-alp.com), par Maurice GIDON, 1998-2012

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Votre pause pique-nique sera peut-être pimentée par la chorégraphie acrobatique d'un hélicoptère venant se poser sur la minuscule piste d'atterrissage du refuge.

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En redescendant joubarbe, vallon des Etages… et rencontre avec deux vieux messieurs Italiens (secs et noueux comme des oliviers centenaires, cuits et recuits par le soleil d'altitude).

Ils découvrent la Dibona dans la lumière du couchant.

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Nous partageons notre bonheur d'être là, devant ce magnifique panorama, en dialoguant dans un bizarre charabia italien-français-anglais. Espérento de sentier, étrange langue universelle engendrée par notre émotion et le spectacle éblouissant d'une nature magistrale : nous nous comprenons cependant parfaitement et communions dans une fraternelle vision de l'harmonie.

Nous pressentons bien que nous sommes dans la plus belle des galeries d'art, dans le plus riche des musées, le musée des humbles gens sensibles à la pureté des œuvres enfantées par la nature où tout est équilibre, grâce, fragilité et pureté. Mais ici personne ne nous reprochera nos ignorances, notre manque de culture, nos mots approximatifs. Loin d'une approche intellectuelle et verbeuse nous nous rejoignons sur l'essentiel : l'émotion. Nous sommes entre nous, entre initiés, complices et conscients que ce monde vulnérable comme le plus limpide cristal est notre mystique. J'ai rarement partagé de moments aussi chaleureux que lors de cette brève rencontre sur un sentier.

la République d'enfants de Moulin-Vieux

 

Vous avez sans doute déjà entendu parler de la République d'enfants de Moulin-Vieux à Lavaldens, au Pied du Taillefer, sans connaître son histoire, et comme tout le monde vous avez été intrigué par ce nom qui a gardé tous ses mystères.

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Serge Chaloin a longuement enquêté, je lui laisse la parole :

« Quatre années de recherches et de rencontres passionnantes et émouvantes, m’ont permis de reconstituer cette chronique de la mystérieuse République des Enfants de Moulin-Vieux dont mon enfance a été témoin. Je serais heureux que, comme ce fut le cas pour moi, cette héroïque aventure vous touche et qu’elle vous fasse découvrir des événements injustement méconnus. » Serge Chaloin

 

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La souscription étant maintenat close vous pouvez obtenir l'ouvrage dans les librairies et points de vente suivants:

A La Mure : Librairies Artbooks et La Gribouille

A l'Alpe du Grand-Serre : Loulou Sports

A Grenoble : Librairies Arthaud, La Dérive et Le Square

Le Fontanil : Tabac-Presse Gaillard

Ou auprès de l'auteur :

Serge Chaloin - 3, chemin de l'orangeraie 38120 Le Fontanil-Cornillon

(06 16 27 18 63)

Lien vers le bulletin de commande ( format pdf)  :   Flyer_REMV__

Je vous encourage vivement à commander ce livre car je suis persuadé que la lecture de cet ouvrage vous apportera autant de plaisir que j'en ai eu à le parcourir…