25 octobre 2009

Les Gonthéaumes : recherches sur d'anciens travaux miniers...

Quelle agitation en cette fin d’été à Saint Théoffrey… Une entreprise spécialisée dans les forages et sondages éparpille aux quatre coins de la commune d’étranges engins ressemblant à de petits derricks mobiles…

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Les bruits courent, la rumeur enfle. On cherche de l’or, du pétrole…

Voila qui mettrait du beurre des les épinards : le budget communale n’est pas si florissant !

Seulement du rêve à la réalité le chemin est souvent bien long et toute cette effervescence est peut-être aussi synonyme de tracas…

Le plus simple est de demander quelques renseignements au géologue qui encadre les travaux.

La réalité est bien différente : La Matheysine est riche en anthracite et son exploitation s’est développée sur des territoires bien connus.

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Mais on a oublié de nombreux sites de prospection et dans le cadre d’un plan de prévention des risques miniers il a été décidé une importante campagne de sondages sur une vaste étendue du territoire Matheysin. Et il y a bel et bien suspicion de travaux miniers à Saint-Théoffrey et particulièrement aux alentours des Gonthéaumes ! Pour preuve cette carte, certes peu précise, mais comportant de nombreux détails troublants. Elle est certainement antérieure à 1907. (Puisque le nom de Petichat a été transformé en "Petichet" par une décision municipale du 19 février 1907).

 

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Les plus anciens habitants du village se souviennent bien d’une entrée de galerie abandonnée au niveau du chemin qui part de Petichet pour aller à l’église, en dessous et au sud du « rocher » que l’on voit le long de la D113B entre Petichet et les Gonthéaumes. Il est bien tentant de relier ces souvenirs à la galerie Jacob tracée sur la carte.

Il ne reste plus aucune trace de ces travaux : Aucun vestige d'exploitation (razier par ex) ou affaissement de terrain…

La galerie Villard, elle, est plus visible : une petite visite dans les taillis et le petit bois jouxtant "l'arrêt pique-nique" organisé au bord de la nationale à la sortie sud de Petichet permet facilement de trouver un amoncellement de pierres sommairement appareillées.

 

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Il s'agit certainement de l'entrée de la "galerie Villard" que l'on a murée après l'arrêt de l'exploitation.

Un peu plus haut dans la pente on voit assez nettement des affaissements de terrain. Cependant ici aussi, aucune trace de razzier.

 

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La troisième galerie répertoriée sur la carte aux environs des Berlioux est beaucoup plus visible. Son entée, aujourd'hui totalement effondrée, présentait encore il y a trente ou quarante ans des boisages disloqués et branlants.

 

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La saignée d'affaissement est bien nette. Il est impossible de manquer cette grosse balafre!

 

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Les travaux miniers sur la commune de Saint-Théoffrey ne se résument certainement pas à ces trois galeries. Tous les spécialistes qui se sont intéressés, soit à l'exploitation houillère en Matheysine ou à l'histoire locale, semblent en accord sur ce point. Les recherches, fouilles, demandes d'exploitation furent nombreuses et variées…

 

Dans le livre de Jean Garnier "Chronique des mines de La Mure".

 

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on peut lire :

"Saint-Théoffrey : l'exploitation ne dura que de 1843 à 1863 et ne produisit annuellement que quelques dizaines de tonnes."

 

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Dans le livre de Pierre Berthier " Le plateau Matheysin".

 

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on peut lire :

 

CONCESSIONS DE SAINT-THEOFFREY

 

Cette commune a eu quelques demandes de droit de fouilles pour la recherche soit de l'anthracite, soit du cuivre, du plomb, du zinc. Voici une publication par affiche, relative à une demande de concession des mines de cuivre et autres à Saint-Théoffrey.

 

...Vu la pétition régulière, en date du 22 février 1853, enregistrée dans nos bureaux sous le n° 112 par laquelle M. E. Causans, gérant de la Société des Mines et Fonderies des Alpes, dont le siège est à Paris rue de l'Université, 14, demande la concession des mines de cuivre, de plomb et de zinc, argentifères, situées sur le territoire de la commune de Saint-Théoffrey.

 

La concession est limitée :

Au nord-ouest, à l'intersection et séparation des communes de Notre- Dame-de-Vaulx, Saint-Jean-de-Vaulx et Saint-Théoffrey, la route de Gap à Grenoble, à son branchement avec le chemin de Pierre-Châtel et la Fayolle.

Au nord, à l'intersection des communes de Cholonge et de St-Théoffrey ou elle rencontre les chemins des Theneaux à Cholonge.

Au sud, par l'intersection des chemins de Saint-Jean-de-Vaulx aux Gontheaumes et celui des charbonnières de Pierre-Châtel.

A l'ouest, par le chemin de Saint-Jean-de-Vaulx aux Gontheaumes.

Ce périmètre enferme une étendue de 112 hectares 97 ares environ.

 

Voici encore un extrait du livre de Clovis-Henri ANGELIER : Le bassin houiller de La Mure

 

Les petites entreprises.

Les concessions de Puteville, de Pierre-Châtel, des Boisnes et de Combe-Ramis sont aujourd'hui abandonnées. Si la dernière connut une longue quoique modeste activité, les trois autres n'eurent qu'une production très faible, éphémère ou intermittente. La concession de Puteville (216 ha.), constamment exploitée de 1805 à 1913, ne donna plus de 5.000 tonnes par an qu'à partir de 1870. En 1910, les ouvriers en tirèrent 11.000 tonnes. Un chemin de fer la relia même à la voie ferrée de Saint-Georges-de-Commiers. Les réserves étant épuisées, on l'abandonna en 1913. A Pierre-Châtel et Saint-Théoffrey (200 ha.), l'exploitation ne dura que de 1843 à 1863, temps pendant lequel elle ne produisit annuellement que quelques dizaines de tonnes. Un regain de vie donna 12 tonnes en 1912, et la mine fut fermée. L'activité fut aussi intermittente aux Boisnes (77 ha.). Entre 1834 et 1848, de 5 à 8 ouvriers y travaillèrent, à la belle saison…

 

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Enfin le livre de René Reymond "Mémoire de Saint-Théoffrey liste par le menu toutes les demandes d'autorisation de recherches de minerais divers effectuées depuis 1847 dans les limites de la commune.

 

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DEMANDE EN CONCESSION D'EXPLOITER

DES MINES DE HOUILLE AU CREY

 

Le 15 messidor an 12 (4.7.1804) Jacques Froment, de La Motte-d'Aveillans (Les Buttarias) obtint l'autorisation d'exploiter des mines de houille dans une partie de la montagne du Crey, dans les communes de Pierre-Châtel et Saint-Théoffrey, sur une étendue de 8 km2. Après avoir dépensé 30 000 livres en travaux de recherches qui ne lui permirent de découvrir qu'une veine de charbon de 50 cm d'épaisseur, il abandonna sa galerie qui, quelque temps plus tard, s'écroula. Il céda ensuite ses droits à Jacques Pellafol, de Pierre-Châtel (Le Collet). Le nouveau concessionnaire demanda, le 13 octobre 1825, la réduction de la surface à 2 km2 pour bénéficier d'un allégement d'impôts. L'ingénieur départemental des mines, Gueymard, espérait alors que, si un gîte exploitable était découvert, il serait élaboré comme ceux du canton de La Mure "qui sont des chefs-d'œuvre dans les travaux de ce genre". Malheureusement, cette exploitation ne fut pas viable.

 

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RECHERCHES DE CUIVRE, PLOMB,

ZINC, ANTHRACITE

 

La première demande d'autorisation accordée pour rechercher du plomb du zinc et du cuivre remonte au 20.8.1847. Elle fut présentée par MM. Jean Troussier, propriétaire à La Fayolle, et Pierre Blachet, du Péage de Vizille.

Le 4.11.1849, Jean Troussier, seul cette fois, présenta une nouvelle demande.

 

Le 9.3.1851, M. Jean Eyraud, de Grenoble, obtint une autorisation pour rechercher de l'anthracite.

 

Le 13.2.1853, M. Pierre Nevoux, de Grenoble, fut autorisé à rechercher de la pierre à ciment et du charbon. Et la même année, le 17 avril, M. Eyraud obtint une prolongation de deux ans qui fut encore renouvelée. Mais considérant que ses fouilles étaient très imparfaites et sa prospection arrêtée depuis 15 mois, la municipalité conserva le Sr Nevoux pour que la fouille soit complète et que les autres parties de la commune soient prospectées.

 

Le 22.2.1853, la Société des Mines et des Fonderies des Alpes, ayant son siège à Paris représentée par M. E. de Causans et Cie demanda une concession pour recherche de mines de cuivre, plomb, zinc... sur une étendue de 113 ha. Par arrêté préfectoral du 19.7 1855 cette société fut autorisée à faire usage d'un appareil à vapeur de forme cylindrique, d'une capacité de 3 m3 et d'une puissance de 4 chevaux "pour servir à l'épuisement et à l'exploitation de la mine de La Fayolle".

 

Le 24.9.1882, M. J.-B. Piret, "ingénieur-mineur" fut autorisé à rechercher de l'anthracite, mais aussi "fer, cuivre et autres minéraux, eaux minérales".

 

Le 31.8.1901 un permis de fouille fut concédé à M. Prudon, de Lyon, pour recherche de charbon, et pour le même objet, en 1906, à M. Séjourné, négociant à Marseille qui demanda le transfert de l'autorisation obtenue à M. Victor Villard qui obtint une prolongation le 31.3.1912.°

 

 

LES MINÉRAUX

 

Entre les lacs de Petichet et de Pierre-Châtel - versant du dôme de La Mure - ont été signalés des filons de sidérite, avec hématite et magnétite, qui affleurent.

Le gîte de La Fayolle est connu depuis très longtemps pour ses exploitations de fer de zinc et de plomb. Entre La Fayolle et Cholonge furent extraits des galeries les minerais suivants : chalcopyrite, pyrite, cuivre gris ; limonite, sidérite ; galène.

Sur la rive nord, presqu'île du lac de Petichet, nous l'avons dit, fonctionnait en 1860, à tout le moins, un atelier mécanique de la Société des Alpes traitant ces minerais. Des déblais forment souvent les rives dans ce secteur du lac.

 

On peut signaler, aussi, un étrange puits creusé dans la corne nord du lac de Petichet sensiblement au dessus du Miradou. Mal protégé par un grillage détérioré il représente un danger potentiel…

 

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Pourquoi a-t-on creusé un puits à cet endroit ? L'eau ne manque pas ! :  le lac est proche et il semble bien improbable de trouver quoi que ce soit d'intéressant dans l'épaisseur de cette immense moraine…

 

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09 décembre 2009

Historique succinct des Mines en Matheysine

Petit résumé historique de l'exploitation de l'anthracite en Matheysine.

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Le premier texte connu faisant explicitement référence à une exploitation minière du sous-sol Matheysin est daté de 1261.
Il s'agit d'une "déclaration fournie le pénultième novembre 1261 par les habitants de La Mure, devant les commissaires députés par le Dauphin pour la recherche de ses droits…"

On peut y lire que "les bois noirs, alpes…et toutes sortes de mines…étaient de la directe dudit Dauphin et Comte qui en était majeur seigneur."
En 1455 on trouve, enfin, un texte mentionnant clairement qu'il existait une exploitation de charbon aux environs de La Mure. Il s'agit d'un acte du Dauphin Louis II nommant un certain Guillaume de Lacfroid maître-mineur à la réserve des châtellenies de La Mure, Vizille et La Cluze , dans lesquelles pareil privilège avait été accordé à Guillaume Bas… sous réserve qu'il verse la dixième partie des mines exploitées…

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Le Dauphin Louis II
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En 1640 Le Duc de Lesdiguières , pair de France, lieutenant général du Dauphiné décide d'utiliser le charbon de La Mure pour fabriquer la chaux nécessaire aux fortifications de Grenoble.

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En 1768 on creusa la première galerie horizontale sous les ordres du baron de Venterol, seigneur de La Motte. L'exploitation était effectuée sans aucune méthode et les mineurs n'extrayaient que "le quarantième de la masse de houille", les accidents étaient fréquents et graves, le boisage inexistant, la circulation de l'air, et l'écoulement des eaux complètement négligés…
Les habitants disposaient plus ou moins de la libre jouissance du sous-sol de leurs propriétés. "Il a été retrouvé au fond de vieilles caves de La Motte d'Aveillans des galeries fort bien aménagées d'où nos aïeux extrayaient l'anthracite qu'ils brûlaient dans des poêles d'Allemagne".
En tout état de cause la production ne dépassa jamais 4 à 5000 tonnes par an avant 1800. De toute façon la quasi totalité du charbon extrait était vendue en Matheysine et aux alentours immédiats. Les difficultés de transport empêchaient toute exportation lointaine. La route Royale de Gap à Grenoble draina la plus grosse part du trafic. Des magasins furent établis à Pierre-Chatel et Saint Théoffrey. Il étaient alimentés à dos de mulets ou par des chars à boeufs… 

Tout changea avec l'empire et le statut Napoléonien…
La loi du 21 avril 1810 fixa les droits à concessions, organisa et encadra strictement les méthodes d'exploitation.

 

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La première concession fut octroyée le 1er novembre 1805 au Peychagnard à Louis Perrin.

La concession de la Grand'Draye a été accordée le 4 juillet 1806 à Jules Giroud (entrepreneur géomètre à La Mure).

La concession des Bethoux fut attribuée le 18 septembre 1806 à Maître Tremblay (un notaire).

L'association de ces trois concessions fut le fondement de "La Compagnie des mines de La Mure".

De nombreuses autres concessions furent accordées, plus ou moins rentables certaines fermèrent rapidement…

 

01/11/1805 : Combe Ramis (François Dumollard)

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François Dumollard (concessionnaire en 1873- fils du fondateur François Dumolard-le fondateur décédé en 1827)
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1805 à 1813 : Putteville
1815 : La Jonche
1834 à 1863 puis de 1903 à 1906 : Les Boisnes

28/08/1835 : :Les Chuzins ( Henri Giroud)
28/08/1835 : Prunieres (Etienne Badier)
1843 à 1863  : Saint Théoffrey
15/06/1894 : Les Marais (Germain-Bonne, Reynier, Dufour, Berthier)
02/05/1900 : Le Majeuil (Société Vaulxoise)
09/081904 : Serre Leycon (Société Baron, Faure, Reynier et cie)

A la mort de Jules Giroud, la direction de l'exploitation fut reprise par son fils Henri Giroud. Bon gestionnaire, il sut s'entourer de personnes compétentes : Etienne Rolland, Henri Bouvier.

Ces trois filles épousèrent Eugène Chaper, le marquis de Valfons et Gabriel de Reneville…

 

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Henri Giroud
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Eugène Chaper
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 Paul Henry de Reneville
(fils de Gabriel de Reneville)
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Giroud, Chaper, Reneville :

L'histoire des Mines de La Mure se fera essentiellement "jusqu'à la nationalisation "autour de ces trois familles.

 

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Fleuve généalogiques des mines de La Mure : Dessin d'Abel Chrétien paru dans le "Mineur Matheysin" n° 7 août novembre 1947.
Après la guerre la France a un besoin vital d'énergie. La bataille du charbon est lancée.
Le 17 mai 1946 la loi de nationalisation est votée par l'Assemblée Nationale. La loi prend effet le 1er juillet 1947 et, de fait, la Compagnie des Mines de La Mure n'existe plus : la totalité de la compagnie est transférée à un E.P.I.C. (Etablissement Public à Caractère Commercial) qui sera appelé "Les Houillères du Bassin du Dauphiné" (H.B.D.).
Dans le même temps "Charbonnages de France" est créé pour regrouper les neuf houillères françaises : Nord-Pas de Calais, Lorraine, Aquitaine, Auvergne, Blanzy, Cévennes, Loire, Provence et Dauphiné.

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Statuts de la Nationalisation
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Le 14 octobre 1946 les administrateurs des Houillères du Bassin du Dauphiné sont désignés à la préfecture de l'Isère, à l'unanimité, Louis Mauberret est nommé Président.

 

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Il est intéressant de noter que si la "Compagnie des Mines de La Mure" a bien été nationalisée, la société distribuant le charbon "La Mure" et la banque La Prudence sont restées la propriété d'actionnaires privés (famille de Marliave) et forte de son expérience et de son réseau de distribution de produits pétroliers créé dès 1936, elle prit part à la création du groupe ELF-ERAP…
La vie des H.B.D. de 1946 à sa fermeture définitive en 1997 fut longue et mouvementée…
Accidents, incendies, dégagement instantané de gaz carbonique, grèves et conflits sociaux…
Et la nouvelle tombe 1e 10 décembre 1968 M Bettancourt , ministre de l'industrie, annonce la fermeture des mines de La Mure pour 1975…
C'est le choc! Comment la mère nourricière du plateau pourrait disparaître, mourir? Toutes les certitudes de sécurité, d'emploi, d'avenir au pays s'envolent…

 

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Ce résumé succinct de l'histoire des mines de La Mure vous incitera, peut-être à creuser le sujet (ce qui va de soi concernant la mine!).
Trois ouvrages (dont sont tirées en grande partie les informations de cet article)vous permettront une approche beaucoup plus exhaustive :
La chronique des Mines de La Mure – 2 siècles de charbon (Jean Garnier)

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La Mure en Matheysine – La volonté de vivre (C.N.R.S.)

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Et le Bassin Houiller de La Mure (Clovis-Henri Angelier) documentation issue du site Persée  édité par le ministère de la jeunesse, de l'éducation nationale et de la recherche.

 

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02 janvier 2010

Crash sur L'Obiou

L'Obiou est une montagne extraordinaire. Cette citadelle crénelée, sublime dans sa solitude entre Vercors et Oisans, est un mythe pour les randonneurs. Arpenter ses contreforts, s'épuiser sur  ses immenses clapiers, progresser entre un vide tellement "présent" qu'il en devient palpable et sa propre peur... est une expérience indélébile.

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Cependant, attention, sur cette montagne votre excursion deviendra soit un souvenir inoubliable en paradis soit un cauchemar. L'obiou ne pardonne aucune improvisation et la randonnée, ici comme un peu partout en Dévoluy, est affaire sérieuse.
Il règne en ces lieux une atmosphère un peu particulière. Vous y ressentirez certainement une  étrange sensation. Ces montagnes sont "habitées". Le cadre est sublime, le paysage est merveilleux, mais comment expliquer cet étrange malaise qui vous envahit à coup sûr lorsque vous vous engagez dans un couloir, ou que vous pénétrez dans une des multiples cavités de ce massif ?

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L'Obiou est la citadelle du Diable. Zeus l'a choisi comme demeure (la preuve : les orages s'acharnent sauvagement sur ses flancs...). Les fées ont leurs habitudes dans les grottes des alentours...
Cette montagne, tel un aimant, attire mais elle angoisse aussi! La charge émotionnelle que l'on perçoit ici est certainement due à toutes les catastrophes qui ont endeuillées ces lieux.
Combien de randonneurs y ont perdu la vie? Comment expliquer qu'il y ait eu deux catastrophes aériennes à quelques centaines de mètres près et  en si peu de temps ici? Que de malheurs accumulés en ces lieux! L'Obiou serait-il le  Mont Maudit, le pendant négatif du Mont Aiguille?

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La première catastrophe aérienne eut lieu le 29 août 1946 . Un B17 G de l'US AIR FORCE parti de Francfort et se dirigeant vers Casablanca se fracasse 30 m sous la paroi dominant Casse-Rouge aux environs du Malpasset. L'avion, égaré dans le brouillard, a certainement pénétré dans Bachilianne puis le piège s'est refermé dans le cirque de Casse-Rouge. Le choc explosif a totalement désintégré l'avion et ce n'est que le 26 septembre 1946 que Raymond Pupin et Fernand Mollard découvrent les débris de l'appareil en escaladant la crête de Casse-Rouge. Raymond Pupin se souvient, alors, avoir entendu un bruit sourd dans la montagne et avoir vu, à plusieurs reprise, un avion d'observation dans le secteur. Les corps et les débris de l'appareil sont évacués par l'armée américaine. Le silence retombe rapidement après l'accident qui aurait fait quatre victimes d'après Le Guide de l'Obiou de Pierre Barnola et onze morts d'après le Dauphiné : "Mémoires d'ici" n°10 du 01/02/2003. Aucune explication connue des causes de la catastrophe...

Le deuxième accident a beaucoup plus marqué les esprits.

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Le 13 novembre 1950,  un  Skymaster quadrimoteur de la Curtiss-Red Flying de Cartierville (Montréal)  de type Douglas, sous type C-54B-1-DC, immatriculé CF-EDN fabriqué en 1945 et transportant 58 passagers et membres d'équipage heurte du bout son aile la crête ouest de l'Obiou un peu en dessous de son sommet . Le carburant explose et l'avion est pulvérisé sur la face nord et le pierrier. Les débris sont dispersés sur 1000 m dans la face et sur les immenses clapiers de Casse-Fouira.
Les passagers, des pèlerins de retour de Rome, somnolent tranquillement sur leurs sièges... Partis à 14H16 de Ciampino (Italie, ils se sont habitués aux secousses du DC4 qui lutte contre les bourrasques de neige et de vent . L'obscurité et la brume ne facilitent certainement pas le travail du commandant de bord Holmstead et  son second Henderson. L'hôtesse,   circule dans l'allée et offre du thé... L'avion est attendu pour 19h30 à Orly. Un passager note  scrupuleusement sur un cahier d'écolier : "Ile Corse, Sardaigne, les Alpes, passage à Nice puis 7000 pieds d'altitude, vitesse  205 miles..."
7000 pieds soit 2135m, l'Obiou culmine à 2789m tout est dit...

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Voici la composition la liste des membres d'équipage :
Capitaine Orville Alfred Olmstead ( commandant de bord , Montréal )
Robert James Hendersen ( 1er officier, Willowdale, Ontario )
Henry Thomas Warkentin ( Navigateur, Lakeside-Heights)
Arthur Bethwell ( Navigateur, Montréal )
Dennis Norman Nichols ( radio-télégraphiste, Ville Saint Laurent)
Helen Marjory Johnston ( Hôtesse Montréal ) ou (miss Mac Donald?)
Roderick Malcom Mcisaak ( commissaire de bord ; Ville Saint Laurent)

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La catastrophe a eu lieu en pleine tempête. Le dernier contact de l'avion (CF EDN) est noté à 18 H 05 par le contrôle de Lyon. A Pellafol on entend distinctement le passage d'un  avion volant très bas et Mr Paul Achim,le cafetier, aperçoit le DC4 frôlant dangereusement les sommets. Son frère, Louis, perçoit un bruit d'explosion et distingue une lueur dans la montagne. Le silence retombe et la tempête reprend. Dans le pays tout le monde sait déjà qu'une tragédie  épouvantable a eu lieu.
Rapidement les secours s'organisent, des groupes se forment et se dirigent vers l'endroit présumé de l'accident. Des hommes se perdent, d'autres doivent rebrousser chemin tellement le temps est épouvantable... Les volontaires de la Société Dauphinoise de Secours en Montagne, commandés par Félix Germain, la Société de Ski Murois et le 93éme régiment d'artillerie de montagne participent aux recherches. L'épave n'est retrouvée que le lendemain dans Casse-Fouira 400 m sous le sommet. La vision est apocalyptique. Des débris, des corps mutilés, des bagages éventrés, des papiers, des photos, des vêtements...
Le premier jour seulement 17 personnes peuvent être identifiées, 15 ne le seront jamais...

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Les corps sont, dans un premier temps, transférés à la Croix de la Pigne. Le 18 novembre 1950 un office religieux est célébré dans la cathédrale de Grenoble en présence de Monseigneur Maurice Roy et Monseigneur Alexandre Caillot. Le 19 novembre un deuxième office religieux est célébré pour les cinq protestants présents dans l'avion...

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Transférés, tout d'abord  au cimetière Saint Roch à Grenoble les corps sont inhumés le 20 août 1951 en présence de Monseigneur Garant, évêque auxiliaire de Québec au cimetière du Petit Sablon. Finalement les victimes de l'accident sont presque toutes transférées dans le petit cimetière de La salette Fallavaux, à deux pas du sanctuaire marial de La Salette qui fait face à l'Obiou...

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Il semble évident que les causes de cette catastrophe soient accidentelles. Cependant l'enquête a dévoilé de nombreux faits troublants... L'avion aurait transporté une grosse quantité de liasses de Dollars neufs, des mallettes suspectes, des armes. Un corps aurait mystérieusement disparu et aurait été emmené en Italie... Nous étions en pleine guerre froide et des espions auraient, peut-être, tenté ici le premier détournement aérien...
Un livre a été publié autour de ces hypothèses : Entre Dieu et Diable  (Louis-Edmond Hamelin).

 

Si ce sujet vous intéresse je vous propose aussi la lecture de "Crash à l'Obiou" de Vincent Desbrieres (Editions de Belledonne).

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Roman et enquête secret défense...

Enfin pour vous imprégner de l'atmosphère si envoûtante de ce massif je vous suggère la lecture de deux ouvrages très intéressants écrits par de grands amateurs de montagne.

Guide l'Obiou
de Pierre Barnola (Editions GAP)
Monographie quasi exhaustive sur cette montagne mythique.

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Du Mont Aiguille à l'Obiou
alpinisme et randonnée en Trièves et Dévoluy
de Pascal Sombardier (Editions Glénat)

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Dans ce livre vous parcourrez les charances du Ferrand, le sentier de la Baronne, vous irez à la recherche de la grotte du Fleyrard... Ce livre est à mettre entre le mains de tout randonneur adepte de l'esprit de wilderness et désireux de  sortir des sentiers battus...

 


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07 février 2010

La gloire de mon arrière-grand père.

Vous connaissez, bien entendu, l'ouvrage de Marcel Pagnol : "La gloire de mon père".
Souvenez-vous : «Je suis né dans la ville d'Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers... »

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Souvenez-vous encore de l'indéfinissable atmosphère que Pagnol sait imposer dans ses textes sur la Provence... Cet autre chantre des terres provençales nous ensorcelle à chaque fois. Bien sûr, comparé à Jean Giono, la Provence de Pagnol est parfois un peu caricaturale, un peu grandiloquente. Cependant il sait à merveille instiller dans nos coeurs toute la sensibilité des personnages de ses romans.
Et bien j'ai eu grand plaisir à trouver un peu de cette humanité dans deux  photographies (datées de 1944) représentant mon arrière-grand-père Lucien tenant fièrement à bout de bras un énorme brochet...


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Mon arrière-grand-père était, paraît-il, un "personnage" au caractère affirmé. Il avait des convictions ! (singulièrement en politique et particulièrement le 1er mai... Enfin vous voyez ce que je veux dire...)


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C'était aussi un très bon pêcheur (il pêchait souvent à la dandinette sur le lac gelé en hiver). Vous remarquez avec quelle fierté il présente son trophée au photographe. Ne ressemble-t-il pas à Joseph, le père de Marcel Pagnol?


Lucien_

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Et puis il y a cette  minuscule photo de 1940 qui relie encore un peu plus mon arrière-grand-père au roman de Pagnol  et au temps des derniers chevriers...

 


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18 avril 2010

Hier c'était le printemps.

Le matin frisquet et givré avait  laissé  place à un beau ciel bleu gentiane ...

Sapineige_creys


La haie avait enfin retrouvé toute son animation et le rouge-gorge familier, tout émoustillé, y menait grand tapage!

 

Rouge_gorge_1


Rouge_gorge_2


Le mulot osait y pointer le nez, encore tout frémissant, au-dessus des feuilles. Endormi et un peu groggy par l'air vif il s'était laissé facilement attraper...

mulot


A l'étage supérieur une véritable petite armée emplumée se déployait en ordre de bataille et le jeu de la vie et de la mort s'organisait à nouveau...

 Tourterelle


 

Faucon_crecerelle

Les pieds-de-chat étiraient leur cou de girafe ...

pieds_de_chat


Le promeneur en bras de chemise, le dos légèrement courbé, mine de rien, surveillait si quelques morilles (vraies ou fausses) n'auraient pas  la courtoisie de lui fournir son prochain repas...

 Fausse_ou_vrai_girolle

Aujourd'hui l'hiver est revenu.

Après quelques giclées de grésil ,de grosses patarelles ont blanchi le ciel... et l'orage a soudain grondé sous la neige du berger.

 Gontheaumes_neige_printemps

En fin de journée la pluie a repris son bruit de cliquetis sinistre et glacial, et demain le brouillard étouffera certainement tout le paysage dans un linceul mouvant gris et brun.

 Cholonge_brouillard


Gontheaumes_brouillard


La lumière glauque ne produit aucune ombre : tout est ombre…

Soleil_hiver


Toute la vie du ciel a disparu : les passereaux bagarreurs et bruyants ont mystérieusement disparu...
L'air est anormalement froid. Rafraîchi, certainement, par la neige qui a plâtré cette nuit le Grand Serre et le Tabor quelque part derrière le mur de brouillard à l'est…

Il en va ainsi de la météorologie en montagne : « climat soupe au lait » un jour beau, un jour mauvais…

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01 mai 2010

Calès, le jongleur de Tencin, peintre des montagnes.

 Une vidéo a été réalisée à l'occasion de l'exposition  consacrée à l'abbé Calès au musée de l'ancien Evêché (2002). On peut la  voir en ACCES LIBRE sur la plateforme de films en VOD des bibliothèques de Grenoble.
"L’abbé CALES, sa vie son œuvre" (30 minutes) un film de 2001 de Roger GARIOD.
 http://cinevod.bm-grenoble.fr/video/SN9T2-abb-cals-sa-vie-son-oeuvre

_______________________________________

Pourquoi un article dédié à l'abbé Calès dans ces pages habituellement consacrées au plateau Matheysin, ses habitants, ses "industries"  et aux montagnes alentours...

Cales_boxer


Calès a toute sa place dans ces pages qui se veulent dédiées au paysage, à la montagne et à toutes les belles émotions esthétiques ressenties face à une nature aussi merveilleuse !

Cales_escalier

J'ai souvent entendu parler de l'abbé Calès à la maison. Mes grand-parents (en particulier mon grand-père), ma mère ont côtoyé "l'extravagant peintre de Tencin". Anecdotes, souvenirs, petit à petit le "personnage" m'est devenu sympathique. Cependant je n'avais jamais réalisé toute l'importance de l'oeuvre de l'Abbé Calès.

Cales_chevalet

Le temps a passé et le vingt cinq mars 2002, au  musée de l’Ancien Evêché, rue Très-Cloître à Grenoble je me trouve face à face avec quelques soixante tableaux, essentiellement des paysages, quelques natures mortes aussi...

 

Cales_assis

La peur du ridicule m'a déjà fait faire demi-tour devant plusieurs galeries… Mais prenant mon courage à deux mains, espérant me fondre dans le flot, pas toujours plus expérimenté que moi, des visiteurs de musée je rentre, paie mon billet et commence la visite le nez collé à chaque tableau, sans me soucier du  livret explicatif que j'avais pris soin d’acheter.

Livret_Cal_s

Et puis voilà qu’à force d’allers et retours, en prenant un peu de recul, en comparant les toiles, en les associant par affinités un écheveau se dénoue peu à peu, quelque chose, petit à petit, se met en place :

 Village_contrefort_belledonne
Village des contreforts de Belledonne, huile sur toile Calès 1902

1) Avec le temps et l’expérience l’artiste s’est éloigné de la facilité d’une restitution fidèle et appliquée pour nous offrir une matérialisation de son émotion visuelle.

 Moulin_Tencin
Moulin à Tencin, huile sur carton 1912

2) Il n’est plus question d’une reproduction du monde tel qu’il le voit mais plutôt de la représentation du monde tel qu’il le ressent.

 Meules_foin_hiver
Meules de foin en hiver, huile sur carton Calès 1914

3) Sa technique évolue, il est évident que l’artiste veut aller de plus en plus vite, il semble qu’il a peur d’oublier l’émotion éprouvée avant d’avoir achevé son travail.

 Etang_des_pauvres_goncelin
Goncelin, l'étang des pauvres, huile sur toile marouflée sur carton Calès 1912

4) Sa quête de la belle lumière, des nuances, l’incite à répéter les mêmes tableaux afin de restituer les plus subtils changements d’éclairage. Saisons après saisons, lumières du matin, teintes violettes des soirées, tout est prétexte à multiplier les expériences au même point.

 Les_3_arbres_printemps
Les trois arbres au printemps, huile sur carton Calès 1923


 Les_3_arbres_automne
Les trois arbres en automne...


5) La rigueur des perspectives, la cohérence de la composition, le choix de la couleur, tout devient facile , évident…

 Lac_Bourget
Lac du Bourget, huile sur carton Calès

Voilà toute la quête de l'abbé Calès : Traquer la belle lumière, l'organiser et la transformer en émotion.

CALES, peintre des montagnes...

L'abbé Calès est un peintre paysagiste

 Gu_tal_Lac_Eychauda
Lac de l'Eychauda, abbé Laurent Guétal 1886 (Musée de Grenoble)


Très influencé par l'oeuvre de  l'abbé Guetal (qui n'hésitait pas à installer son chevalet à plus de 3000 m d'altitude pour peindre la Bérarde sur une toile gigantesque de 2m de large!), puis par les impressionnistes et les fauves il développe rapidement une technique de peinture au couteau sur carton qui lui permet grâce à une virtuosité incroyable de capter à une vitesse extraordinaire la lumière fugitive de des "Hauts Pays" avant qu'elle ne s'évanouisse...

 La_meije
Le massif de la Meije, huile sur carton  Calès 06 octobre1936

 L’abbé Calès aimait avant tout la  nature et les paysages. Toute sa vie il a peint les montagnes, l'Isère, la vallée du Grésivaudan. Il a peint sans relâche, la lumière du matin,  du soir, des années durant, retournant au même endroit saisons après saisons. Il a peint toutes les lumières, celles de l’hiver, crues et froides, celles de l’été dures et fortes, celles d’automne , ses préférées.  Il affectionne les bords de l’Isère et ses chantournes,  Belledonne , Tencin, et les abords de son église…

Chantourne_automne
Chantourne en automne, huile sur carton  Calès 1927

 Chantourne_printemps
Chantourne au printemps, huile sur carton Calès 1928

 

 Bord_isere_soir_orage
Bords de l'Isère un soir d'orage, huile sur carton Calès 1930

 Ses tableaux souvent allongés étaient tous travaillés avec une épaisse couche de peinture posée au couteau, technique permettant une grande rapidité, afin de restituer au plus vite l’impression de l’instant, l’émotion fugitive des nuances, l’équilibre subtil d’une seconde d’émerveillement.

 Automne_col_des_ayes
Automne au col des Ayes, huile sur carton Calès 1927

 

 Printemps_col_des_ayes
Printemps au col des Ayes, huile sur carton Calès 1955

 

« De près on dirait un informe chaos ; à distance le chaos se divise, s’organise comme les éléments dans la Genèse, la masse colorée se spiritualise, s’allège, vibre et vit. »
Henry Bordeaux

« Les peintres sont les confidents de la lumière et la lumière est l'âme flottante des campagnes, l'âme diverse des vieux pays, ce qu'il y a de plus original, de plus subtil et quasi spirituel dans un climat. Il ne suffit pas de dire qu'elle préside aux travaux et aux floraisons du, terroir... elle colore le sang des races, les mœurs et toute pensée ; on discerne son intonation dans les voix et son incidence dans les esprits. Remercions donc nos peintres, puisqu'ils nous aident à comprendre le sens familier de nos paysages, dans la lumière de chez nous ; ils exercent un ministère d'éducation locale ; ils nous disposent à être résolument autochtones. De la lumière et encore de la lumière, de la lumière à profusion, voilà toute l'œuvre de l'abbé Calés : n'y cherchez pas autre chose... »

Abbé Favre-Gilly

 

 Roseaux_sous_la_neige

Roseaux sous la neige, huile sur papier marouflé sur carton Calès non datée

 

 

 Etang_roseaux_rouges
Etang aux roseaux rouges, huile sur toile marouflée sur carton Calès 1907


« C'est le même site immuable dans son grand style, mais changeant de lumière, d'éclairage, en un mot d'impression et surtout quand il y a l'intervalle de plusieurs années comme c'est le cas. Mais que voulez-vous, inutile de chercher à convaincre ceux qui ne comprennent pas le plaisir que peut donner la vision d'une chose aimée dans toutes ses transformations. C'est ce qui ma tenu et me tient toujours si amoureux de ce qui m'entoure et que je revois si différent à chaque rencontre, malgré que le grand pavois soit rare, je le cherche toujours... et avec quelle joie!».

Pierre Calès.

 

 Vall_e_Cal_s
Vallée de l'Isère sous la neige Calès

 Vall_e_is_re
Vallée de l'Isère Calès


 Vallee_printemps
Vallée au printemps Huile sur carton  Calès1956


« Mais quels invraisemblables changements d'une période à l'autre. L'admirable hiver, le non moins admirable printemps. Les vibrations vertes de l'été, juillet et août tout au plus, puis le commencement, le plein, la fin de l'automne, toujours trop fugaces, comme le printemps, car il faut trop compter avec le changement de temps. »
« C'était le vent du midi, chaud, net, coloré, tout en effluves. Le lendemain, il pleuvait … »
« Somme toute, j'estime qu'au même point on peut travailler pendant une période de dix jours si le temps se maintient dans la note voulue. Après, il faut fuir et retrouver si l'on peut une autre impression qui reconstitue autre chose sur ce même point si l'on veut y revenir. »

Pierre Calès.

 

 Cales_casquette
Calès vers 1960.

 Cales_jardin
Calès dans son jardin vers 1955.


Dans les dernières années de sa vie il peint son village, la place de Tencin et les rues alentour... sa palette de couleurs s'assombrit. Parfois on aperçoit une maison, un moulin mais jamais aucun homme ou animal. L'oeuvre de l'abbé Calès représente le monde au quatrième jour de la création.

 

 Place_Tencin



 

Place_Tencin_hiver


Dans son livre "Le fil de la Vierge" Henry Bordeaux nous décrit la vie de l'abbé Calès sous le nom de l'abbé Merval...Ce livre est une belle preuve d'amitié de la part de l'académicien.

Fil_de_la_Vierge


En voici la préface :

A
M., L'ABBE CALES
CURÉ DE TENCIN   
mon contemporain d'âge et mon vieil ami
dont j'ai préfacé la première exposition de tableaux
à la galerie Dewambez en octobre 1919   
et dont la légende qui accompagne
son œuvre picturale et sa personne ecclésiastique 
n'est pas étrangère au dessin et à la couleur      
de mon héros, amoureux de la Lumière,            
c'est-à-dire de la Vérité,            
c'est-à-dire de Dieu,      
je dédie ce livre le Fil de la Vierge          
qui aurait dû s'appeler aussi
le Jongleur de Saint-Pol-en-Forêt.
H. B.
Le Maupas, ce jour de la Toussaint 1950.

Cependant Calès n'apprécia guère cet ouvrage et déclara : "Dans ce livre, excusez-moi si je me trompe, je me trouve beaucoup plus cul-cul que curé."...

La préface à l'exposition Dewambez de 1919 dont parle Henry Bordeaux est un très beau texte : " Le jongleur de Tencin" .
Voici la reproduction d'une plaquette datée de 1925 éditée à l'occasion d'une  exposition des oeuvres de l'abbé Calès à la Galerie des Artistes Français, 35 , Chanssée d'Ixellles. Elle reprend le thème du jongleur de Tencin et Henry Bordeaux , en 10 pages, nous en  apprend beaucoup sur  l'oeuvre et le personnage de l'abbé Calès.

 jongleur_Tencin

 

 

Paysages__Dauphin__

Plaquette : Paysages du Dauphiné.pdf


L'abbé Calès décède le 15 octobre 1961 à Tencin.
Le jour de sa mort  il voulait peindre...
Il dit à son commis Hyacinthe : " Va me chercher mon chevalet, j'entends chanter les merles..."
Quand Hyacinthe est revenu il a entendu un soupir...

Il sera enterré à Clonas-sur-Varèze, près de Vienne, avec ses parents.
" Tu sais ce que je veux absolument :  des bouquets du seigneur, des plants de maïs, de l'asparagus et des sanguins aux feuilles rouges..."










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20 juin 2010

Pratiquer le haïku en montagne?

Pourquoi pas...

J'ai découvert la semaine dernière un petit ouvrage intitulé : Haïku du sentier de montagne (Pierre Tanguy) .Editions La part commune.

 Haiku_montagne_1

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 Haiku_montagne_2

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Le Haïku est un un poème japonais... Aussi léger et transparent qu'une aquarelle il laisse seulement une trace légère sur le papier blanc : trois courtes lignes entourées de vide...
L'auteur s'empare d'un petit détail le long du sentier et si tout fonctionne bien vous expédie dans un univers infini et vertigineux ou la pensée s'égare , s'embrouille et tente de sonder de mystérieux abîmes...   


Pierre Tanguy nous emmène par petites touches dans son univers poétique et petit à petit les mots prennent sens dans notre esprit...


En voici quelques exemples :


Etang_givre

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Partout
Le grand calme
Et la paix des étangs



Torrent_Valbonnais

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Si colorés dans le torrent
Si fade sur la berge
Les cailloux du torrent



 Dessin_Edit_Berger
(Dessin d'Edith Berger)


Méditant

A flanc de montagne
Deux chevaux noirs



Moutons_Vallon
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Evaluer les distances
Aux bêlements
Des troupeaux d'estive



Etang_reflet

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Lune ou soleil
Trait d'horizon fantomatique
Face à face ponctué de sang


J'ai osé ici mon premier haïku! J'en connais qui vont bien rigoler! Enfin tant pis...

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11 juillet 2010

Quelle est triste la montagne !

Lac_Pierre_Chatel

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Quelle a été triste cette journée du samedi 13 mars 2010 ou nous avons appris le décès de Jean Ferrat. Bien entendu nous savions que sa santé s'était beaucoup dégradée, bien sûr nous avions deviné que l'immense chanteur poète allait nous quitter...
Mais cependant quel choc! pour la première fois, à la maison, nous avons  pleuré à la mort d'un chanteur. Ce n'était pas une "idole", nous n'étions pas ce que l'on appelle "fan"... Mais cet homme nous a certainement accompagné dans nos options de vie par son honnêteté intellectuelle, sa droiture, son engagement politique et sa  fidélité...
Marqué par l'insoutenable horreur de la guerre (son père est mort en déportation), torturé par l'échec communiste, déstabilisé par un monde qui se déshumanise de plus en plus, il a su rester intègre et lucide face à ses choix.


Jean_Ferrat_1A


Toute son oeuvre est le reflet :
de son engagement
Nuit et Brouillard, Potemkine, Ma France, Je ne chante pas pour passer le temps, Camarade, Le bilan...

de son humanisme
Les nomades, C'est beau la vie, Ma môme, Aimer à perdre la raison, Que serais-je sans toi...

de son amour charnel à un pays choisi
La Montagne...

Jean_ferrat_La_Montagne

Clic gauche = agrandissement

 La_montagne_refrain

Prenez du temps, concentrez votre attention sur les textes... Chants d'amour, cris de révolte, engagement, indignation, tendresse, amitié, poésie... Vous trouverez tout cela dans l'oeuvre de Jean Ferrat

"La Montagne" est notre chanson fétiche : elle calque à la perfection  le cheminement de nos vies...
Combien de fois, jeune, j'ai pu l'écouter dans ma chambre de bonne sous les toits de Paris!
Et toujours avec la même émotion... et la vision de ces hirondelles qui se perchaient en rangs serrés  fin septembre sur la portée des fils électriques qui  passaient devant la fenêtre aux Gonthéaumes...

 

Hirondelles_V1


LA MONTAGNE
Paroles et Musique de Jean FERRAT

Ils quittent un à un le pays
Pour s'en aller gagner leur vie
Loin de la terre où ils sont nés
Depuis longtemps ils en rêvaient
De la ville et de ses secrets
Du Formica et du ciné
Les vieux ça n'était pas original
Quand ils s'essuyaient machinal
D'un revers de manche les lèvres
Mais ils savaient tous à propos
Tuer la caille ou le perdreau
Et manger la tomme de chèvre

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s'imaginer
En voyant un vol d'hirondelles
Que l'automne vient d'arriver

Avec leurs mains dessus leurs têtes
Ils avaient monté des murettes
Jusqu'au sommet de la colline
Qu'importe les jours les années
Ils avaient tous l'âme bien née
Noueuse comme un pied de vigne
Les vignes elles courent dans la forêt
Le vin ne sera plus tiré
C'était une horrible piquette
Mais il faisait des centenaires
A ne plus que savoir en faire
S'il ne vous tournait pas la tête

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s'imaginer
En voyant un vol d'hirondelles
Que l'automne vient d'arriver

Deux chèvres et puis quelques moutons
Une année bonne et l'autre non
Et sans vacances et sans sorties
Les filles veulent aller au bal
II n'y a rien de plus normal
Que de vouloir vivre sa vie
Leur vie ils seront flics ou fonctionnaires
De quoi attendre sans s'en faire
Que l'heure de la retraite sonne
II faut savoir ce que l'on aime
Et rentré dans son H.L.M.
Manger du poulet aux hormones

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s'imaginer
En voyant un vol d'hirondelles
Que l'automne vient d'arriver

Quelle surprise d'en trouver une traduction en patois (Patois de Roizon) par Mr Marcel Taverna dans l'édition du n° 15 de Mémoire d'Obiou paru en Avril 2010.

memoiredobiou15


1er couplet 
    In a in i filon d'oo pai
    Pré s'en alla gagnir lour via
    Louin de la terra onte i son na
    De peil le temps qu'ils n'en revavan
    De la viala et de sous secrets
    Doo formica et doo ciné
    Lou vieux leïre pas originâ
    j seisseiavon le babigné
   D'in revers de mantsi de veste
   Ma i saïon tou galamment
   Tia le lioura et lou perdrao
   Et mindzir la tourna de tchioura.
Refrain
    Pretan que la montagna eil brava
   Couma pouilli s'imagina
   En veuillant in vol d'hirondellé
   Que l'anria vint d'arriva.
2e couplet
   Aweï lei doui mo dessi la téta
    j l'on monta de mirali
   Alla cima de la caota
   Qu'importa lou dzou et lou ans
   j l'aion tou de caractère
   Planta couma de cèpe de vigni
   La vigni ou rampe din le baï
   Le vin ne sera pri tira
   Ou leïre devin pré bita
   Din la salada
   Ma ou fasi de centenéré
  A pris savai que nan faré
  Si ou fasi pas vira la téta.
3e couplet
  Quattre tchiouré et quoque fai
  Ina saison bouna et l'aotra nao
  Et sans vacansi et sans sourtia
  Lei filié volon alla dansir
  Ran que de pris nourma
  Que de voûtai viouré sa via
  j sarom dzendarmé o fonctionneré
  In attendant que la retraité sôné
  La fo savaï ce que faï plaïsaïbien
  Rintra din sa lapinairi
  Mindzir de poulatou aux hârmoné.
                              Susville 2008


Oui elle est bien triste la Montagne. Le battage médiatique s'est très vite apaisé, la télévision et la radio ont déjà oublié...
Au moins aura-t-on pu ,grâce à la retransmission télévisée de la cérémonie du 16 mars, connaître le frère de Jean Ferrat,  percevoir l'immense émotion d'Isabelle Aubret chantant "C'est beau la vie", entendre Francesca Solleville et voir la foule émue reprendre dans un immense frisson "La Montagne". A ces moments  là on se sent appartenir à une communauté simple et respectueuse et il est réconfortant de voir qu'il existe encore des hommes  attachés aux valeurs essentielles de l'humanisme, solidaires et fidèles en amitié...

Jean Ferrat a formidablement chanté Aragon et ce jour là les vers du poème "J'arrive où je suis étranger " prennent une force extraordinaire  et je vous prie de bien vouloir les lire avec attention :


Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger

Un jour tu passes la frontière
D'où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu'importe et qu'importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon

Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l'enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C'est le grand jour qui se fait vieux

Les arbres sont beaux en automne
Mais l'enfant qu'est-il devenu
Je me regarde et je m'étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus

Peu à peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d'antan
Tomber la poussière du temps

C'est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C'est comme une eau froide qui monte
C'est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu'on corroie

C'est long d'être un homme une chose
C'est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux

0 mer amère ô mer profonde
Quelle est l'heure de tes marées
Combien faut-il d'années-secondes
A l'homme pour l'homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées

Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger


Jean_Ferrat_1A

Jean_Ferrat_1B


Jean_Ferrat_2A

Jean_Ferrat_2B


Jean_Ferrat_3A

Jean_Ferrat_3B

Etc etc...

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08 août 2010

L'homme qui plantait des arbres -Jean Giono-

Back_Dessin_pochette

J'ai longtemps été un écologiste sans le savoir!
C'est qu'il y a bien des années la notion d'écologie était une utopie, et m'était sympathique...
Plaisirs simples dans la contemplation des paysages, des randonnées en montagne et des longues marches à pieds...


Glandu_Ecolo

 

(Vous avez bien entendu reconnu Glandu: notre maître es-randonnée matheysin -dessin  de Gilbert Skorski-)

J'économisais l'eau, éteignais scrupuleusement l'électricité en sortant d'une pièce, réglais le chauffage à 18°...
Je produisais une bonne part de mes légumes au potager, ne mangeais que des fruits de saison et évitais de faire des km inutiles avec la voiture etc etc.
C'était ringard ! c'était pas à la mode... et ceux qui pratiquaient ces sages principes passaient pour des empêcheurs de consommer en rond.


Ecolo


Aujourd'hui l'écologie "c'est branché" et un véritable matraquage médiatique s'est organisé. Du matin au soir on nous agresse, on nous culpabilise... Des moustachus volants nous remplisse le cerveau d'air à grands coups de ventilateurs.


Expert__colo


Des experts de la "cause" montent quotidiennement en chaire pour nous chapitrer... l'écologie devient triste et synonyme d'interdits et de contraintes :


Glanduflic


et je ne veux pas, dans ses pages,  ajouter ma louche à ce salmigondis qui devient de plus en plus indigeste. Gare à la saturation! Gare au rejet!
Toutefois je suis tout de même tenté de faire un geste pour sauver notre planète et l'humanité! (on devient facilement aussi prétentieux que les professionnels de la chose décrits plus hauts!).
J'affirme donc qu'il est possible, à titre individuel et chacun à son petit niveau, d'influer notablement sur le cours des choses, que nos petits gestes quotidiens multipliés par l'effet de la durée peuvent avoir finalement un impact notable sur notre avenir à tous.


J'en veux pour preuve cette magnifique nouvelle écrite par Jean Giono : "L'homme qui plantait des arbres".

 Giono_porte
Jean Giono (lors de l'un de ses nombreux séjours dans le Trièves)

Cliquez sur le lien qui suit pour ouvrir le fichier (format PDF) contenant la nouvelle de Jean Giono : L_homme_qui_plantait_des_arbres

L'histoire de ce texte est surprenante :
Il s'agit d'une commande (en 1953) du Reader's Digest qui voulait un article pour alimenter sa rubrique intitulée "L'homme le plus extraordinaire que j'ai jamais rencontré". Jean Giono se met à l'ouvrage et invente de toute pièce un magnifique personnage : Elzéard Bouffier. Elzéard est un facteur Cheval sylvicole dont le grand oeuvre consiste en un reboisement méthodique d'une vaste contrée désertique.

 Back1

Son action têtue transforme peu à peu l'enfer en paradis...

Back6

La revue ne publiera jamais ce récit qui sera renvoyé à  l'auteur accompagné d'un courrier le traitant d'imposteur (le personnage n'ayant pas existé)...
Le texte est finalement publié dans la revue américaine "Vogue" le 15 mars 1954 (The man who planted hope and grew hapiness). Le succés est foudroyant et la nouvelle est publiée en treize langues (mais pas en français!). Une lady anglaise lectrice (1956) de la revue "Trees an Life" cherche à connaître cet extraordinaire personnage et elle tente de se renseigner auprès de l'administration des Basses-Alpes. Mr Valdeyron, conservateur des Basses-Alpes, intrigué par cet engouement écrit directement à Jean Giono.

Voici la réponse de Jean Giono:

 R_ponse_Giono_1
Clic gauche sur photo = agrandissement

R_ponse_Giono_2

Clic gauche sur photo = agrandissement

Navré de vous décevoir, mais Elzéard Bouffier est un personnage inventé...

 Glandch_ne

Malgré tout personne ne voulait croire que cette belle histoire était une invention de l'écrivain.
Jean Giono se prend au jeu et alimente les doutes en inventant des décorations à son personnage (interview parue dans le Guardian of Manchester) et en envoyant une photo d'Elzéard Bouffier à un éditeur allemand...
Bientôt la renommée d'Elzéard Bouffier dépasse celle de son auteur Jean Giono!
Une Québécoise s'est même rendu à Banon pour fleurir sa tombe...
Jean Giono, conscient de l'intérêt pédagogique de ce texte abandonne ses droits et en autorise toutes les publications...

 Back2

Les dessins illustrant le texte précédent sont de Frédérick Back, ils illustrent parfaitement la nouvelle...

En 1987 Frédéric Back sort au Québec un film d'animation dont le synopsis  reprend très exactement l'histoire d'Elzéard Bouffier.
Ce film est magnifique! le dessin tout en douceur et en poésie et la voix de Philippe Noiret nous transportent dans un univers d'harmonie et de tendresse.
Il mérite sans contestation l'Oscar du meilleur film d'animation qu'il a reçu!

 Pochette_Back_1

 

Pochette_Back_2


Dans la foulée une trousse pédagogique a été conçue par Frédéric Back autour de ce sujet, elle est destinée principalement aux jeunes de 8 à 14 ans, mais quelque soit votre âge vous ne perdrez pas votre temps à la parcourir!

Voici les liens permettant d'accéder au site - Frédéric Back, agir ensemble -:

Site Frédérik Back : Frédéric Back, agir ensemble

Trousse pédagogique

Ateliers pédagogiques : Ateliers - Frédéric Back, agir ensemble

Je rêve qu'un instituteur, en lisant ces lignes, propose à ses élèves de réfléchir autour des grands thèmes déclinés dans cette étude... et me retourne un petit message pour me rassurer : les enfants sont-ils vraiment réceptifs à ce type de discours "écolo-humaniste"?


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23 octobre 2010

La petite hermine du Tabor...

Rencontre fugitive...

Cette année encore j'ai pris grand plaisir à user mes "vibram" en parcourant le Tabor de Matheysine

Vers_le_Piquet_de_Nantes


Spectacle toujours renouvelé d'un somptueux panorama depuis la crête des Barres ou le Piquet de Nantes...

Perollier


Montagne alternant les plaisirs de la marche facile en alpage

Escalade_oreille_loup


et la progression plus "sportive" sur des roches cristallines, vertes ou des gneiss bien francs...


Et puis cette merveilleuse rencontre dans le secteur de l'Oreille du Loup.
Rencontre brève, fugitive, inespérée...
Une petite hermine, tel un feu follet, a dansé sa folle farandole devant moi.
Farouche mais curieux le petit animal s'est figé deux fois :

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Surprise, elle s'est dressée pour mieux apprécier le danger.

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Trois petites secondes d'arrêt, fuite éperdue, et une petite tête curieuse a surgi derrière un caillou.

Quelle joie d'avoir pu photographier "à la billebaude" un petit être aussi harmonieux!
Voilà une rencontre qui a bien embelli cette journée de marche en montagne...

Etrangement, quelques jours auparavant, j'avais lu un article très intéressant sur ce petit mustélidé. Un véritable petit fauve sanguinaire capable d'ingurgiter jusqu'à cinq campagnols par jours (plus de mille par an !)...
Cet article a paru dans la revue Nat'Images. On y trouve de somptueuses photos d'hermines jurassiennes prises par Fabien Gréban, Jean Malevez et Jérôme Salvi.

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Mon seul regret est de n'avoir pas réussi d'aussi magnifiques clichés...

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