01 avril 2008

Le Trièves : Première approche aux pieds du Grand Ferrand

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Tréminis l'Eglise surplombé par le Grand Ferrand.

" J'aime particulièrement le Trièves. Cette pleine tourmentée qui s'étend en triangle sous l'Obiou et le Grand Ferrand. Je suis à pied d'œuvre pour mes marches dans la montagne. Et puis j'aime la vie avec ces paysans âpres et doux."

Jean Giono. Lalley (1935).

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Nous sommes ici dans le Trièves. Pays rural pétri d'équilibre et de sagesse. Ultime terre préservée du Dauphiné, à l'écart des hordes barbares de touristes dévastateurs, des industries et des excès du progrès ravageur ce "cloître de montagnes" est à la mesure de l'homme. Aucun château exceptionnel, pas de cathédrale, le patrimoine y est simple, vrai, ancré dans le quotidien et la vie. C'est la terre qui fait son histoire. Des générations de paysans ont scrupuleusement brossé, peigné, enrichi avec la méticulosité des jardiniers ce territoire et en ont fait un exemple d'homogénéité esthétique. Ce pays ne refuse pas la modernité, il en refuse seulement ses aspects médiocres et inutiles. Pour combien de temps encore ?

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" Il est évident que nous changeons d'époque. Il faut faire notre bilan. Nous avons un héritage, laissé par la nature et par nos ancêtres. Des paysages ont été des états d'âme et peuvent encore l'être pour nous-mêmes et ceux qui viendront après nous; une histoire est restée inscrite dans les pierres des monuments; le passé ne peut pas être entièrement aboli sans assécher de façon inhumaine tout avenir. Les choses se transforment sous nos yeux avec une extraordinaire vitesse. Et on ne peut pas toujours prétendre que cette transformation soit un progrès. Nos " belles " créations se comptent sur les doigts de la main, nos " destructions " sont innombrables. Telle prairie, telle forêt telle colline sont la proie de bulldozers et autres engins; on aplanit, on rectifie, on utilise; mais on utilise toujours dans le sens matériel, qui est forcément le plus bas. Telle vallée, on la barre, tel fleuve, on le canalise, telle eau, on la turbine. On fait du papier journal avec des cèdres dont les Croisés ont ramené les graines dans leurs poches. Pour rendre les routes " roulantes " on met à bas les alignements d'arbres de Sully. Pour créer des parkings, on démolit des chapelles romanes, des hôtels du XVIIe, de vieilles halles .Les autoroutes flagellent de leur lente ondulation des paysages vierges. Des combinats de raffineries de pétrole s'installent sur des étangs romains. On veut tout faire fonctionner. Le mot "fonctionnel" a fait plus de mal qu'Attila; c'est vraiment après son passage que l'herbe ne repousse plus. On a tellement foi en la science (qui elle-même n'a foi en rien, même pas en elle-même), qu'on rejette avec un dégoût qu'on ne va pas tarder à payer très cher tout ce qui, jusqu'ici, faisait le bonheur des hommes. Cette façon de faire est déterminée par quoi ? Le noble élan vers le progrès ? Non : le besoin de gagner de l'argent... "

Jean Giono. La chasse au bonheur. Il est évident.


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" J'arrive de Lalley. Le contact des montagnes m'a réjoui le cœur. Je suis comme éclairci de l'air respiré. Edith Berger est là toute seule devant une prairie pleine de grillons. Tout est si bien, fleurs, herbes, et chants d'insectes... "

Jean Giono. Journal 7 juin 1935.


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Le Grand Ferrand (vue prise de Tréminis le Serre) : Baisser de rideau, la fête est finie et le mauvais temps s'installe !


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Naturellement, attendre... attendre... le printemps vient. Il en est de ça comme de tout. Le printemps arriva. Vous savez comment il est : saison grise, pâtures en poils de renard, neige en coquille d'œuf sur les sapinières, des coups de soleil fous couleur d'huile, des vents en tôle de fer-blanc, des eaux, des boues, des ruissellements, et tous les chemins luisants comme des baves de limace. Les jours s'allongent et même un soir (il fait déjà jour jusqu'à six heures) il suffit d'un peu de bise du nord pour qu'on entende, comme un grésillement, la sortie des écoles de Saint-Maurice : tous ces enfants qu'on lâche dans la lumière dorée et de l'air qui pétille comme de l'eau de Seltz. Depuis longtemps on avait revu la pointe du clocher au-dessus de la girouette ; on avait revu les prés de Bernard, les clairières, la Plainte, le Jocond. On avait revu que les pistes qui montent sur le Jocond ont beau monter raides, elles ne vont pas dans les nuages : il y a le ciel. Un beau ciel couleur de gentiane, de jour en jour plus propre, de jour en jour plus lisse, englobant de plus en plus des villages, des pentes de montagnes, des enchevêtrements de crêtes et de cimes. Peut-être même trop...

Jean GIONO : Un roi sans divertissement


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"Ainsi cette construction-là, avec ses quatre énormes montagnes où s'appuie le ciel; cette haute plaine du Trièves cahotante, effondrée, retroussée en houle de terre (...) ce constant appel de lignes, de sons, de couleurs, de parfums vers l'héroïsme et l'ascension, cette construction : c'est le cloître, c'est la chartreuse où je viens chercher la paix (...) J'arrive, mes montagnes !        Fermez la porte derrière moi. "

Jean Giono.


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Certains jours, lorsque l'humeur du temps est propice c'est tout le Trièves et tout le Dévoluy qui deviennent lieux de silence et de contemplation. Un simple randonnée, le rythme lent et obstiné de la marche aidant, se métamorphose en méditation et le paysage devient une immense cathédrale : Le passage obligé en sous-bois pour atteindre les premières pentes représente assez bien un nartex. (Un sas entre le quotidien et la petite aventure qui attend !) Les sommets évoquent d'immenses et massifs piliers soutenant la voûte céleste. Le ciel, couleur "bleu de Chartres", devient vitrail. La lente et laborieuse progression vers le sommet auréolé de soleil (c'est le matin et on marche vers l'est) se transforme en un cheminement de pèlerin vers le cœur illuminé de lumière.
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Oh là ! il est temps de se calmer, les endorphines sécrétées par la marche ont des effets extraordinaires aujourd'hui…
Cependant il faut bien admettre que parfois une alchimie secrète marie ciel et terre et alors on se sent extraordinairement bien.

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La grotte de la Fétoure. Une antre, un œil de bœuf surplombant le Trièves, au loin le Vercors.

"La montagne en été.
Je connais un homme (qui ne le connaît pas ?) qui ne va à la montagne qu'en hiver, qui sait parfaitement skier, c'est-à-dire glisser sur une pente au sommet de laquelle il s'est fait remonter mécaniquement, et qui n'a jamais vu de lys martagon, n'en a jamais senti l'anis; il n'a jamais vu voler l'apollon avec ses ailes tachées de sang.Les sentiers battus n'offrent guère de ressource ; les autres en sont pleins. "

Jean Giono. La chasse au bonheur.


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Après le col des Aurias, le col de Charnier. A cheval sur les départements de l'Isère, des Hautes Alpes et de la Drome le minuscule lac du Lauzon ne se dévoilera qu'au dernier moment.
Le vallon de Charnier.
A gauche le Grand Ferrand caché en grande partie par Vallon Pierra. La randonnée se poursuivra par la traversée du Clos Rognon, le Pas de Quart où l'on bifurquera évidemment dans Vallon Froid, le bien nommé, pour enfin déboucher par un couloir-cheminée au sommet du Grand-Ferrand.
"Petite" randonnée de 22 km, 2500 m de dénivelé et 11 heures de marche si l'on part du pique nique du Grand-Ferrand, non loin de Château-Méa…

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Vue prise du col des Aurias : Le col de la Croix, la montagne de Paille, la montagne de France qui à l'image de notre pays si contrasté dans ses paysages est vertigineuse à l'ouest et toute douce et paisible à l'est où elle étale ses vastes pâturages.
La tête du Lauzon : Une citadelle hautaine aux pieds d'argile. Les immenses clapiers qui jonchent ses flancs symbolisent magnifiquement les combats qu'elle a mené face aux éléments et au temps.


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Un journée de poisse ! Glandu n'a pas de chance...

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La tête dans les nuages...

" Et voilà que sont arrivés des troupeaux de gros nuages et ils ont rempli notre vallée comme les brebis remplissent les chemins creux. Notre vallée, et toutes les autres. Et, chaque matin ce sont de nouvelles agnelades de brumes qui coulent le long des pentes de toutes les forêts. Des sources de bêtes célestes répandent troupeaux sur troupeaux sans fin, dans tous les détours de cent vallées de ce grand pays de montagnes… "

Jean Giono. Batailles dans la montagne.


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Le hameau des Gonthéaumes, par timidité certainement, aime à se cacher sous les nuages...


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Vallon du Tourot. Au loin, venant du fond de l'horizon un mascaret de coton s'apprête à nous submerger.


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Toujours le vallon du Tourot (vue prise du sommet de la Grande Eglise.) Au fond émergeant comme des îles on aperçoit à gauche l'Obiou au milieu le petit trait sombre du Vercors se confondant avec l'horizon, et à droite l'Etilier, le Coiro et l'Armet.

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Les sources du Tourot, en face la pointe de Confolens, à sa gauche le Neyrard.

" Tu t'imagines de tout voir, toi, avec tes pauvres yeux ? Tu le vois le vent, toi qui est fort ? Tu es seulement pas capable de regarder un arbre et de voir autre chose qu'un arbre…"

Jean Giono. Colline.

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Le vallon du Tourot, en face la chaîne de l'Armet, dans le soleil le Palletas : L'impression est extraordinaire quand on émerge dans le soleil et que plus bas les nuées roulent en un ressac monstrueux et étrangement silencieux.


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On quitte le vallon du Tourot par le rocher de la grande Eglise, et le sentier maintenant en plein soleil, se dirige vers les Chétives et le col de Romeiou.


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Sous les rochers de Grande Eglise, ligne de crêtes vertigineuses et mer de nuages.

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Vallon de La Selle. Magnifiques et immenses loupes de lave basaltique.


" Jamais je n'ai revu un spectacle aussi beau que celui qui, ce jour-là, s'offrait à nos yeux au sortir de la forêt. Il pouvait être huit heures. Une mer de nuages, lisse et dense, baignait toute la plaine. Elle s'étendait très loin dans le Trièves avec des golfes et un grand fjord du côté de Voreppe. Des îles y pointaient. L'air brasillait de cristaux de neige en mouvement. Le soleil était partout. Le silence devenait insolite dans cette agitation de poussière d'or et l'intensité lumineuse rendait le froid étrange. On se serait cru dans un monde affranchi des lois de la matière. "

Jean Sarenne (Jean Zellweger). Trois curés en montagne









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Bibliographie,documentations (Giono)...

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Toute la côte de Verneresse s'effondre. Tout le dessus de Sourdie s'effondre. Tout le flanc de Chènerilles. La terre est comme du lard. Les forêts se replient dans la terre. L'eau fume le long des rochers. Les pierres coulent comme des fontaines. Il a essayé de détourner la boue. Elle a renversé la grange. Il a essayé de sauver quelque chose. La maison était comme une barrique sur un bassin; elle dansait et il semblait qu'elle tournait, elle s'enfonçait, elle remontait, je lui disais : " Non, n'y allez plus. " Mais il sauvait le sien. Il était devenu quelque chose, Antoine. Il peut être fier !

"Vous comprenez ma joie d'homme, de trouver un homme dans un livre" (Alain).


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Seulement, ce soir-là, il ne fumait pas un cigare : il fumait une cartouche de dynamite . Ce que Délphine et Saucisse regardèrent comme d'habitude, la petite braise, le petit fanal de voiture, c'était le grésillement de la mèche.
Et il y eut, au fond du jardin, l'énorme éclatement d'or qui éclaira la nuit pendant une seconde. C'était la tête de Langlois qui prenait, enfin, les dimensions de l'univers.

Qui a dit : " Un roi sans divertissement est un homme plein de misères" ?


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Un débris de hameau où quatre maisons fleuries d'orchis émergent de blés drus et hauts. Ce sont les Bastides Blanches, à mi-chemin entre la plaine et le grand désert lavandier, à l'ombre des monts de Lure. C'est là que vivent douze personnes, deux ménages, plus Gagou l'innocent.

Janet est le plus vieux des Bastides. Ayant longtemps regardé et écouté la nature, il a appris beaucoup de choses et connaît sans doute des secrets. Maintenant, paralysé et couché près de l'âtre, il parle sans arrêt, " ça coule comme un ruisseau ", et ce qu'il dit finit par faire peur aux gens des Bastides. Puis la fontaine tarit, une petite fille tombe malade, un incendie éclate. C'en est trop ! Le responsable doit être ce vieux sorcier de Janet. Il faut le tuer...

Dans Colline, premier roman de la trilogie dePan (Un de Baumugnes-Regain), Jean Giono, un de nos plus grands conteurs, exalte dans un langage riche et puissant les liens profonds qui lient les paysans à la nature.


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Dans cette ultime chronique qu'il a écrite pour les journaux, Jean Giono jongle avec le présent et le passé : le moindre incident fait jaillir, comme une source intarissable, des souvenirs, des histoires, des personnages. Ces textes, datés des années 1966 à 1970, sont empreints de bonhomie, d'une philosophie souriante, parfois un peu passéiste. Cela n'exclut pas l'émotion, et l'on trouve, dans La chasse au bonheur, les plus belles pages, peut-être, que Giono ait jamais écrites sur sa mère. Art de vivre, de voyager, de se nourrir, de se faire des amis, cet ouvrage s'achève sur une chronique consacrée aux parfums, le dernier texte de Giono. " Les parfums permettent d'affronter — et souvent de les vaincre — les mystères les plus terribles ", disait-il ici. C'était quelques semaines avant sa mort.


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Tous sont partis. Panturle se retrouve seul dans ce village de Haute-Provence battu par les vents au milieu d'une nature âpre et sauvage. Par la grâce d'une simple femme, la vie renaîtra.
Jean Giono, un de nos plus grands conteurs, exalte dans Regain avec un lyrisme sensuel les liens profonds qui lient les paysans à la nature.





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27 avril 2008

L'hiver en Matheysine avait été rude cette année là ...

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Ce jour la on se sentait un peu hors du monde aux Gonthéaumes. Le mauvais temps, le froid humide et pénétrant, le brouillard s'acharnaient sur le hameau. L'hiver s'éternisait et envahissait les esprits...

"De temps en temps la neige s'arrête de tomber. Le nuage se soulève. Au lieu de couper la flèche du clocher au ras de la girouette, il ne coupe plus que la pointe, ou même il découvre la pointe se déchirant en petits flocons sur son pointu.
C'est suffisant. On voit le désert extraordinairement blanc jusqu'aux lisières extraordinairement noires des bois, sous lesquels il peut y avoir n'importe quoi, qui peut faire n'importe quoi. Le soir tombe. Se lève un tout petit vent qu'on n'entend pas. Ce qu'on entend, c'est comme une main qui frôle le contrevent, ou la porte, ou le mur ; un gémissement ou un sifflotis qui se plaint, ou au contraire. Un coup dans le grenier.
On écoute. Père ne tire plus sur sa pipe. Mère tient en suspens la poignée de sel sur la soupe. Ils se regardent. Nous regardent. Père soupire et son soupir emporte un mince petit fil de fumée. Ce qu'il faudrait, c'est que le bruit recommence. On est aux aguets, justement pour le juger tout de suite, dangereux ou pas. Mais, silence maintenant. On ne sait pas. L'indécision. Tout est possible. On ne peut pas juger."

Jean GIONO : Un roi sans divertissement

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"L'hiver est dur, cette année, et jamais on n'a vu cette épaisseur de glace au ruisseau ; et jamais 0n n'a senti ce froid, si fort, qu'il est allé geler le vent au fond du ciel. Le pays grelotte dans le silence . La lande qui s'en va par le dessus du village est tout étamée de gel. Il n'y a pas un nuage au ciel Chaque matin, un soleil roux monte en silence ; en trois pas indifférents, il traverse la largeur du ciel et c'est fini. La nuit entasse ses étoiles comme du grain."

Jean GIONO : Regain

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" Nous autres, hommes et femmes d'ici, - et moi qui vous ressemble – nous ne sommes que des paysans, nous ne brillons pas par l'intelligence, ni vous, ni moi."

Jean Giono  :Village

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01 mai 2008

Mon ami Bernard : pélerinage de printemps au sommet du Tabor de Matheysine

" (…) l'homme de la plaine : Pourquoi gravis-tu la montagne ?
   (…) l'homme de la montagne : Pour mieux regarder la plaine !(…)
                                Citation utilisée par André Malraux. Les chênes qu'on abat (1971).

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" Notre premier sommet : 3 362 mètres d'altitude.
Pendant un an nous y avions pensé. Chose curieuse, la vue ne nous intéressa pas comme prévu. Elle était certes très belle, et nous l'appréciâmes, mais en nous forçant un peu. Nous voulions surtout nous persuader qu'elle était merveilleuse. Notre grand émoi avait eu lieu au col. Au pic ce n'était que du réchauffé. Je pense aussi que la richesse était trop grande, et trop nouvelle Nous ne pouvions l'assimiler. Plus que leurs formes, ce sont les souvenirs qui rendent les montagnes chères C'est expérience et de nombreux rapports qui les individualisent et qui permettent ainsi de les apprécier une à une, ainsi que leur ensemble à sa juste valeur ".
" Je me souviens surtout d'une perdrix des neiges qui avait passé très près de nous. Longtemps nous l'avions suivie du regard. Le soleil rendait ses ailes transparentes et lumineuses. Bientôt elles n'avaient plus été qu'un point brillant dans l'azur du ciel, mais qui suffisait pour le meubler de lumière et d'étendue. "

  • Jean Sarrenne (Zellweger). Trois curés en montagne.

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La mine de l'oncle "Top" : Prenez donc le temps de la chercher dans la colline des Creys...

Jeu de piste pour une petite promenade sur le plateau Matheysin :

Cherchez donc " la mine de l'oncle Top". Minuscule concession minière exploitée au XIX ème siècle...

Une petite piste pour vous aider : Elle se situe entre le col des Creys et la Pierre Percée... sur le versant Notre Dame de Vaulx.

Quand vous l'aurez trouvée ne prenez aucun risque en la visitant, ne vous y aventurez jamais seul et toujours accompagné par un adulte responsable, n'allez pas trop profondément dans la galerie, n'oubliez pas d'emporter une lampe et peut-être y rencontrerez vous un sanglier, un renard, un loup, ou même le fantôme de "l'oncle Top"...

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04 mai 2008

Le Grand Serre en Matheysine, la cabane de la Grande Cuche

Ce matin la nous étions partis pour une simple petite escapade dans la poudreuse .
Pour passer le temps, nous fatiguer un peu dans un corps à corps inutile avec la pente et la neige, sans but véritable, simplement pour nous  retrouver un moment ensemble...
Et puis un renard facétieux nous à invité à une petite course poursuite.
Il nous attendait, assis à bonne distance, nous regardant du coin de l'oeil, puis juste au moment ou il devenait envisageable de lui tirer le portrait il reprenait son petit trot désinvolte .
Nous, pauvres humains, après avoir remballé l'apparail photo on ramait comme des fous derrière notre petit lutin comme des benêts...
Il s'est bien moqué de nous et il doit en rire encore...

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Enfin écoeurés, nous l'avons abandonné et affamés nous avons sorti, comme d'habitude en ballade, un monticule impressionnant de victuailles de nos sacs à dos (les plus lourds et volumineux de la région...).

Nous étions sur le pas de la porte de la cabane de la Grande Cuche.
Toute cette nourriture a fait une envieuse :

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Et c'est avec grand plaisir que nous avons partagé notre repas ...

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Les petites bêtes sont parfois bien naïves et confiantes avec les humains !

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08 mai 2008

Quelques jeunes bouquetins acrobates et curieux...

Avec ses 70-100kg chez le mâle c’est un des animaux les plus spectaculaires de nos montagnes. Autrefois menacé d’extinction, il est actuellement protégé et réintroduit de Suisse dans les massifs de Belledonne, des Ecrins et du Vercors. Très bon grimpeur le bouquetin affectionne les pentes escarpées et les falaises exposées au sud l’hiver.


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Vallée de l'Eau d'Olle, un peu avant le défilé de Maupas, en montant vers le col des Sept Laux de jeunes bouquetins musardent dans l'ombre du pic Bunard.

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10 mai 2008

Le plus vieux berger des Alpes : Emile Masse

Aujourd'hui, 10 mai, à la veille de "prendre" une année de plus je pense à ma première rencontre en 1975 ou 1976 avec Emile Masse notre cher berger du Tabor...

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Jeune, alors, je ne connaissais pas grand chose de la montagne mais j'étais déjà irrésistiblement attiré par ces "hauts pays".
Pour moi le sommet du Tabor représentait une véritable expédition :  il fallait convaincre mes grands-parents, partir à l'aube des Gonthèaumes avec mon vélo, arnaché d'un sac "tyrolien" d'avant guerre et armé d'une paire de chaussures de sécurité (avec une coquille en acier) trois tailles au dessus de ma pointure puis foncer comme un fou pour rentrer sans retard et ne pas inquieter mes chers grands-parents...
Ce jour là j'ai bien du les inquieter un peu car ma rencontre avec Emile Masse a été une véritable découverte...
Il m'a prété ces jumelles. Il m'a parlé des marmottes comme Samivel en parle dans ses livres...
Quelle enchantement !
Merci à vous Emile Masse.

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Emile Masse en 1997 à l'age de 75 ans...

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Voici un article relevé dans le DAUPHINE LIBERE parlant d'Emile Masse, vingt ans aprés cette "mémorable" (pour moi) rencontre :

Le plus vieux berger des Alpes est reparti dans sa Provence…

Saint-Honoré.
Emile Masse a 75 ans. IL est berger depuis l'âge de 14 ans. L'hiver dans la pleine de la Crau, l'été sur le massif du Tabor entre l'oreille du loup et la station de Saint-Honoré il vit au rythme de ses brebis...

Comme dit le père Masse, Y'a ben des fois, les hélicoptères, ils volent plus bas que nous!". Regard lumineux, sourire sincère. Sur son alpage suspendu entre deux ciels quand la brume inonde le plateau Matheysin, le berger appuyé sur son bâton, contemple la vastitude montagneuse.
D'un bout à l'autre de l'horizon le Vercors dresse ses murailles et ses citadelles : le mont Aiguille, le Grand Veymont, les Deux Soeurs, le pic Saint-Michel, le Moucherotte. Plus au sud, l'Obiou, le Dévoluy, le pic de Bure et puis partout ailleurs... la pente de l'alpage sur lequel ses 960 moutons se faufilent en longues ribambelles. Le vieil homme connaît le nom de chaque aspérité du paysage qui se découpe devant lui en lambeaux.
Mais son monde s'arrête là, aux lignes de crêtes Au-delà des falaises, l'herbassier de Miramas se demande parfois de quoi les paysages sont faits. Son espace ne retrouve ses repères que beaucoup plus loin, de l'autre côté des Alpes, dans sa Provence natale beaucoup trop sèche l'été pour nourrir ses brebis.
L'hiver, Émile Masse est berger dans la Crau. Depuis l'âge de 14 ans, le berger de Saint-Honoré vit au rythme des transhumances. D'emontagnage en descente d'alpages, à la cadence du cycle de la vie de ses agneaux. " La vraie transhumance ", lorsque les sonnailles de ses bêtes et le jappement joyeux de ses chiens venaient rompre à l'aube le silence de la nuit, Émile Masse en garde un souvenir nostalgique.
De Miramas jusqu'au col de la Cayolle (Alpes de Haute-Provence), de la plaine déjà jaunie de la Crau jusqu'aux gras sommets du Briançonnais, le pâtre se rappelle ces longues processions bêlantes et chevrotantes d'une dizaine de jours, qui, de village en village, annonçaient gaiement l'arrivée de l'été. "Les sonnailles, c'est l'harmonie de la Provence et de la montagne ! ". Aujourd'hui, c'est en camion que le vieux berger et ses moutons font le voyage jusqu’au pied de l'alpage.
Et c'est en camion, sous un ciel à raz les bruyères qu'il est reparti, dimanche au petit matin. L'été venait soudain de capituler, cédant l'alpage à la bise et aux premiers flocons de neige.
Voilà 22 ans qu'Émile Masse prend possession, chaque année, dès la fin du printemps, de la cabane du clos de Mouche, au-dessus de Saint-Honoté 1 500. Il monte en juillet et août faire paître ses bêtes au lac de Charlet (1 900 m) avant de redescendre mi-septembre au clos de Mouche. " Là-haut c'est humide. Si je devais rester toute la saison, sûr que j'attraperais la crève" . A 75 ans, ce n'est pas vraiment que "l'Émile" soit d'une nature fragile. Qu'il vente, qu'il pleuve, qu'il neige, le vieux mène chaque jour son troupeau à l'herbe, d'un bout à l'autre de l'alpage, le pied alerte et précis, attentif à la pierre qui roule, à la vire traîtresse. "
Je me rappelle, il y a 19 ans être resté bloqué sous 20 cm de neige un 7 et 8 août, sans pouvoir faire paître la moindre bête...... Mais son tracas n'est pas dans le temps qu'il fait. " Ce qui me fait le plus souci, ce sont les chiens errants. Ça vous met la panique dans un troupeau. Ils m'en feraient tuer en pagaille....... Avé l'accent.
Quand au mitan de la journée les brebis languissent sous le cagnard ou quand elles " chaument " (ruminent), l'allure du troupeau faiblit. Profitant de ces courtes poses, le père Masse sort son Opinel et fignole un chamois sculpté dans un bout de châtaignier.
Précise, la lame pincée entre les doigts calleux projette de minuscules copeaux et affine les lignes galbées de l'animal. Sur les grands rochers plats disséminés du Tabor, le vieil homme a également gravé à l'aide d'un vieux clou et d'une pierre, des trophées d'éterlous. Comme ça, rien que pour lui, abandonnés à la postérité et aux frimas de l'hiver qui, bientôt viendront recouvrir les genévriers et faire taire le sifflement - il est vrai de plus en plus rare - des bartavelles.
Derrière le pas tantôt pressé ou tantôt paresseux des bêtes, la journée n'est pas de tout repos.
Levé à 6 h 30 après un bol de café puis un second de pain trempé dans du chocolat chaud ("Je m'en mets toujours une bonne ration pour pouvoir en donner à mes chiens "), le vieil homme perpétue jusqu'au coucher du soleil les même gestes depuis son enfance. Traire les chèvres, chauffer la soupe des chiens, cailler le lait, retourner les fromages, faire le tour du troupeau, soigner les bêtes malades, donner le sel (sauf le vendredi par superstition), réparer le sonnant d'une platelle ou d'un redoun (1), cintrer le bois d'un collier coupé dans l'ormeau un jour de vieille lune exclusivement...
Dans la solitude de la nuit Emile prend souvent enfin tard le soir, le temps de dîner. "Cela fait des journées bien remplies. Oui, je crois. là même des fois, j'en ai plein le c.. comme on dit! Oeillade malicieuse.

Le berger de Saint-Honoré ne se pose pas la question de savoir s'il échangerait sa vie pour celle des visiteurs qu'il accueille souvent au seuil sa cabane avec une simplicité et une sincérité sans détour. Les choses sont ainsi, à la grâce de Dieu.

Dauphiné Libéré  : Rodolphe ZIMMERMAN le 15 Octobre 1997

(1) Platelle et redoun: sonnailles. La platelle est plate et le redoun est la plus grosse. On distingue également le pic, sonnaille allongée et le clavelas.

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