11 juillet 2010

Quelle est triste la montagne !

Lac_Pierre_Chatel

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Quelle a été triste cette journée du samedi 13 mars 2010 ou nous avons appris le décès de Jean Ferrat. Bien entendu nous savions que sa santé s'était beaucoup dégradée, bien sûr nous avions deviné que l'immense chanteur poète allait nous quitter...
Mais cependant quel choc! pour la première fois, à la maison, nous avons  pleuré à la mort d'un chanteur. Ce n'était pas une "idole", nous n'étions pas ce que l'on appelle "fan"... Mais cet homme nous a certainement accompagné dans nos options de vie par son honnêteté intellectuelle, sa droiture, son engagement politique et sa  fidélité...
Marqué par l'insoutenable horreur de la guerre (son père est mort en déportation), torturé par l'échec communiste, déstabilisé par un monde qui se déshumanise de plus en plus, il a su rester intègre et lucide face à ses choix.


Jean_Ferrat_1A


Toute son oeuvre est le reflet :
de son engagement
Nuit et Brouillard, Potemkine, Ma France, Je ne chante pas pour passer le temps, Camarade, Le bilan...

de son humanisme
Les nomades, C'est beau la vie, Ma môme, Aimer à perdre la raison, Que serais-je sans toi...

de son amour charnel à un pays choisi
La Montagne...

Jean_ferrat_La_Montagne

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 La_montagne_refrain

Prenez du temps, concentrez votre attention sur les textes... Chants d'amour, cris de révolte, engagement, indignation, tendresse, amitié, poésie... Vous trouverez tout cela dans l'oeuvre de Jean Ferrat

"La Montagne" est notre chanson fétiche : elle calque à la perfection  le cheminement de nos vies...
Combien de fois, jeune, j'ai pu l'écouter dans ma chambre de bonne sous les toits de Paris!
Et toujours avec la même émotion... et la vision de ces hirondelles qui se perchaient en rangs serrés  fin septembre sur la portée des fils électriques qui  passaient devant la fenêtre aux Gonthéaumes...

 

Hirondelles_V1


LA MONTAGNE
Paroles et Musique de Jean FERRAT

Ils quittent un à un le pays
Pour s'en aller gagner leur vie
Loin de la terre où ils sont nés
Depuis longtemps ils en rêvaient
De la ville et de ses secrets
Du Formica et du ciné
Les vieux ça n'était pas original
Quand ils s'essuyaient machinal
D'un revers de manche les lèvres
Mais ils savaient tous à propos
Tuer la caille ou le perdreau
Et manger la tomme de chèvre

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s'imaginer
En voyant un vol d'hirondelles
Que l'automne vient d'arriver

Avec leurs mains dessus leurs têtes
Ils avaient monté des murettes
Jusqu'au sommet de la colline
Qu'importe les jours les années
Ils avaient tous l'âme bien née
Noueuse comme un pied de vigne
Les vignes elles courent dans la forêt
Le vin ne sera plus tiré
C'était une horrible piquette
Mais il faisait des centenaires
A ne plus que savoir en faire
S'il ne vous tournait pas la tête

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s'imaginer
En voyant un vol d'hirondelles
Que l'automne vient d'arriver

Deux chèvres et puis quelques moutons
Une année bonne et l'autre non
Et sans vacances et sans sorties
Les filles veulent aller au bal
II n'y a rien de plus normal
Que de vouloir vivre sa vie
Leur vie ils seront flics ou fonctionnaires
De quoi attendre sans s'en faire
Que l'heure de la retraite sonne
II faut savoir ce que l'on aime
Et rentré dans son H.L.M.
Manger du poulet aux hormones

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s'imaginer
En voyant un vol d'hirondelles
Que l'automne vient d'arriver

Quelle surprise d'en trouver une traduction en patois (Patois de Roizon) par Mr Marcel Taverna dans l'édition du n° 15 de Mémoire d'Obiou paru en Avril 2010.

memoiredobiou15


1er couplet 
    In a in i filon d'oo pai
    Pré s'en alla gagnir lour via
    Louin de la terra onte i son na
    De peil le temps qu'ils n'en revavan
    De la viala et de sous secrets
    Doo formica et doo ciné
    Lou vieux leïre pas originâ
    j seisseiavon le babigné
   D'in revers de mantsi de veste
   Ma i saïon tou galamment
   Tia le lioura et lou perdrao
   Et mindzir la tourna de tchioura.
Refrain
    Pretan que la montagna eil brava
   Couma pouilli s'imagina
   En veuillant in vol d'hirondellé
   Que l'anria vint d'arriva.
2e couplet
   Aweï lei doui mo dessi la téta
    j l'on monta de mirali
   Alla cima de la caota
   Qu'importa lou dzou et lou ans
   j l'aion tou de caractère
   Planta couma de cèpe de vigni
   La vigni ou rampe din le baï
   Le vin ne sera pri tira
   Ou leïre devin pré bita
   Din la salada
   Ma ou fasi de centenéré
  A pris savai que nan faré
  Si ou fasi pas vira la téta.
3e couplet
  Quattre tchiouré et quoque fai
  Ina saison bouna et l'aotra nao
  Et sans vacansi et sans sourtia
  Lei filié volon alla dansir
  Ran que de pris nourma
  Que de voûtai viouré sa via
  j sarom dzendarmé o fonctionneré
  In attendant que la retraité sôné
  La fo savaï ce que faï plaïsaïbien
  Rintra din sa lapinairi
  Mindzir de poulatou aux hârmoné.
                              Susville 2008


Oui elle est bien triste la Montagne. Le battage médiatique s'est très vite apaisé, la télévision et la radio ont déjà oublié...
Au moins aura-t-on pu ,grâce à la retransmission télévisée de la cérémonie du 16 mars, connaître le frère de Jean Ferrat,  percevoir l'immense émotion d'Isabelle Aubret chantant "C'est beau la vie", entendre Francesca Solleville et voir la foule émue reprendre dans un immense frisson "La Montagne". A ces moments  là on se sent appartenir à une communauté simple et respectueuse et il est réconfortant de voir qu'il existe encore des hommes  attachés aux valeurs essentielles de l'humanisme, solidaires et fidèles en amitié...

Jean Ferrat a formidablement chanté Aragon et ce jour là les vers du poème "J'arrive où je suis étranger " prennent une force extraordinaire  et je vous prie de bien vouloir les lire avec attention :


Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger

Un jour tu passes la frontière
D'où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu'importe et qu'importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon

Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l'enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C'est le grand jour qui se fait vieux

Les arbres sont beaux en automne
Mais l'enfant qu'est-il devenu
Je me regarde et je m'étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus

Peu à peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d'antan
Tomber la poussière du temps

C'est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C'est comme une eau froide qui monte
C'est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu'on corroie

C'est long d'être un homme une chose
C'est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux

0 mer amère ô mer profonde
Quelle est l'heure de tes marées
Combien faut-il d'années-secondes
A l'homme pour l'homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées

Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger


Jean_Ferrat_1A

Jean_Ferrat_1B


Jean_Ferrat_2A

Jean_Ferrat_2B


Jean_Ferrat_3A

Jean_Ferrat_3B

Etc etc...

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